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samedi, 28 novembre 2020

DÉSORDRES & CONFUSIONS

BILLET de  François VAN DE VILLE

Faits de société, Politique- Un grand rassemblement s'organise aujourd'hui, à Paris et quelques autres villes, à propos d'un projet de loi dit de "sécurité globale", et précisément sur l'un de ses articles : le 24.

Curieux rassemblement autour de ce qui n'est encore qu'un simple projet de loi toujours en gestation entre sénat et assemblée nationale tendant essentiellement à préserver nos forces de maintien de l'ordre de tout acte de répression individuelle pouvant les mettre en danger, eux et leurs propres familles.

Porterait-on atteinte à la liberté de la presse garantie par notre Constitution ?

On comprendrait mieux une telle manifestation si elle concernait une loi parfaitement élaborée, adoptée et votée et auquel on s'opposerait démocratiquement et de façon motivée quant à ses effets. Or il n'en est rien. Et ce d'autant que le fameux article 24 semble faire l'unanimité de tous, à tous échelons de l'état, pour son actuelle rédaction très controversée à l'issue de son premier examen par les députés.

Malaise qui finit par susciter désordres et confusions.

Face à ce malaise, le gouvernement a d'abord tenté de former une commission qui aurait été chargée de rédiger autrement la partie controversée de ce projet de loi. Mais aussitôt beau tollé des élus qui, à juste raison, protestent aussitôt à ce qui leur parait être une sorte de dessaisissement de leurs prérogatives parlementaires. Out aussitôt pour cette commission avant qu'elle ne soit formée.

Parallèlement, alors que ce projet de loi vise à protéger nos forces de l'ordre, voici que celles-ci s'illustrent par des excès qu'elles semblent parfois assez mal maîtriser :
• d'abord une évacuation brutale de migrants ayant installé leurs tentes Place de la République, alors qu'on peut s'interroger pour savoir qui a incité ces désespérés étrangers à s'y installer, en sachant fort bien qu'ils en seraient chassés immédiatement par tous moyens. Provocation probable pour ébranler un Ministre de l'Intérieur mal supporté par certains opposants.

Malaise.

• peu après, autre grave incident saisi par une caméra de surveillance où l'on surprend encore des forces de l'ordre brutalisant un jeune quidam de couleur se rendant sur son lieu de travail et portant ensuite sur lui les traces d'une violence dont on comprend mal la raison, hormis une sorte de défoulement assorti d'injures racistes qu'une enquête diligentée tentera peut-être d'éclaircir.

Autre malaise.

Ensuite le Préfet de Police de Paris prend la décision d'interdire cette manifestation, ne serait-ce que pour les raisons sanitaires Covid-19 et ne pas surcharger les forces de l'ordre d'un travail qui les concernait directement quant à ses raisons d'être. Mais, hier, le Tribunal Administratif de Paris a suspendu l'arrêté d'interdiction signé par le Préfet. Beau pataquès en vue face à cette manifestation désormais autorisée.

Malaise.

Comment le Préfet, en charge des forces de l'ordre à Paris, va-t-il contrôler une manifestation qu'il avait interdite mais qu'aujourd'hui la Justice lui impose quelques heures seulement avant son déroulement et dans le contexte tant de sécurité que sanitaire auquel il est confronté bien malgré lui ?

Tout ceci ressemble plus à de la provocation qu'un simple concours de circonstances, provocation d'autant inflammable dans les circonstances de confinement qui met gravement mal à l'aise des pans entiers de la population qui conteste ce confinement sur bien des points.

Espérons qu'un peu de sagesse évitera d'ajouter trop de désordres à ces confusions.

samedi, 07 novembre 2020

DÉMOCRATIE. Ô DÉMOCRATIE !

BILLET de François VAN DE VILLE

democratie.jpg- Les institutions américaines semblent vouloir résister aux assauts de Mr Trump, son Président sortant. Néanmoins, elles sont de plus en plus fragilisées.
 
Les États-Unis se sont approchés, tout doucement, du premier dénouement, celui de l’attribution de la victoire au démocrate Joe Biden. Mais pourtant les Américains sont loin d’en avoir fini avec le tempétueux Donald Trump, lequel a déjà déposé dix recours en justice, dont six pour la seule Pennsylvanie.

L’avalanche des accusations de fraudes dans le vote par correspondance, les demandes pour arrêter le comptage de bulletins - pourtant parfaitement légaux - sont autant d'insultes à l’intelligence comme à la démocratie.

Les 50 États, responsables de l’organisation des élections, se montrent pourtant exemplairement minutieux : la Géorgie, le Wisconsin et le Nevada, au moins, recompteront les bulletins en raison des marges infirmes entre les deux candidats. Légalement, ils ont jusqu’au 8 décembre pour ce faire.

