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mardi, 06 janvier 2015

REGARDS SUR 2014

BILLET du 6 JANVIER 2014          

 

        Alors que nous venons d'ouvrir la page de l'année 2015, je suis tenté de jeter un regard sur celle que nous venons de traverser. Et, à bien examiner les événements traversés, cette année 2014 a été une année charnière dans plusieurs domaines.

 

        J'aperçois d'abord deux ruptures :

 

       1°/ la première rupture, celle du Parti Socialiste : au-delà des différents courants qui s'agitent ou vocifèrent, une certaine gauche archaïque, dont les conceptions en matière économique consistaient à prôner une "politique de la demande", a bien explosé en vol. Cette gauche-là n'a plus du tout voix au chapitre. L'arrivée d'un Manuel Valls, et surtout cette d'un Emmanuel Macron (qui semble vouloir supplanter le premier), marquent un tournant de l'ancienne politique de la demande vers une "politique de l'offre". Un nouveau débat droite-gauche s'établit et ouvre de nouvelles perspectives. Quoiqu'en disent certains, il ne s'agit pas d'une reddition de la social-démocratie à la droite mais d'un progrès vers plus de lucidité qui consiste à reconnaître qu'avant de redistribuer et de partager, il faut d'abord produire. C'est un tournant historique du P.S..

        Le débat droite-gauche ne s'est pas évanoui pour autant : il change surtout de niveau pour passer de celui "politique" à celui plus "économique". Les "frondeurs" ont tort quand ils plaident pour une autre voie que la politique de l'offre : que ce soit sur la question de l'équité ou de la redistribution, s'ouvre désormais la possibilité d'un vrai débat droite-gauche.

        Malheureusement le retard accumulé depuis deux ans par François Hollande est dramatique : il est tard - il est même trop tard - et il n'y aura pas d'effets bénéfiques significatifs du changement de cap avant 2017.

 

        2°/ la deuxième rupture est tout autre et dans un tout autre domaine : c'est celle qui se dessine au sein du  Vatican. Le récent discours du pape François est à lui seul une rupture par son audace inouïe quand il dénonce, en guise de vœux, les quinze maladies qui menaceraient selon lui la Curie, dont la "pétrification mentale et spirituelle", le "schizophrénie existentielle" ou encore les "têtes d'enterrement" ou les "figures lugubres" des cardinaux. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer récemment ce discours dans un autre court billet mais, puisqu'on parle ici de "ruptures", celle-ci est vraiment historique. C'est la raison pour laquelle j'y reviens. Je lisais récemment, sous la plume du philosophe Luc Ferry, que le pape François est, sans nul doute, le chef d'état le plus remarquable de l'année 2014. Je partage tout-à-fait son opinion.

 

        Revenant donc sur ces deux ruptures tout-à-fait étrangères l'une à l'autre :

       • on ne peut que regretter d'abord le retard accumulé de François Hollande, le fait que le tournant opéré récemment par l'arrivée de Manuel Vals et d'Emmanuel Macron n'est ni suffisant ni assez audacieux pour apporter des résultats. Mais le changement de cap opéré par eux va dans le bon sens et il est de nature à modifier la nature du débat politique.

     • l'autre rupture est donc celle du pape François face aux positions de ses prédécesseurs, Benoït XVI et Jean-Paul II. Il envoie un message innovant non seulement aux 1,2 milliard de catholiques du monde entier, mais aussi aux non-croyants. Ses propos - entr'autres - sur les homosexuels, sur le fait qu'il s'estime "non habilité pour juger autrui", rompent de manière radicale avec la théologie morale jusqu'ici bien établie, théologie jusqu'ici partagée par les franges les plus conservatrices des catholiques. C'est un retour aux sources, aux origines du christianisme, un message d'amour qui rend plus optimiste face à la dépression généralisée. Son message s'adresse aux orthodoxies les plus rudes, celles des pharisiens et autres ayatollahs de la pensée dite "moderne".

      Le P.S., lui, ne revient pas aux sources originelles : il progresse, mais lentement - très lentement, vraisemblablement trop lentement - mais quand même dans une certaine lucidité qui semble l'avoir touché soudain pour enfin se rapprocher des partis sociaux-démocrates européens, et pour oser enfin paraître ce qu'il doit être, à savoir non pas une version édulcorée du marxisme mais une pensée de gauche enfin démocratique et significativement plus intelligente.

