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mardi, 28 mai 2019

L'ÉCHEC DES NATIONALISTES EUROPÉENS

"L'ÉCHEC DES NATIONALISTES EUROPÉENS"

Billet de  François VAN DE VILLE

LePen.jpg- Souvenez-vous : la veille encore du scrutin des européennes, Mr Bardella, le leader du RN de Mme Le Pen, claironnait : "La poussée souverainiste arrive partout en Europe".

Hélas pour lui (et Mme Le Pen), le scrutin dans les 28 pays a parlé : les "populistes" ne sont arrivés en tête que dans 6 pays sur 28. Et encore : parmi ces 6 pays, l'on compte le Royaume Uni - qui quittera l'Europe et son parlement le 31 Octobre prochain - et, depuis lundi (le lendemain même de l'élection), l'Autriche a renversé son jeune chancelier "populiste" - Mr Kurz - entraîné à son tour par le scandale sans nom qui avait frappé quelques jours plus tôt son ministre de l'Intérieur allié, Mr Kicki. Faites le décompte, il ne reste plus que 4 pays aux mains des "populistes" : la vague "nationaliste" n'a pas déferlé, de très loin s'en faut !

C'est la défaite des projets de Mme Le Pen, qui envisageait déjà, d'un œil gourmand, le "grand soir" où ses amis "populistes" prendraient le contrôle du nouveau parlement européen à ses côtés. Son amertume se devinait déjà entre les mots dès ses prises de parole du dimanche soir : la vague annoncée, y compris par les responsables "pro-européens" - comme Emmanuel Macron lui-même - pour remobiliser les troupes, n’avait pas du tout déferlé sur le continent.

Déjà la déroule de Geert Wilders aux Pays-Bas, connue l'avant-veille du scrutin en France, annonçait déjà que le boulevard promis à l’extrême droite européenne ne serait pas aussi large qu’annoncé : seuls six pays - France, Italie, Royaume-Uni, Hongrie, Pologne et Belgique - ont porté en tête des listes "souverainistes", voire nationalistes, avec, dans ce contingent de 172 sièges, la trentaine d’élus du parti pro-Brexit anglais de Nigel Farage, appelés, eux tous, à repartir très vite chez eux, au plus tard le 31 octobre prochain.

Cette "contre Europe des six" rêvée par Mme Le Pen et ses alliés ne pourra pas faire la loi à Strasbourg, comme Matteo Salvini, le principal allié de Marine le Pen, peut le faire (non sans difficultés d'ailleurs à l'horizon romain).

Cette "internationale des nationalistes" ne sera - et ne restera - qu'à plus de 200 voix de la majorité de 376 sièges requise au Parlement européen. Et surtout, rien ne dit que les élus de ces partis "euro-sceptiques", profondément divisés entre "pro-russes" et "anti-russes", divisés aussi sur le modèle de société qu'ils voudront imposer au sein de leurs propres pays, réussiront à former un seul groupe au lieu des trois qu'ils sont au sein du Parlement européen.

Comment aussi avoir un agenda européen commun lorsqu’on défend une vision purement nationale et que les intérêts du pays représenté passeront toujours devant, surtout lorsqu’il s’agira de voter le budget de la PAC, ou encore d’aller plus loin dans la réforme du travail détaché par exemple ?

Entre partis "nationalistes", il n’y a qu’un point vraiment commun : leur rejet de l’immigration présentée comme une sorte de "submersion" du Vieux Continent, malgré les chiffres qui démontrent unanimement leur large surestimation.

Tout cela ne fait pas un projet commun, surtout lorsque la préoccupation de chacun est de fermer ses propres frontières en fermant les yeux sur les drames qui se déroulent en Méditerranée !

Mme Le Pen ne pourra qu'observer désormais le contingent de sa vingtaine de députés européens - à part quasi égale avec celui nouveau de son partenaire Emmanuel Macron - sur les bancs de Strasbourg ou de Bruxelles, confrontés les uns contre les autres avec leurs visions différentes de l'Europe.

Le "grand soir" espéré par Mme Le Pen n'est plus d'actualité.

vendredi, 17 mai 2019

L'EUROPE ET SES DOUTES

"L'EUROPE ET SES DOUTES"

Billet de  François VAN DE VILLE

politique,mouvement démocrate,débats de société- Un vaste sondage, organisé récemment dans toute l'Europe, montre l’attachement des citoyens européens à leur Union (UE) et témoigne de leur inquiétude sur son avenir.

Les populistes et les nationalistes braillent actuellement tellement fort sur tous les toits, qu’on n’entend plus qu’eux. Le discours ambiant actuel est si anti-européen que chaque europhile se demande s’il n’est pas l'un des derniers spécimens de l’espèce.

Le journal "Le Monde" cite les résultats d’une vaste enquête menée récemment par l’institut britannique "YouGov" dans 14 états de l'UE auprès de 50.000 de ses citoyens. En réalité, cette enquête révèle que le sentiment européen est bien ancré dans le cœur des habitants du Vieux continent. Mais ce sondage indique aussi l’ampleur, et la profondeur, du pessimisme qui plombe l'époque que nous traversons.

Si les deux tiers des personnes interrogées croient possible la fin de l’UE dans un délai d’une à deux décennies, seulement 8 % considèrent que ce ne serait pas une réelle perte. C'est très peu, mais c'est un signe. Les autres regretteraient par contre, entre sujets les plus divers, la liberté de circulation dans tout ce continent, celle de son commerce, le recul des droits de l’homme, et, surtout, une perte d’influence et de poids vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. Cette dernière crainte est une réalité qui devient vive dans le conscient des citoyens.