Les médias, eux, sont d’une prudence extrême dans leurs projections. Les chaînes d’info résistent, en osant même couper le direct des conférences de presse insanes de Mr Trump. Les réseaux sociaux, de leur côté, bloquent ses messages victorieux délirants.

Mais, quels que soient les tumultes provoqués par un personnage qui semble incapable d'affronter sa propre défaite, tout ceci ne semble pas compromettre à terme le résultat final : Mr Trump a bien perdu l'élection et le cours des choses n'en sera pas arrêté pour autant.

Mais ce "crash-test" pour les États-Unis ne peut pourtant pas cacher certaines vérités. La vieille constitution des pères fondateurs des USA (Benjamin Franklin, George Washington, John Adams…) de 1787 est-elle encore opérante dans les USA d’aujourd’hui ? La question se pose aujourd'hui avec plus d'acuité que jamais.

La réponse est "non".

Le suffrage indirect, et le système des grands électeurs, préservent surtout apparemment les intérêts des États ruraux, ceux du Midwest comme ceux du Sud. Mais l'un comme l'autre ne rendent plus compte de la diversité des incessants mouvements démographiques parvenus depuis.

C’est un vieux sujet auquel le parti républicain ne s’attaquera pas de sitôt : son retrait actuel, à peine caché dans le conflit créé par Mr Trump, est significatif. Ce bon vieux parti est en train d'éclater sous nos yeux. Il aura, pour lui, la cohorte des grands présidents qui l'ont bien servi, mais il y aura désormais, face à lui, le "trumpisme" qui demeurera et sera désormais porteur des voix qui ne se reconnaissent plus dans les discours bien formés, ici comme là, depuis des décennies.

Il faut remonter à 2004 pour trouver une victoire républicaine obtenue par le vote populaire avec la réélection de George W. Bush. Mais sept des huit dernières élections avaient consacré une majorité de voix démocrates.

C'est un peu là l'histoire de toutes nos démocraties, ancrées qu'elles sont sur des textes constitutionnels écrits et pensés dans des circonstances précises de notre Histoire, mais qui perdent ensuite leur impact nécessaire dans les méandres et les évolutions des sociétés qui suivent, vont et viennent au gré des courants. Et la qualité de nos démocraties - voire leur survie à terme - reste fondée sur leur faculté de savoir s'adapter et évoluer.

Hélas, ce n'est pas le cas aux USA qui font toujours religion de textes constitutionnels écrits dans des temps multi-séculaires qui n'ont plus cours aujourd'hui et desquels certains veulent aujourd'hui s'éloigner par tous moyens, y compris ceux éclos d'archaïsmes insensés et échappent à tous bons sens.

Oui, la démocratie américaine est en grave danger, et pas seulement le parti républicain.

Espérons que cette grande démocratie saura sortir de ce piège dans lequel elle semble enfermée. Mais espérons aussi que cet exemple nous servira, à nous autres démocraties du monde, de leçon salutaire pour ne pas tomber dans le même immobilisme suicidaire.

The world great again.

mardi, 03 novembre 2020

LE MONDE SERA-T-IL, DEMAIN, UN PEU PLUS BEAU ?

Trump.jpg- Avec le maintien, ou non, de Donald Trump à la Maison-Blanche,  c’est l’image même de la démocratie qui est en jeu aux yeux du monde.

Donald Trump, Président des États-Unis d’Amérique, ce n’est pas l’irruption du tragique dans l’Histoire (ou pas encore) mais d’une pantalonnade. Cet homme est un histrion que 63 millions d’Américains ont choisi pour dirigeant en 2016. En quatre ans de mandat, il aura dégradé la fonction présidentielle dans son pays, il aura dévalorisé l’image planétaire de la première puissance mondiale, il aura ébranlé une démocratie vieille de 240 ans. Par la place éminente qu’il occupe sans jamais avoir été à la hauteur, il aura contribué avec d’autres à enlaidir le monde.

On saura demain, peut-être, si la farce désolante continue. Élu, son adversaire ne ferait pas de miracle mais, au moins, la Maison-Blanche renouerait-elle avec la décence.

Les plus grands dirigeants ne se recrutent généralement pas parmi les ligues de vertu : il faut des êtres hors norme pour un boulot pareil. Mais le cas de Donald Trump est inédit. Jamais une grande démocratie n’aura porté à sa tête un homme aussi brutal, aussi cynique, menteur, vaniteux, raciste et sexiste.