 

ET LA DROITE EN 2014 ?

 

        Il est évident que la droite est en très grande difficulté. Elle gagnera sans doute les élections de 2017, mais sans convaincre pour autant; : c'est simplement la gauche qui perdra. Un remake à l'envers de 2012 quand la gauche n'a pas gagné faute de cohérence, mais Nicolas Sarkozy a simplement lassé son électorat.

 

        Au sein de l'UMP, l'on observe donc désormais trois courants inconciliables :

       • une "droite libérale", humaniste, favorable à une politique de l'offre et de réduction des déficits, mais aussi européenne. Cette droite est incarnée par Alain Juppé et elle est susceptible de s'allier avec le Centre, même y compris avec la social-démocratie évoquée ci-dessus

      • une "droite souverainiste", eurosceptique, qui n'est pas hostile aux déficits publics et incarnée notamment par Henri Guaino

      • enfin une "droite naturaliste", genre "Manif pour tous", qui pense que le corps social doit être administré par ce que St Thomas appelait "la loi naturelle".

      Voilà trois droites divergentes à l'extrême entr'elles. Quand Alain Juppé déclare qu'il n'abrogera pas la Loi Taubira sur les couples homosexuels, il perd nécessairement les voix de la "Manuf pour tous". Et, entre la "droite libérale" et la "droite souverainiste", on voit bien que l'opposition est radicale sur les questions européennes et économiques. Quand Nicolas Sarkozy veut donc s'adresser aujourd'hui à ces trois droites-là, ce ne peut être qu'au prix de grandes incohérences idéologiques. C'est ce qui rend son actuel discours totalement inaudible.

 

        Il y a bien sur le F.N. et sa montée en puissance.

     Cette montée est surtout due au fait que les gouvernements successifs n'ont pas réussi à résoudre le problème du chômage, mais surtout le fait que dans le contexte de la mondialisation, le retour au "cocon national" est extrêmement tentant : la solidarité nationale ne se joue pas au niveau européen ou mondial, les budgets de la santé, de l'éducation, de la protection sociale sont exclusivement français. L'argument des souverainistes, c'est que dans le contexte de la mondialisation, l'Europe ne nous protège plus. Même si l'argument est fallacieux, il très parlant pour beaucoup.

     Et quant à l'Euro, monnaie dont la puissance devrait nous mettre à l'abri des grandes tempêtes internationales, on n'a jamais vu une monnaie exister longtemps sans une tête unifiée, sans harmonisation fiscale, sans une politique monétaire commune aux états. C'est aberrant.

 

     La vérité, c'est qu'il ne faut pas moins d'Europe mais PLUS d'Europe, mais d'une Europe UNIFIÉE.

 

       Hélas, il est très difficile de faire comprendre cela au grand public : les conclusions peuvent paraître mauvaises, même quand les arguments sont bons.

 

       Faut-il les taire pour autant ?

mercredi, 24 septembre 2014

DJIHAD : LES VRAIES VICTIMES

 

djihad.jpg

La menace, dont on ne peut sous-estimer les dangers et qui frappe actuellement toute une civilisation, jusque dans sa liberté d'être, de penser, d'agir, préoccupe à juste titre des populations entières, jusque chez nous, dans nos quartiers, dans nos cités, jusque dans notre intimité, face au spectacle d'une minorité d'égarés dépourvus de tout sentiment humain - et à qui on pourrait même retirer leur qualité d'êtres humains - cette menace, quelles en sont, quelles en seront les vraies  victimes ?

Je crois que ces fous égarés se trompent complètement de cible.

Les vraies victimes ne sont pas celles dont on menace de leur trancher lentement la tête au couteau avec une cruauté inouïe, mais les musulmans eux-mêmes.

Les vraies victimes c'est eux, pas ceux qu'on égorge, mais ceux qu'on croise et côtoie chaque jour dans nos quartiers, au travail, dans nos rencontres. Ces fous ne réalisent pas qu'ils portent atteinte à l'image même de ces musulmans - la majorité - qui veulent et ne désirent que vivre en paix, y compris leur religion. Ils ne réalisent pas que c'est eux, ces musulmans-là, qui seront blessés du regard au coin de l'œil qu'on leur portera désormais et qu'on soupçonnera désormais injustement.