L’attachement d’une grande majorité des Européens à l’UE ne les empêche pourtant pas d’être sceptiques ou pessimistes sur son avenir, tout comme ils le sont aussi sur leurs institutions nationales. Il n'y a pas que l'Europe qui soit concernée par ce mal-vivre généralisé, mais chacun à l'intérieur de ses frontières nationales. C'est une autre réponse aux nationalistes qui veulent persiffler sur la fermeture des frontières comme solution à tous nos problèmes.

D’où l’étrange campagne électorale que nous vivons actuellement. En réalité, dans cette "étrange campagne", il est question de tout et de n'importe quoi..., sauf d’Europe.

La plupart des citoyens ne veulent donc pas la fin de l’Union européenne : ils veulent de nouveau croire en un avenir économique et social meilleur, pour eux et pour leurs enfants. Ils imaginent immédiatement ce qu’ils perdraient avec la fin de l’UE, tout en étant profondément insatisfaits de leur situation actuelle. La seule ou principale coupable n’étant pas, pour eux, l’Europe, mais l’ensemble des politiques publiques menées tant nationalement qu'au niveau communautaire. Le problème est donc beaucoup plus large que certains le vocifèrent. Voilà qui peut donner quelque raison au surgissement soudain, notamment en France, des "gilets jaunes" qui ont fleuri ces derniers mois sur nos rond-points ou dans nos cités, même si l'objet de leurs manifestations s'est largement émoussé depuis.

L’Occident tout entier est donc en plein doute sur la période de révolution économique, comme technique mondiale, que nous traversons. Et il se trouve aussi, non par hasard, que l’Europe est le cœur même de cet Occident qui doute.

Ceci explique donc cela.

samedi, 04 mai 2019

LE MINISTRE QUI PARLE TROP VITE

"LE MINISTRE QUI PARLE TROP VITE"

Billet de  François VAN DE VILLE

castaner.jpg- En s’y invitant, sans être rejetés par les "Gilets Jaunes" (GJ), les "black blocks" ont changé la nature de leurs manifestations, obligeant la police à modifier sa propre doctrine du maintien de l'ordre.

Un bon Ministre de l’Intérieur doit donc allier, désormais, finesse et autorité.

Mr Christophe Castaner ne déborde ni de l’une ni de l’autre. Il se juge, en outre, "doué" pour la communication, en sorte qu’il parle beaucoup, et même trop, et aussi…. un peu trop vite. C'est pourtant là qu'est tout l'art de la communication, et çà, c'est un tout autre métier que celui de Ministre.

Lui, comme beaucoup d’autres, y compris ceux qui le critiquent aujourd'hui jusqu'au harcèlement, ont fini par croire qu’il suffisait de saturer l’espace médiatique pour empêcher les autres expressions et imposer la leur. Mr Castaner a fini, en peu de temps, par laisser voir les grosses ficelles de sa communication. Et, en voulant "coller" aux événements sans recul et ni réflexion, il s’est pris les pieds dans le tapis le 1er Mai

Le lendemain même, Mr Castaner a tenu à corriger son propos : "Je n’aurais pas dû employer le mot attaque" a-t-il reconnu à propos de cette intrusion forcée, en brisant chaînes et cadenas de portail, ouvrant aux manifestants les locaux d’un hôpital parisien.

Mais le mal était fait : les oppositions, qui voient le Ministre de l’Intérieur comme le "maillon faible" du gouvernement, s’en sont donnés à cœur joie à quelques semaines des européennes. Les sénateurs, s’étant pris soudain de passion pour les commissions d’enquête pour rehausser leur prestige un brin menacé, veulent même faire comparaître le Ministre, tout comme hier Mr Benalla. Communistes et Insoumis, d'une part, ne supportant pas en France le centième de ce qu’ils tolèrent et soutiennent avec becs et ongles aujourd'hui au Venezuela, et, d'autre part, une partie de la droite ayant oublié certaines de ses pratiques passées, tous réunis sont devenus impitoyables avec ce trublion de Ministre.

Ce faisant, on néglige pourtant l’essentiel.

Le maintien de l’ordre dans ces rassemblements, légitimes et autorisés, ne serait pas à ce point délicat et risqué si les "black blocks" ne s’y invitaient pas, protégés, qui plus est, par d’autres manifestants complaisants : les "innocents" GJ eux-mêmes ! Ces activistes cherchent, par la violence, à provoquer un drame qui ferait basculer le ventre mou de la protestation vers l’insurrection. Pour les empêcher d’agir, de lapider les policiers, de brûler les voitures et les kiosques, de détruire les vitrines et piller les magasins, les forces de l’ordre ont désormais la consigne d’aller "au contact". C'est la nouvelle doctrine qu'a initié notamment....le Ministre Castaner.

Cela déplait, à outrance, à certains de nos manifestants hebdomadaires et défait bien de leurs plans établis pour y semer le désordre qu'ils recherchent pour exister et attirer encore les médias, faute d'autres propositions réfléchies.

C’est cela, aussi, ce que certains veulent faire payer, désormais, au Ministre de l’Intérieur : un autre métier, celui-là, que celui de simple communiquant.