Le monde serait bien un peu plus beau si ce grand pays ne devait plus être présidé par Donald Trump.

La violence de la politique est à la hauteur de ses enjeux, mais elle s’exerce néanmoins à l’intérieur de limites. Si les dirigeants s’exonèrent de toute morale, outragent les lois, offensent les valeurs d’une civilisation, c’est la violence de la société qui se défoule alors. Et c’est une certaine idée de la beauté du monde qui se défait.

Les enjeux de l’élection présidentielle américaine sont là. Que ceux qui pensent que l’auteur de ces lignes exagère lisent "Le monde selon Donald Trump" de Nicole Bacharan (Tallandier).

La réalité est pire encore. Le recensement, en un seul volume, des outrances et mensonges du président américain, appuyé sur de précises références, produit un étrange effet, entre dégoût et incrédulité.

Hors tout parti pris, espérons que l'espoir renaîtra de l'autre côté de l'Atlantique pour le bonheur du monde entier.

Michel BRETONNIER

vendredi, 16 octobre 2020

LE SHÉRIF DONALD TRUMP

Billet de  François VAN DE VILLE

shérif.jpg- Les émeutes et les divisions entre communautés aux États-Unis servent-elles, ou desservent-elles, Donald Trump pour sa réélection ?  

La situation aux USA se complexifie à un degré jamais connu depuis des décennies. Survolons quelques cas parmi tant d'autres.

Pour premier exemple, citons la ville de Kenosha, dans le Wisconsin lointain au bord des grands lacs du nord, laquelle ne cesse plus de tanguer sous les coups et les pillages depuis qu’un policier "blanc" a tiré sept fois dans le dos d’un père de famille "noir", Jacob Blake. Et aussi, par ailleurs, depuis qu’un jeune milicien "blanc" de 17 ans a tué deux manifestants au fusil d’assaut.

Malgré ces faits criminels et sans excuses, Donald Trump les assène pourtant, et sans nullement sourciller sur la pelouse de la Maison-Blanche qu’il compte encore fouler quatre ans de plus, et de déclarer que "personne ne sera en sécurité dans l’Amérique de Biden". Est-ce de l'humour ? On peut se le demander.

Ailleurs à Minneapolis, depuis la mort de George Floyd étouffé sciemment par un policier "blanc" en mai, le mouvement "Black Lives Matter" a pris une ampleur considérable. Les basketteurs des "Milwaukee Bucks" ont même boycotté récemment un match suivi par toute la NBA et les autres ligues professionnelles, pour montrer leur total écœurement.

Ce thème, et celui de la division entre les communautés, seront vraisemblablement majeurs lors des élections américaines du 3 novembre.

Mais, au lendemain de la convention républicaine, on peut se demander si le discours de fermeté de Donald Trump va se retourner contre lui (mobilisation du vote afro-américain) ou transcender sa base électorale. Il se fait le défenseur du "mode de vie" américain, de "la loi et de l’ordre", tout comme un shérif mythologique au colt fumant dont tous se souviennent sur les images d'un passé qu'on croyait révolu.

S’il n’y avait par ailleurs sa gestion erratique de la pandémie (plus de 180.000 morts) et ses effets sur l’économie, on aurait mis un billet de 5 dollars à l’effigie d’Abraham Lincoln sur sa réélection. Mais la façon aussi dont Donald Trump a traité, en les ridiculisant, ses médecins penchés sur sa propre supposée pandémie, et la grotesque mise en scène risible de son retour la Maison Blanche, on peut se demander dans quel monde vit cet individu ?

Le mode de scrutin indirect pour désigner le futur Président laisse pourtant planer tous les doutes sur ce qui nous parait impossible à nous, habitués que nous sommes à des démocraties plus rigoureuses : être largement minoritaire en nombre de voix obtenues mais être cependant élu Président pour quatre ans, comme ce fut le cas dans sa compétition contre Mme Hillary Clinton. C'est le monde à l'envers !

Que décideront "in fine" les"Swinging States", ces États bascules qui font, ou défont les présidents à leur gré ? Le monde entier est suspendu à leur verdict?

L'élection américaine demeure toujours un mystère insondable.

mercredi, 30 septembre 2020

RACISME & INDIGÉNISME

politique,faits de sociétéBillet de François VAN DE VILLE

- Certains "indigénistes", à forte voix, qu'on voit fleurir sur nos écrans ou dans les colonnes de nos journaux tentent actuellement de lutter, eux aussi (du moins le prétendent-ils) contre le "racisme". Et pour cela, ils décrètent une sorte d'antagonisme qu'ils veulent surtout être irréversible entre "Noirs" et "Blancs".

C'est bizarre de contradiction.