Ces fous, parce que c'est leur vraie nature de fous, ne réalisent pas l'incohérence de leurs propres actes. Ils ne réalisent pas qu'ils sont eux-mêmes porteurs du germe de leur auto-destruction. Leur action est sans avenir non seulement par la force des équilibres humains (ils ne sont qu'une infime minorité), mais surtout par la volonté de l'immense majorité des musulmans d'être respectés comme simples citoyens.

Les vraies victimes, ce sont les musulmans eux-mêmes..

12:24 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 26 mai 2014

APPARENCE & ILLUSION

mouvement démocrate,bayrou,politiqueNous apprenons, ce soir des élections européennes, que, devant la déroute des deux partis complices dominants français - le P.S. et l'UMP - Mr Hollande convoque d'urgence, ce lundi matin, a potron-minet, une réunion pour "réagir" face à cette situation nouvelle.

Le "pôvre" ! Voilà notre François Hollande plongeant de nouveau dans l'illusion d'un pouvoir dont il ne s'aperçoit pas encore que, ce soir, il ne le lui appartient plus du tout.

Car de quoi s'agit-il ?

Les élections du 25 Mai, en envoyant au Parlement européen comme députés français près de 30% de son contingent représentant l'extrême droite, les deux partis dominants traditionnels complices jusqu'ici de la bipolarisation régnante (P.S./UMP), et ne représentant plus, de leur côté, que 40%, et les derniers 30% restant étant pratiquement étanches aux combinaisons des premiers nommés, le problème n'est pas la nature du contingent des 30% de députés élus appartenant au F.N. - car ceci ne changera rien (ou pas grand-chose) dans les décisions du Parlement européen car l'extrême droite y est très divisée et très minoritaire encore - mais le fait que la France n'aura désormais plus aucun poids dans les instances européennes décisionnelles à côté des autres mastodontes dominants. De fait, la France n'y existera plus du tout : nous y tiendrons désormais que le rôle du nain politique et économique de l'Europe. Mme Merkel y aura les mains libres.

Déjà, en 2012, Mr Hollande, tout auréolé de sa victoire aux présidentielles, avait déjà promis qu'il interviendrait, sitôt élu, dans les orientations de la politique européenne. On connaît le résultat : il en est revenu totalement bredouille, au grand dam de ses électeurs.

Alors aujourd'hui, après deux défaites électorales retentissantes - celle des municipales, puis celle des européennes - que peut prétendre encore Mr Hollande obtenir ? RIEN ! Moins que rien !

Certes, l'élection du nouveau Président de la Commission européenne - commission qui fixe de fait les grandes orientations européennes proposées ensuite aux chefs d'état qui en décident - n'est pas encore acquise : il faudra attendre des mois de tractations quasi secrètes avant qu'on connaisse l'heureux élu. Pour l'instant, une certaine majorité semble désigner le luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Si c'était lui qui devrait l'emporter, ce serait la pire nouvelle pour Mr Hollande : Mr Juncker est totalement rebelle à toute concession accordée à quelque pays que ce soit pour la réduction de leur dette et des efforts qu'ils devront entreprendre dans l'urgence pour la ramener à la norme commune fixée, et ce dans le plus bref délai.

Mr Hollande espérait jusqu'ici (ou du moins, on peut le supposer !) la victoire, à cette fonction, de son "ami" socialiste, Mr Martin Schulz, lequel montrait une certaine volonté d'être moins ferme dans l'application des normes européennes, même au prix d'augmenter un peu plus la dette commune. Hélas, les chances de Mr Schulz d'être élu se sont évanouies. À moins que, pour contrer l'élection de son rival - Mr Juncker - Mr Schulz fasse alliance avec les centristes de Mr Guy Verhopstadt : mais dans ce cas, celui-ci exigera la présidence de la Commission et Mr Schulz n'aura plus grand-chose à dire. Et l'on sait que Mr Verhopstadt n'est pas homme à laisser filer la dette à tout crin.

Dans le drame qui s'est donc joué aujourd'hui en France au travers des élections européennes, même si celles-ci révèlent le délitement de la vie politique française au profit de l'extrême droite - ce qui éveille notre devoir de grande vigilance et de réformes profondes de moralisation au sein de notre nation - le vrai drame n'est pas la résurgence du parti de Mme Le Pen, mais la disparition de la France comme grande nation influente sur les affaires du monde et de l'Europe.

