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samedi, 07 novembre 2020

DÉMOCRATIE. Ô DÉMOCRATIE !

BILLET de François VAN DE VILLE

democratie.jpg- Les institutions américaines semblent vouloir résister aux assauts de Mr Trump, son Président sortant. Néanmoins, elles sont de plus en plus fragilisées.
 
Les États-Unis se sont approchés, tout doucement, du premier dénouement, celui de l’attribution de la victoire au démocrate Joe Biden. Mais pourtant les Américains sont loin d’en avoir fini avec le tempétueux Donald Trump, lequel a déjà déposé dix recours en justice, dont six pour la seule Pennsylvanie.

L’avalanche des accusations de fraudes dans le vote par correspondance, les demandes pour arrêter le comptage de bulletins - pourtant parfaitement légaux - sont autant d'insultes à l’intelligence comme à la démocratie.

Les 50 États, responsables de l’organisation des élections, se montrent pourtant exemplairement minutieux : la Géorgie, le Wisconsin et le Nevada, au moins, recompteront les bulletins en raison des marges infirmes entre les deux candidats. Légalement, ils ont jusqu’au 8 décembre pour ce faire.

Les médias, eux, sont d’une prudence extrême dans leurs projections. Les chaînes d’info résistent, en osant même couper le direct des conférences de presse insanes de Mr Trump. Les réseaux sociaux, de leur côté, bloquent ses messages victorieux délirants.

Mais, quels que soient les tumultes provoqués par un personnage qui semble incapable d'affronter sa propre défaite, tout ceci ne semble pas compromettre à terme le résultat final : Mr Trump a bien perdu l'élection et le cours des choses n'en sera pas arrêté pour autant.

Mais ce "crash-test" pour les États-Unis ne peut pourtant pas cacher certaines vérités. La vieille constitution des pères fondateurs des USA (Benjamin Franklin, George Washington, John Adams…) de 1787 est-elle encore opérante dans les USA d’aujourd’hui ? La question se pose aujourd'hui avec plus d'acuité que jamais.

La réponse est "non".

Le suffrage indirect, et le système des grands électeurs, préservent surtout apparemment les intérêts des États ruraux, ceux du Midwest comme ceux du Sud. Mais l'un comme l'autre ne rendent plus compte de la diversité des incessants mouvements démographiques parvenus depuis.

C’est un vieux sujet auquel le parti républicain ne s’attaquera pas de sitôt : son retrait actuel, à peine caché dans le conflit créé par Mr Trump, est significatif. Ce bon vieux parti est en train d'éclater sous nos yeux. Il aura, pour lui, la cohorte des grands présidents qui l'ont bien servi, mais il y aura désormais, face à lui, le "trumpisme" qui demeurera et sera désormais porteur des voix qui ne se reconnaissent plus dans les discours bien formés, ici comme là, depuis des décennies.

Il faut remonter à 2004 pour trouver une victoire républicaine obtenue par le vote populaire avec la réélection de George W. Bush. Mais sept des huit dernières élections avaient consacré une majorité de voix démocrates.

C'est un peu là l'histoire de toutes nos démocraties, ancrées qu'elles sont sur des textes constitutionnels écrits et pensés dans des circonstances précises de notre Histoire, mais qui perdent ensuite leur impact nécessaire dans les méandres et les évolutions des sociétés qui suivent, vont et viennent au gré des courants. Et la qualité de nos démocraties - voire leur survie à terme - reste fondée sur leur faculté de savoir s'adapter et évoluer.

Hélas, ce n'est pas le cas aux USA qui font toujours religion de textes constitutionnels écrits dans des temps multi-séculaires qui n'ont plus cours aujourd'hui et desquels certains veulent aujourd'hui s'éloigner par tous moyens, y compris ceux éclos d'archaïsmes insensés et échappent à tous bons sens.

Oui, la démocratie américaine est en grave danger, et pas seulement le parti républicain.

Espérons que cette grande démocratie saura sortir de ce piège dans lequel elle semble enfermée. Mais espérons aussi que cet exemple nous servira, à nous autres démocraties du monde, de leçon salutaire pour ne pas tomber dans le même immobilisme suicidaire.

The world great again.

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