Malgré les interdictions, les rassemblements contre le racisme, mais aussi contre quelques possibles violences policières, se multiplient et mobilisent. Et ceci semble servir cette nouvelle idéologie..

L’émotion, partie initialement de Minneapolis, s’est soudainement mondialisée, et ce non sans quelques raisons. Oui, le racisme existe aussi dans notre pays, la France, pays des droits de l'homme qui s'en est fait une sortie de religion inscrite jusque dans notre Constitution. Mais ce racisme joue surtout contre les minorités dont les membres recherchent difficilement, ici, ou un emploi ou, là, un logement. Et il arrive même que des jeunes soient parfois victimes de violences - y compris parfois, hélas, policières - en raison de leur origine, maghrébine ou subsaharienne.

Même s’il est difficile de le démontrer, tout porte cependant à penser que les stéréotypes racistes sont aujourd’hui moins largement partagés qu’ils ne le furent il y a seulement trente ans (les aînés de ma génération peuvent en témoigner) et les propos ouvertement racistes sont devenus beaucoup plus rares : une certaine décence s’est imposée avec le temps du fait d’un progrès moral et, peut-être, d’une exigence de rationalité.

Le racisme d’avant-guerre, très prépondérant dans certains milieux en France, et combattu ensuite odieusement par le régime nazi, a été ensuite réfuté par la pensée scientifique, et récusé par ses abominables conséquences. La société est devenue, légitimement, hypersensible à toute dérive de ce type. Du moins on pourrait le croire.

Mais cela ne suffit pas pour autant : pour vouloir lutter contre le racisme il faut aussi vouloir le surmonter.

Or, il existe aujourd’hui, étrangement, des mouvements qui, pour combattre le racisme, réhabilitent bizarrement les catégories de "Blancs" et de "Noirs" en les considérant comme définitivement antagonistes (jusqu'à vouloir bannir l'usage des mots de notre langue !). Seul, donc, un "Noir" pourrait comprendre, et donc lutter, contre la discrimination qui lui est faite, et quant au "Blanc", qu’il le veuille ou non, il serait complice de la domination qui s’exercerait sur le premier.

Ces "indigénistes" sont donc aujourd'hui à l’œuvre pour conforter cet étrange et tumultueux amalgame. Et ils font tout pour créer une situation comparable à celle dominante aux États-Unis : ils rêvent d’importer chez nous, en France, le communautarisme à la sauce américaine dont le fruit sont ses profondes divisions jusqu'au plus profond de sa société.

Si nous ne prenons pas garde d'urgence à ce piège qui nous est tendu, ce sont ces mêmes divisions qui ruineront demain toutes les bases de notre propre société.

Je me devais de le dénoncer.

lundi, 27 juillet 2020

LES NOUVEAUX TYRANS

Billet de  François VAN DE VILLE

hygienisme.moral.jpg- Hier, dimanche 26 Juillet, était organisé l'hommage au Père Hamel, ce prêtre assassiné lâchement il y a 4 ans alors qu'il célébrait un office religieux dans sa paroisse de la paisible campagne normande.

L'émotion était forte : une marche silencieuse précédait cette cérémonie, en présence de la sœur et de la famille du martyr, et d'autres témoins de cet assassinat qui ont pu échapper à ce massacre qui se voulait collectif. Était présent aussi, auprès des autorités civiles, militaires et religieuses, le Ministre de l'Intérieur (en charge des cultes) qui avait fait le déplacement à l'occasion de ce douloureux anniversaire.

Tout se serait déroulé dans la dignité et le recueillement si des profanateurs ne se seraient pas infiltrés pour perturber cette cérémonie. Une honte !

Oh, quoique ces braillards ne soient pas très nombreux, ils n'hésitent cependant pas à brandir des pancartes aux slogans ineptes propres à nourrir les colonnes ou les écrans des réseaux sociaux filmant à profusion cette profanation.

On peut observer que moins ces braillards sont nombreux, plus ils se croient légitimes et constituer une sorte d'avant-garde. Ils s'acharnent sur leurs victimes désignées comme sur des "monstres" qu'ils ont délibérément choisis pour cibles au nom de "grands principes" qu'ils entendent défendre par tous moyens. Hier, leur "grande cause", choisie au hasard, était le droit des femmes victimes - comme depuis des siècles de partout dans le monde, hélas - de viols de mâles momentanément surexcités. Et d'estimer que ces viols ne sont pas assez poursuivis par la Justice, ou avec trop de lenteur, comme pour bien d'autres méfaits tout autant condamnables et qui tardent souvent - peut-on le nier ? - à être examinés. Mais, aux yeux de ces braillards, c'est la société toute entière qui serait complice de ces lenteurs judiciaires.

