un compteur gratuit pour votre site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 27 mai 2020

L'AUTRE DÉFI DU PARI EUROPÉEN

Billet de François VAN DE VILLE

Merkel-macron.jpg- Voici quelques jours, fort nombreux sont ceux qui ont salué avec enthousiasme l'accord conclu entre la chancelière allemande - Mme Merkel - et le Président Macron. Ils ont eu raison car cet accord a peut-être sauvé notre Europe commune, du moins celle imaginée par les textes fondateurs, alors que les réticences précédentes et sans faille de Mme Merkel ne cessaient d'en retarder l'ambition.

En fait, cette initiative, un peu tardive hélas, des 2 principaux dirigeants européens prévoit un transfert de richesses - 500 milliards d'€ - et davantage de compétences pour sauver l'UE d'une mort possible, même si encore fort improbable.

Ces 500 M€ seraient donc destinés aux régions et aux secteurs de l'UE les plus touchés par le Covid-19, et ils seraient supportés par l'ensemble des pays membres : ce serait la naissance ET d'une Europe de la Santé, ET d'une Europe des transitions écologiques et numériques, ET encore d'une Europe ouverte sur le monde, mais moins naïve et plus pragmatique face aux hégémonies naissantes d'un peu partout.

"Un sacré programme" ont écrit des observateurs.

Oui, l'Europe était donc devenue vulnérable : elle subissait des pressions considérables, pressions venues d'états-continents qui ne voulaient surtout pas d'une Union Européenne puissante. Et il n'y avait pas que Mr Trump pour s'y opposer avec la virulence de ses sautes d'humeur.

Les propositions avancées communément par la France et l'Allemagne sont donc des réponses directes aux menaces de ceux-là. Et, issues de l'intérieur même de l'Europe elle-même, elles font aussi face à certains gouvernements européens qui cèdent facilement aux sirènes nationalistes. On les connait tous : ce sont toujours les quelques mêmes. Peu importe !

Il fallait aussi veiller à ce que les pays du Nord ne laissent pas ceux du Sud sombrer sous peine de voir ceux-ci tomber ensuite - et eux aussi - entre les mains d'autres démagogues qui ne cherchent, eux, qu'à fermer les portes.

Notre continent européen ne peut pas non plus davantage dépendre des chinois, ou encore des indiens, pour équiper, par exemple, ses propres populations de masques quand il en a besoin, ou nous fournir constamment en médicaments, même ceux de base les plus courants de nos armoires à pharmacie. Notre continent ne peut non plus demeurer ce "nain" numérique dominé par les États-Unis aux humeurs devenues aussi fantasques de par le fait de ses présidents de passage. Enfin, l'Europe doit aussi se protéger des distorsions de marché créées par des nations récemment émergées et prenant soudainement place dans les relations économiques.

Tout cela est donc fort bien pensé et bien répondu par nos deux dirigeants, enfin réunis dans un même projet ambitieux et homogène.

MAIS…. Oui il y a aussi des "mais"….

Il reste maintenant à persuader les autres états de l'UE de la pertinence des propositions franco-allemandes. Et là, la partie n'est pas la plus facile : même certaines réticences naissent aujourd'hui au sein de l'État Fédéral allemand lui-même, pas seulement pour des raisons constitutionnelles (où les règles du fédéralisme peuvent être ressenties comme bousculées par la prédominance des lois européennes sur celles fédérales), mais aussi face à une certaine éthique économique des populations allemandes pour lesquelles celle-ci prime toujours sur toute autre facilité financière. Et surtout quand cette facilité est accordée au bénéfice d'états régulièrement trop dépensiers. Et là, le regard se tourne aussitôt vers notre hexagone français, perpétuellement déficitaire depuis le septennat du vertueux Giscard d'Estaing ! Voici bientôt 40 ans de cela.

Dure équation à laquelle la France va devoir faire face alors que, d'ici peu, des centaines de milliers d'emplois vont disparaître dans notre hexagone, entraînant de possibles autres désordres ou exigences en surplus de celles déjà accordées.

Un autre pari à gagner : il n'est pas le plus simple. Mais il faudra bien l'affronter si nous voulons continuer à exister face à un monde qui change dans ses profondeurs et comme dans ses exigences.

jeudi, 07 mai 2020

CAUSES ET CONSÉQUENCES

Billet de François VAN DE VILLE

causes.png- Aujourd'hui, le gouvernement entame - non sans hésitations entretenues de tous bords - la délicate opération du "commencement" d'un déconfinement des français où ils étaient placés depuis 2 mois face à une situation autant inconnue qu'imprévisible.

Tous ont hâte qu'on en finisse au plus tôt de toutes les contraintes supportées dans l'immensité et les diversités de leurs quotidiens, même les plus intimes. Mais beaucoup ont conscience que ce déconfinement ne sera définitivement achevé que lorsque les scientifiques de toutes nations se seront accordés sur l'élaboration d'un vaccin sécurisant toutes les populations de près de 200 nations concernées. Et de convenir que cela ne se sera vraisemblablement obtenu que dans de fort nombreux mois malgré la gigantesque mobilisation scientifique et médicale que cette pandémie a entraînée.

Mais, dès le commencement de cette opération de déconfinement, tous ont bien conscience que celle-ci n'est pas sans risques. Et c'est là alors que les réflexes de certains peuvent surprendre.

Qui dit "risque" évoque nécessairement "danger" inconnu. Et, à ce sujet, nous voyons paraître aussitôt une autre épidémie : celle de la défiance. Cette épidémie-là touche apparemment plus la France que d'autres nations proches et amies. Il paraîtrait que cela concerne surtout les populations d'origines "latine", donc aussi notre France.

