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jeudi, 09 avril 2020

L'ESSENTIEL ET LE DÉRISOIRE

Billet de  François VAN DE VILLE

combat.jpg- L'absence de confiance est devenue une sorte de sport national, et pas seulement en France.

Absence de confiance non seulement envers nos dirigeants, quels qu'ils soient, mais aussi envers leurs propres oppositions. Et quand cette défiance se généralise comme aujourd'hui, quand elle atteint même une sorte de complotisme obsessionnel, la tendance naturelle porte les populations à ne miser désormais que sur elles-mêmes.

Cette absence de confiance dégénère ensuite spontanément en réflexes surprenants : on peut alors observer la naissance d'une sorte de processus de défiance généralisée, quel que soit le pays concerné.

Dans un premier temps, comme quand parait un danger pressant comme celui brutal du Covit-19, ce sont les dirigeants de ces pays qui enregistrent spontanément un regain de popularité, surtout si celle-ci, pour de multiples raisons, était plutôt en perte sensible quelques jours auparavant. D'où un certain étonnement des populations qui se surprennent d'elles-mêmes.

Dans un second temps, très proche du premier, ces mêmes populations commencent alors à commenter les décisions prises par leurs gouvernants : comme par exemple si l'on prend l'exemple français, dans la lutte entreprise contre ce virus dérangeant toutes habitudes, en deux semaines d'écart seulement, le degré de confiance a chuté de 18 points de l'estrade gravie quelques jours auparavant. Puis, un peu plus tard, en phase trois du même processus, pour couronner cette défiance, les français trouvent finalement à 73% que leurs dirigeants "n'étaient pas à la hauteur de la situation".

Cette versatilité des opinions n'a rien d'exceptionnel en soi. Mais le phénomène virus l'a accéléré à une vitesse inouïe.

La phase quatre du même processus est plus surprenante encore : la population s'est découverrte soudainement experte en matière de savoir médical. Que n'a-t-on pas lu ici ou là au-dessus de signatures plus ou mois connues et qui se hasardaient à déclarer tout et son contraire ? Et voilà que paraissait notamment sur les plateaux des médias un personnage nouveau en blouse blanche, un peu atypique par ses abords non conventionnels, fort respecté cependant de beaucoup - je veux parler du Professeur Raoult, praticien marseillais - qui affirmait, non sans aplomb et arguments divers solidement exposés, qu'il existait un produit depuis longtemps banalisé - la "chloroquine" - qui était susceptible d'arrêter selon lui l'évolution du "coronavirus" que d'autres prétendaient ne pouvoir freiner faute de vaccin ou autres remèdes spécifiques appropriés.

Et cette apparition a fait soudain exploser un autre combat : celui d'une médecine de teinte méditerranéenne, face à celle plus continentale (j'allais dire plus "parisienne") qui prédominait dans les avis dits "autorisés" de ceux qui les écoutaient soigneusement.

Cet autre combat - qui n'était plus seulement celui contre le Covit-19 - succédait à un autre qui rappelait quelque peu celui antique des Horaces et des Curiaces. Et tous de s'y engouffrer : non seulement les médecines de tous bords et de toutes origines, mais leurs soutiens ou scientifiques, ou politiques, ou de circonstance, ou encore des opinions plus diversifiées issues de personnes.... n'ayant aucune compétence en médecine !

Et l'on a alors vu les français, quand on les interrogeait, même ceux n'ayant jamais ouvert le moindre livre de médecine, répondre à 59% que la "chloroquine" du Dr Raoult était un traitement plus efficace pour combattre notre virus envahisseur.

Plus encore, n'a-t-on pas vu ou entendu ensuite des oracles issus de nos politiques entrer dans ce combat et y prendre partie ou pour l'un, ou pour l'autre camp ! Que d'âneries n'a-t-on pas lues ou entendues, même issues de personnalités fort honorables ! Un journal national a même paginé : "La chloroquine, les français y croient !". Le débat devenait doctrine populaire, et voilà que la presse s'en faisait le relais à son tour.

Nous n'étions alors plus dans le domaine de la science ou des chercheurs, mais dans celui de la croyance. Une étoile nouvelle était née du côté de Marseille, comme hier à Bethléem : voilà un nouveau sauveur qu'il fallait célébrer, pour les uns, ou combattre, pour les autres. Nous étions passés du registre de la raison à celui de l'émotion.

Que penser de ces réflexes incontrôlés, et incontrôlables, des opinions qui vont et viennent au gré des courants et autres réseaux sociaux ?

N'attendez pas de moi que je prenne ici position dans ce débat digne d'autres époques, et non de la rationalité scientifique : je n'ai aucune compétence en la matière, comme l'immense majorité des français. Et cependant, chaque soir, ceux-ci applaudissent leurs soignants issus de différentes écoles scientifiques et qui en appliquent les consignes transmises par nos gouvernants.

Mais je suis cependant tenté d'affirmer que, quelque soit le résultat en cours d'élaboration des effets possibles de cette "chloroquinine", je préfère que ce combat se situe exclusivement entre scientifiques eux-mêmes et ne sorte pas de ce cadre-là : l'opinion publique n'a rien à y faire. Et que nuls autres ne s'en mêlent, et encore moins les "politiques" dont ce n'est pas, pour l'immense majorité d'entr'eux, le métier de médecin ou de chercheurs scientifiques : leurs interventions ne seront jamais que source de confusions et de cacophonies dont nos opinions n'ont nul besoin en cette période.

La France a, aujourd'hui, un redoutable combat à gagner : celui contre le Covit-19. Il ne convient pas de s'en distraire et d'en mener d'autres parallèles.

Mais il convient aussi de nous préparer à cet autre combat, économique celui-là, bien plus redoutable encore que notre actuel virus, et dont nul ne connait la profondeur des abîmes où celui-ci risque de nous y entraîner comme jamais dans nos mémoires cela ne fut connu dans notre Histoire : le pire risque d'être devant nous. Et là, ce sera plus sérieux encore.

Ne quittons donc pas l'essentiel pour le dérisoire.

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