Il est vrai que notre société est depuis longtemps chloroformée au spectacle permanent de tous ces actes délictueux de tout genre et d'autre importance qui abreuvent les colonnes de nos gazettes ou de nos écrans. Mais nos braillards entendent, eux, au nom des "grands principes", réveiller notre société, quitte à la bousculer par tous moyens qu'ils imaginent fondés : ils veulent même instituer des tribunaux de la rue plus expéditifs.

Hier, le Ministre de l'Intérieur s'est vu invectiver de "sale violeur" au nom d'une morale qui voudrait condamner, par la seule voix de la rue, tout individu suspecté par n'importe quel quidam (sans même connaître la crédibilité de ses accusations), d'avoir enfreint la morale et avant même que la Justice en soit saisie, enquête, examine, fonde sa propre conviction pour envoyer éventuellement le présumé coupable devant le Tribunal de la République.

Pour ces braillards peu scrupuleux, peu importe l'hommage au Père Hamel. Peu importe non plus le devoir de mémoire à son martyr et le recueillement qu'il impose : il fallait à tout prix faire du "buzz". Il leur fallait vomir leur haine : la défense de leur cause n'avait aucune limite, ni par le droit, ni par la solennité des moments qu'ils profanaient. Ils brandissaient déjà, au nom de leur morale, leurs piques virtuelles au bout desquelles ne manquaient que les têtes de leurs victimes.

On parle beaucoup actuellement "d'ensauvagement" de notre société. Je crains fort qu'il ne s'agisse surtout de la tyrannie naissante de certaines minorités pour qui la seule morale est celle de leur propre loi qui passe par dessus toutes les autres.

Si l'on n'y prend garde, notre société entière est donc en danger face à ces tyrannies émergentes au nom d'une purification morale qui ne sera rien d'autre qu'une purge aveugle et sans loi.

jeudi, 09 juillet 2020

RASSEMBLEMENT, OU AMATEURISME ?

nîmes-métro.pngLe nouveau Président de l'Agglo de Nîmes, en connaisseur pourtant aguerri de la dureté d'une campagne électorale hors normes habituelles, ne se montre pas à mes yeux très "rassembleur" pour donner toutes ses chances à cette agglo qui va devoir traverser une période particulièrement difficile de par la situation économique internationale. C'est regrettable.

D'abord l'élection elle-même du Président montre des failles importantes : seules 79 voix sur 105 ont voté en faveur du nouveau Président. C'est une élection parfaitement légitime et incontestable. Mais quand on sait que dans ces 79 voix se trouvent toutes celles issues du groupe RN (ex-FN), à côté de celles des seuls LR, ceci pose une question d'ordre moral. Se souvient-on, lors de l'élection en 1998, d'un Président (ex-RI) de la région Languedoc-Roussillon, élection obtenue grâce aux voix non sollicitées du FN qui avait fait pousser des cris indignés d'orfraies à ceux qui contestaient même avec force la validité de cette élection ? Quand on sait qu'une large partie des électeurs de l'agglo a refusé de nouveau, en 2020, de s'allier avec le RN, et qu'on constate que cet apport de voix RN n'a soulevé aucune mention étonnée de la part de l'orateur nouvellement élu, on peut se poser des questions quant au "rassemblement" souhaité. Comment sera perçu ce rapprochement bienveillant, voire complice, entre le candidat LR et le groupe RN. Il semble que certaines géométries ont varié avec le temps. Je doute fort que les esprits aient tous suivi le même chemin.

Ensuite, quand on se veut "rassembleur", et même si une campagne électorale a dénoncé avec vigueur certains comportements ou choix au sein de l'exécutif municipal sortant, une maturité politique veut qu'une fois la campagne achevée et les urnes ayant rendu leur verdict, on oublie tout cela et on n'use pas d'une tribune pour régler des comptes, même pour satisfaire des tiers amis protecteurs. Quand je lis : "La méchanceté est la caractéristique des personnes souffrant d'infériorité", de qui parle-t-il ? D'un adversaire qui aurait profité d'une campagne électorale pour dresser des accusations mensongères qui pourraient faire l'objet (éventuel ?) de poursuites judiciaires, ou de l'orateur lui-même qui n'ignore pas les épées de Damoclès sous lesquelles il est lui-même placé dans l'attente des poursuites judiciaires dans lesquelles il est mis en accusation ? Oui, la maturité politique exige qu'on use de tout autre langage quand on se veut "rassembleur". Et surtout quand le contexte national actuel est aussi changeant et laisse paraître qu'avant peu des alliances - autres que celles avec le RN - s'imposeront à beaucoup pour exister ou convaincre les électeurs de demain.

