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mercredi, 09 janvier 2019

DE L'ALTERNANCE À L'ABSURDE...

"DE L'ALTERNANCE À L'ABSURDE"...

par François VAN DE VILLE

absurdite.jpgLa frénésie des alternances est telle qu’on veut aujourd'hui changer de Président au bout de dix-huit mois, à peine au tiers du contrat moral qui lie le Président élu avec les français qui lui ont accordé soixante pour atteindre les objectifs du programme envisagé.
 
De timides détestations  se sont donc lentement élevées sans que nous les ayons même ni perçues, ni entendues. Puis ont surgi celles soudaines, brutales même, des "Gilets Jaunes" : pendant à peine un mois, celles-ci sont devenues bruyantes, spectaculaires, mais se sont surtout axées contre la hausse des carburants et celle de futures taxes qui devaient l'accompagner sous prétexte d'écologie programmée de longue date.

Mais cette poussée de revendications a rapidement montré que ce mouvement des GJ, qui se disait alors "apolitique", a été travaillé aussitôt au corps par des partis politiques qui militaient en ce sens, notamment le "Rassemblement National" et/ou, encore très opportunément, son pendant d'extrême-gauche : la "France Insoumise". Ces partis y voyaient soudain le moyen de contester un pouvoir sorti des urnes de façon tout-à-fait imprévisible et hors normes habituelles, et mis en place pour cinq ans, mais dont les urnes ne leur furent pas très favorables, comme aussi à bien d'autres.

Ces détestations des GJ, d'abord très "terre à terre", ont glissé rapidement vers d'autres revendications plus générales touchant notamment le pouvoir d'achat des plus défavorisés que compte, hélas encore, notre société depuis des décennies d'indifférence.

D'abord affirmées "apolitiques", ces détestations sont vite devenues "politiques". Et elles ont alors favorisé la montée de toutes sortes de haines et de rejets : haine pour le Président de la République, hargne contre le gouvernement, mépris envers les partis politiques, indifférence vis-à-vis des syndicats. Personne n'y échappait.

Puis parut ensuite l'appel plus ciblé à la démission du chef de l’État, à la dissolution de l’Assemblée Nationale, à la suppression du Sénat, etc, etc… Un vrai et total déshabillage de toutes nos institutions républicaines. Les plus vindicatifs sans doute des GJ n'ont pourtant pas dissuadé une partie des Français de les soutenir moralement, même si, majoritairement, ceux-ci n'appréciaient pas du tout la forme de certaines contestations, tels les blocages de routes.

Enfin, on  a remis sur le tapis le vieux serpent de mer de la vie politique française : elle appelle, certes, des réformes en profondeur, mais celles-ci étaient déjà promises au programme en cours. Et d'imaginer ensuite le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), doublon du référendum populaire déjà permis par notre Constitution mais celle-ci à des conditions actuellement trop improbables. Mais certains tribuns en ont profité aussitôt pour ajouter à ce RIC leur petite sauce personnelle en le rendant "législatif, abrogatoire et révocatoire" : un retour à des conceptions d'organisation de notre société datant plusieurs siècles en arrière !

Bref : ces détestations ont cessé de l'être pour devenir une crise qui s’inscrit dans une logique ancienne devenue infernale.

Si l'on regarde le contexte de la vie politique française depuis les "Trente Glorieuses", la situation de la France se traduit par une succession ininterrompue d’alternances : à une majorité de droite se succédait quasi systématiquement une autre de gauche, et inversement, chaque majorité nouvelle détricotant aussitôt les règles précédemment établies. Seules les élections de François Mitterrand, et celle de Jacques Chirac, ne furent contrebalancées à cette routine que par d'opportunes cohabitations : à un Président de gauche, face à un Premier ministre de droite, on réélisait le Président, puis inversement.

Mais le résultat de ces expériences, inédites dans nos institutions, ayant déçu, on passa ensuite à la solution du quinquennat et de ses législatives organisées dans la foulée de la présidentielle pour donner "plus de cohérence" entre les chefs de l’exécutif. Mais, à son tour, cette solution, à l'usage, est devenue très discutable et l'on parle maintenant de changer de numéro de république ! Le cycle infernal !

Nicolas Sarkozy fut élu ; mais vite détesté. Il fut ensuite battu par François Hollande : mais celui-ci fut à  son tour rapidement méprisé et même empêché de se représenter. En 2017, les électeurs français tentèrent le tout pour le tout dans le registre du changement, en envoyant à l’Élysée un surdoué d'à peine 40 ans, jamais élu, qui proposait une espèce de synthèse rendant inutile toute alternance, puisque celui-ci se proclamait ET de droite ET de gauche à la fois. Et c’est ce même homme qu'aujourd'hui les GJ veulent renvoyer chez lui dix-huit mois après l’avoir élu !

En guise de réponse à nos problèmes institutionnels, on bloque  aussi vite toute tentative de changement à peine amorcée : nous voilà en pleine absurdité !

Pour ma part, sans pouvoir l'expliquer sur le fond, cette frénésie d’alternances semble traduire en réalité la difficulté des Français - peuple comme dirigeants - de s’adapter à un monde où la faiblesse de la croissance oblige à tout repenser, à tout remettre en cause, à discuter même notre propre place - y compris celle de chaque citoyen dans son environnement - face à une mondialisation croissante où, si nous n'y prenons pas garde d'urgence et si nous n'entreprenons pas les réformes nécessaires pour s'y adapter, notre société et ses valeurs seront vite englouties à tout jamais.

L'obscurantisme des grandes idéologies, issues de siècles dépassés, n'a plus place aujourd'hui dans notre monde, n'en déplaise à certains tribuns d'aujourd'hui. Ou le monde se bâtira sans nous, donc fatalement contre nous.

Notre devoir est de rester lucides, et d'y faire face. Ou nous disparaîtrons tous dans nos rêves évanouis.

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