C'est un fait et une évidence incontestables : les français mesurent actuellement les plus mauvais scores de confiance, non seulement envers leurs gouvernants - avec une forte dose présente d'hostilité, - mais aussi de confiance mutuelle entre citoyens. Et, comme dans toute épidémie, comme celle du colonavirus, on voit déferler une vaste vague de suspicions dont nul n'est maintenant totalement épargné. Les maires craignent chacun que l'un de leurs administrés ne les attaque, y compris pénalement, si l'un de leurs enfants contractait le virus lors de la réouverture de leur école. Les patrons de grandes sociétés de transport public écrivent au Premier Ministre pour demander que leur responsabilité civile, et aussi celle pénale, ne soient pas engagées dans l'exécution de leurs obligations qu'ils découvrent au fur et à mesure des textes abondamment édités nouvellement.

Ce phénomène de défiance, mais aussi de suspicion, est particulièrement développé en France par de nombreuses expériences, hélas souvent malheureuses, dues à une judiciarisation particulièrement développée de notre société, les textes protecteurs se révélant souvent insuffisants quoiqu'innombrables. Et, face à cette difficulté, on tend "in fine" à responsabiliser l'État malgré tout le bardage de ses lois. L'État ne peut plus se contenter d'être le payeur, ni même d'être celui qui assure tout le monde, il devient aussi LE responsable, LE coupable de tout ! Et on n'évitera pas les plaintes en Justice comme ultime recours contre tout ou rien.

Je lisais récemment que les services hospitaliers reçoivent chaque semaine ±150 circulaires, décrets et arrêtés qui se cumulent aux milliers d'autres qui les précédent. C'est impraticable en fait. Mais chaque arrêté pris isolément peut être regardé isolément en Justice. C'est une impasse. (On avait déjà connu en France un "Code du Travail" qui ne comportait pas moins de 3.500 pages alors que partout ailleurs il ne tenait aussi efficacement que dans quelques centaines)

Mais, ce que craignent alors les acteurs publics, c'est la vindicte du même nom : loin de l'esprit critique, c'est une sorte de prurit polémique qui saisit le corps social. Nous sommes placés dans l'arbitraire le plus total : les réseaux sociaux, déjà sources de toutes les confusions et autres errements, se nourrissent aussi de réquisitoires et de procès d'intention.

LA DÉFIANCE FRANÇAISE

Les français n'ont qu'une "croyance très vacillante" dans leur République pour leur assurer un avenir meilleur. C'était déjà évident en Avril 2017, avant l'élection d'Emmanuel Macron : 53% des français estimaient déjà que la démocratie française "fonctionnait mal", 71% d'entr'eux n'avaient "pas confiance" dans les institutions républicaines, et 89% "non plus" dans leurs partis politiques ou syndicaux. L'élection de Mr Macron, qui a suivi de peu, n'est pas parvenue à inverser ces scores.

La France est frappée d'une sorte de mélancolie, mélancolie contre elle-même, mélancolie contre l'Europe, un mélange confus de colère et d'abattement. Et ceci se traduit par les taux d'abstention atteints dans nombre d'élections essentielles : aux législatives de 2012, l'abstention était déjà de 44,59%, elle est passée à 57,26% en 2017. Le calamiteux "quinquennat" voté en 2000 sur l'initiative de Jacques Chirac ? Approuvé, lui, avec une abstention de 69,8% : ce qui fait dire que cette fâcheuse loi fondamentale n'a été approuvée qu'avec ±30% des français qui se sont prononcés réellement. Et pourtant on sait combien cette modification de nos institutions a bouleversé leur esprit même et a joué dans la place et la vision qu'on a aujourd'hui de l'État.

Me souvient l'adresse sévère du Président Pompidou à son Premier Ministre de l'époque, en 1966 - un dénommé Jacques Chirac aussi - qui lui présentait de nouveaux textes législatifs qu'il avait établis : "Mais arrêtez donc d'emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez les français vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays !". C'était il y a plus de 50 ans !

Et on a vu ensuite ces trop-pleins de textes autorisant à nos gouvernants tout et leur contraire : - il y a eu la déception venant d'un Mitterrand changeant de politique à 180° dès la 2ème année de son septennat devant ses décisions désastreuses, alors que beaucoup attendaient de lui toute autre chose - on a vécu les décisions hasardeuses d'un Chirac confus dans ses raisonnements - celle d'un Sarkosy promettant un "karcher" que nul n'a jamais aperçu - les sinuosités d'un Hollande fréquemment chancelant - et, aujourd'hui, un Macron décidé de manier le balai dans tout çà avec une ardeur très juvénile, mais qui peut déranger des habitudes fort bien établies.

La France apparait un peu comme un malade qu'on saurait atteint d'une bonne grippe, mais face auquel on s'étonnerait qu'il face aussi de la fièvre. On confond la cause avec les conséquences de la maladie.

Et pourtant les innombrables défis que nous aurons, demain, à affronter, dans un environnement planétaire où tout est bousculé jusqu'au plus profond des destinées de chacun, n'autorise plus cette sorte de suspicion caractérielle, de défiance généralisée qui est une autre pandémie dont les conséquences risquent d'être plus redoutables encore que celle du Covid-19.

Rien n'est, ni ne sera simple, et pour personne. L'effort à accomplir est gigantesque face à une situation qui nous replace à 70 ans en arrière, où tout est à rebâtir, à réécrire, voire à réinventer. C'est un effort de solidarité nationale, mais exigeant à tous les niveaux de décision quels qu'ils soient.

Notre pays, nos populations ont envie de "vivre" : cessez donc de les encombrer un peu plus par une pluie incessante de textes tatillons et minutieux à l'extrême, qui ne créent que confusion et désordre général.

Il nous faut libérer avec courage le pays de ce mal endémique qui le paralyse sans cesse.

15:19 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)