Enfin, faire procéder à l'élection de 15 vice-présidents de l'Agglo qui ne sont, très majoritairement, que des proches amis du nouveau Président élu, n'est pas non plus un bon signe de "rassemblement". Cela fait un peu "amateurisme".

dimanche, 14 juin 2020

LE JOUR D'APRÈS

Billet de François VAN DE VILLE

- jour d'après.jpgInviter les Français à se réinventer, alors qu’ils échappent tout juste au Covid-19 qui, aujourd'hui encore, les menace, les inviter aussi, « en même temps », à surmonter une crise sociale sans précédent connu, cela risque de faire beaucoup.

« Sachons nous réinventer, moi le premier », avait déclaré le Président de la République dans l'une de ses allocutions spéciales de crise.

Dans ce domaine, il n'hésite pas, voire quelques fois avec un peu de grandiloquence. Mais utiliser alors le mot « réinventer », c’est pas mal. Mais, c’est aussi quelque peu décourageant que de proposer aux Français de se réinventer : c’est leur dire que dès après le virus, ils n’auront encore rien vu, ni rien fait.

Emmanuel Macron avait promis un nouveau monde. Il le poursuit aujourd’hui. Il proposait alors aux Français d’accélérer pour qu’ils sautent dans le wagon de tête de la course à la mondialisation. Il évoque aujourd’hui les vertus du temps long, de la sobriété carbone. Comme si le « en même temps » n’avait valu que pour faire opportunément sauter les frontières entre droite et gauche. Comme si on n’avait pas d’autres choix que la lessiveuse de la globalisation, celle qui dope la croissance mais rend fou, ou le retour exclusif à la terre qui, elle, «ne ment jamais».

On a en réalité besoin de mondialisation et de circuits courts. On a besoin et de vitesse et aussi de lenteur. On a besoin de se projeter mais aussi de se concentrer. On a besoin d’équilibre, mais certainement pas de se réinventer tous les trois ans.

À quelques heures où le Président doit à nouveau s'adresser gravement ce dimanche aux français, à un moment charnière situé entre le confinement et le retour tant aspiré à une vie normale, je souhaite effectivement qu'on dessine un vrai projet d'avenir, mais avec une vision à long terme.

mercredi, 27 mai 2020

L'AUTRE DÉFI DU PARI EUROPÉEN

Billet de François VAN DE VILLE

Merkel-macron.jpg- Voici quelques jours, fort nombreux sont ceux qui ont salué avec enthousiasme l'accord conclu entre la chancelière allemande - Mme Merkel - et le Président Macron. Ils ont eu raison car cet accord a peut-être sauvé notre Europe commune, du moins celle imaginée par les textes fondateurs, alors que les réticences précédentes et sans faille de Mme Merkel ne cessaient d'en retarder l'ambition.

En fait, cette initiative, un peu tardive hélas, des 2 principaux dirigeants européens prévoit un transfert de richesses - 500 milliards d'€ - et davantage de compétences pour sauver l'UE d'une mort possible, même si encore fort improbable.

Ces 500 M€ seraient donc destinés aux régions et aux secteurs de l'UE les plus touchés par le Covid-19, et ils seraient supportés par l'ensemble des pays membres : ce serait la naissance ET d'une Europe de la Santé, ET d'une Europe des transitions écologiques et numériques, ET encore d'une Europe ouverte sur le monde, mais moins naïve et plus pragmatique face aux hégémonies naissantes d'un peu partout.

"Un sacré programme" ont écrit des observateurs.

Oui, l'Europe était donc devenue vulnérable : elle subissait des pressions considérables, pressions venues d'états-continents qui ne voulaient surtout pas d'une Union Européenne puissante. Et il n'y avait pas que Mr Trump pour s'y opposer avec la virulence de ses sautes d'humeur.

Les propositions avancées communément par la France et l'Allemagne sont donc des réponses directes aux menaces de ceux-là. Et, issues de l'intérieur même de l'Europe elle-même, elles font aussi face à certains gouvernements européens qui cèdent facilement aux sirènes nationalistes. On les connait tous : ce sont toujours les quelques mêmes. Peu importe !

Il fallait aussi veiller à ce que les pays du Nord ne laissent pas ceux du Sud sombrer sous peine de voir ceux-ci tomber ensuite - et eux aussi - entre les mains d'autres démagogues qui ne cherchent, eux, qu'à fermer les portes.

Notre continent européen ne peut pas non plus davantage dépendre des chinois, ou encore des indiens, pour équiper, par exemple, ses propres populations de masques quand il en a besoin, ou nous fournir constamment en médicaments, même ceux de base les plus courants de nos armoires à pharmacie. Notre continent ne peut non plus demeurer ce "nain" numérique dominé par les États-Unis aux humeurs devenues aussi fantasques de par le fait de ses présidents de passage. Enfin, l'Europe doit aussi se protéger des distorsions de marché créées par des nations récemment émergées et prenant soudainement place dans les relations économiques.

Tout cela est donc fort bien pensé et bien répondu par nos deux dirigeants, enfin réunis dans un même projet ambitieux et homogène.

MAIS…. Oui il y a aussi des "mais"….

Il reste maintenant à persuader les autres états de l'UE de la pertinence des propositions franco-allemandes. Et là, la partie n'est pas la plus facile : même certaines réticences naissent aujourd'hui au sein de l'État Fédéral allemand lui-même, pas seulement pour des raisons constitutionnelles (où les règles du fédéralisme peuvent être ressenties comme bousculées par la prédominance des lois européennes sur celles fédérales), mais aussi face à une certaine éthique économique des populations allemandes pour lesquelles celle-ci prime toujours sur toute autre facilité financière. Et surtout quand cette facilité est accordée au bénéfice d'états régulièrement trop dépensiers. Et là, le regard se tourne aussitôt vers notre hexagone français, perpétuellement déficitaire depuis le septennat du vertueux Giscard d'Estaing ! Voici bientôt 40 ans de cela.

Dure équation à laquelle la France va devoir faire face alors que, d'ici peu, des centaines de milliers d'emplois vont disparaître dans notre hexagone, entraînant de possibles autres désordres ou exigences en surplus de celles déjà accordées.

Un autre pari à gagner : il n'est pas le plus simple. Mais il faudra bien l'affronter si nous voulons continuer à exister face à un monde qui change dans ses profondeurs et comme dans ses exigences.

jeudi, 07 mai 2020

CAUSES ET CONSÉQUENCES

Billet de François VAN DE VILLE

causes.png- Aujourd'hui, le gouvernement entame - non sans hésitations entretenues de tous bords - la délicate opération du "commencement" d'un déconfinement des français où ils étaient placés depuis 2 mois face à une situation autant inconnue qu'imprévisible.

Tous ont hâte qu'on en finisse au plus tôt de toutes les contraintes supportées dans l'immensité et les diversités de leurs quotidiens, même les plus intimes. Mais beaucoup ont conscience que ce déconfinement ne sera définitivement achevé que lorsque les scientifiques de toutes nations se seront accordés sur l'élaboration d'un vaccin sécurisant toutes les populations de près de 200 nations concernées. Et de convenir que cela ne se sera vraisemblablement obtenu que dans de fort nombreux mois malgré la gigantesque mobilisation scientifique et médicale que cette pandémie a entraînée.

Mais, dès le commencement de cette opération de déconfinement, tous ont bien conscience que celle-ci n'est pas sans risques. Et c'est là alors que les réflexes de certains peuvent surprendre.

Qui dit "risque" évoque nécessairement "danger" inconnu. Et, à ce sujet, nous voyons paraître aussitôt une autre épidémie : celle de la défiance. Cette épidémie-là touche apparemment plus la France que d'autres nations proches et amies. Il paraîtrait que cela concerne surtout les populations d'origines "latine", donc aussi notre France.

C'est un fait et une évidence incontestables : les français mesurent actuellement les plus mauvais scores de confiance, non seulement envers leurs gouvernants - avec une forte dose présente d'hostilité, - mais aussi de confiance mutuelle entre citoyens. Et, comme dans toute épidémie, comme celle du colonavirus, on voit déferler une vaste vague de suspicions dont nul n'est maintenant totalement épargné. Les maires craignent chacun que l'un de leurs administrés ne les attaque, y compris pénalement, si l'un de leurs enfants contractait le virus lors de la réouverture de leur école. Les patrons de grandes sociétés de transport public écrivent au Premier Ministre pour demander que leur responsabilité civile, et aussi celle pénale, ne soient pas engagées dans l'exécution de leurs obligations qu'ils découvrent au fur et à mesure des textes abondamment édités nouvellement.

Ce phénomène de défiance, mais aussi de suspicion, est particulièrement développé en France par de nombreuses expériences, hélas souvent malheureuses, dues à une judiciarisation particulièrement développée de notre société, les textes protecteurs se révélant souvent insuffisants quoiqu'innombrables. Et, face à cette difficulté, on tend "in fine" à responsabiliser l'État malgré tout le bardage de ses lois. L'État ne peut plus se contenter d'être le payeur, ni même d'être celui qui assure tout le monde, il devient aussi LE responsable, LE coupable de tout ! Et on n'évitera pas les plaintes en Justice comme ultime recours contre tout ou rien.

Je lisais récemment que les services hospitaliers reçoivent chaque semaine ±150 circulaires, décrets et arrêtés qui se cumulent aux milliers d'autres qui les précédent. C'est impraticable en fait. Mais chaque arrêté pris isolément peut être regardé isolément en Justice. C'est une impasse. (On avait déjà connu en France un "Code du Travail" qui ne comportait pas moins de 3.500 pages alors que partout ailleurs il ne tenait aussi efficacement que dans quelques centaines)

Mais, ce que craignent alors les acteurs publics, c'est la vindicte du même nom : loin de l'esprit critique, c'est une sorte de prurit polémique qui saisit le corps social. Nous sommes placés dans l'arbitraire le plus total : les réseaux sociaux, déjà sources de toutes les confusions et autres errements, se nourrissent aussi de réquisitoires et de procès d'intention.

LA DÉFIANCE FRANÇAISE

Les français n'ont qu'une "croyance très vacillante" dans leur République pour leur assurer un avenir meilleur. C'était déjà évident en Avril 2017, avant l'élection d'Emmanuel Macron : 53% des français estimaient déjà que la démocratie française "fonctionnait mal", 71% d'entr'eux n'avaient "pas confiance" dans les institutions républicaines, et 89% "non plus" dans leurs partis politiques ou syndicaux. L'élection de Mr Macron, qui a suivi de peu, n'est pas parvenue à inverser ces scores.

La France est frappée d'une sorte de mélancolie, mélancolie contre elle-même, mélancolie contre l'Europe, un mélange confus de colère et d'abattement. Et ceci se traduit par les taux d'abstention atteints dans nombre d'élections essentielles : aux législatives de 2012, l'abstention était déjà de 44,59%, elle est passée à 57,26% en 2017. Le calamiteux "quinquennat" voté en 2000 sur l'initiative de Jacques Chirac ? Approuvé, lui, avec une abstention de 69,8% : ce qui fait dire que cette fâcheuse loi fondamentale n'a été approuvée qu'avec ±30% des français qui se sont prononcés réellement. Et pourtant on sait combien cette modification de nos institutions a bouleversé leur esprit même et a joué dans la place et la vision qu'on a aujourd'hui de l'État.

Me souvient l'adresse sévère du Président Pompidou à son Premier Ministre de l'époque, en 1966 - un dénommé Jacques Chirac aussi - qui lui présentait de nouveaux textes législatifs qu'il avait établis : "Mais arrêtez donc d'emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez les français vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays !". C'était il y a plus de 50 ans !

Et on a vu ensuite ces trop-pleins de textes autorisant à nos gouvernants tout et leur contraire : - il y a eu la déception venant d'un Mitterrand changeant de politique à 180° dès la 2ème année de son septennat devant ses décisions désastreuses, alors que beaucoup attendaient de lui toute autre chose - on a vécu les décisions hasardeuses d'un Chirac confus dans ses raisonnements - celle d'un Sarkosy promettant un "karcher" que nul n'a jamais aperçu - les sinuosités d'un Hollande fréquemment chancelant - et, aujourd'hui, un Macron décidé de manier le balai dans tout çà avec une ardeur très juvénile, mais qui peut déranger des habitudes fort bien établies.

La France apparait un peu comme un malade qu'on saurait atteint d'une bonne grippe, mais face auquel on s'étonnerait qu'il face aussi de la fièvre. On confond la cause avec les conséquences de la maladie.

Et pourtant les innombrables défis que nous aurons, demain, à affronter, dans un environnement planétaire où tout est bousculé jusqu'au plus profond des destinées de chacun, n'autorise plus cette sorte de suspicion caractérielle, de défiance généralisée qui est une autre pandémie dont les conséquences risquent d'être plus redoutables encore que celle du Covid-19.

Rien n'est, ni ne sera simple, et pour personne. L'effort à accomplir est gigantesque face à une situation qui nous replace à 70 ans en arrière, où tout est à rebâtir, à réécrire, voire à réinventer. C'est un effort de solidarité nationale, mais exigeant à tous les niveaux de décision quels qu'ils soient.

Notre pays, nos populations ont envie de "vivre" : cessez donc de les encombrer un peu plus par une pluie incessante de textes tatillons et minutieux à l'extrême, qui ne créent que confusion et désordre général.

Il nous faut libérer avec courage le pays de ce mal endémique qui le paralyse sans cesse.

15:19 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)