Et ce n'est pas Mr Hollande qui est en capacité de restaurer son rang à la France : il faut, pour y parvenir, une autre dimension d'homme.

Tout ne devient donc qu'apparence et illusion.

lundi, 07 avril 2014

DESTINS CROISÉS

bayrou.jpgÀ peu de jours d’intervalle, l’un  - François Bayrou - élu Maire de Pau, déclare qu’il a décidé de se retirer de toute bataille politique pour ne se consacrer désormais qu’à ce seul mandat qui vient de lui être confié : finies donc les perspectives présidentielles et législatives. Même si, heureusement toujours bien en vie et que l’on reste assuré que sa présence dans la famille centriste gardera tout son poids, il faut bien admettre qu’un président de parti politique qui renonce désormais à exercer tout mandat national quel qu’il soit (choix infiniment respectable en soi), pose le problème de leadership au sein du mouvement qu’il a créé et dont il était le pivot central jusqu’à l’incarner tout entier. Le Mouvement Démocrate, même si cela se déroule dans le calme propice encore à la réflexion, est à un tournant décisif qui scellera son avenir.

borloo.jpgLe hasard veut qu’ensuite un autre leader du centre - Jean-Louis Borloo - pour d’autres raisons beaucoup plus pénibles et brutales de santé, décide à son tour de se mettre en congé de tout mandat politique. Ami longtemps proche du premier cité - dont il avait conduit l’une de ses campagnes présidentielles - il avait rapidement saisi la nécessité absolue pour la famille centriste de se réunir de nouveau si elle voulait continuer de peser d’un poids nécessaire aux grands équilibres entre une droite et une gauche, tout à la fois irréconciliables et complices, qui ont introduit dans la vie politique le poison du bipartisme et de la stérile division du peuple français en 2 blocs qui ne cessent de s’affronter. Et de créer parallèlement, face au Mouvement Démocrate voulu par le premier dans le même objectif de rassemblement, l’UDI où il y amenait dans la corbeille l’historique Parti Radical dont il était devenu le Président pour réunir ensuite plusieurs familles issues d’un centre hélas momentanément éclaté.

Mais, l’un comme l’autre - François et Jean-Louis - procédant de cette même analyse d’une nécessité de rassemblement de toutes ces familles du centre si elles voulaient continuer d’exister et de peser, de se rapprocher à nouveau pour fonder cette Alternative qui les rapprochait à nouveau et dont on sait aujourd’hui, par les premiers résultats prometteurs récoltés en commun il y a quelques jours, combien celle-ci répond à une véritable attente du peuple français lassé de cette perpétuelle rivalité droite-gauche.

Mais voici qu’un concours de circonstances différentes réunit au même moment ces deux hommes visionnaires qui sont amenés à devoir s’éloigner de leurs responsabilités respectives, même si les raisons de l’un sont infiniment plus douloureuses et brutales que celles de l’autre.

Qu’on l’admette ou non, la famille centriste toute entière est à un tournant décisif. Derrière ces deux visionnaires qui ont contribué si puissamment à sa nécessaire réunion, il va falloir trouver des hommes et des femmes prêts à poursuivre l’œuvre entreprise. Mais on ne peut ignorer les ambitions des uns ou des autres entretenues par des courants légitimes dont ils sont porteurs mais si dangereusement centrifuges et à contre-courant de cette vision unitaire voulue par leurs deux leaders.

Cela ne se fera pas, et ne pourra se faire, entre les seuls appareils de partis. C’est plus que souhaitable. Cela nécessitera une réflexion commune à toutes nos familles pour qu’ensemble elles reconstruisent une maison commune. Bien au-delà des étiquettes de partis qui contribuent tant à les diviser.

Ceci demandera peut-être un peu de temps pour se réaliser. Mais les enjeux communs à tous, UDI et/ou MoDem réunis, l’exigent s’ils veulent demain peser du poids d’un rassemblement des français et dont les récentes élections ont prouvé que cela est devenu nécessaire pour l’avenir même - j'allais dire la survie - des idéaux de la République.

mercredi, 02 avril 2014

ROCARDISME ? ou HOLLANDISME ?

L'annonce des ministres nommés ce matin réserve quelques surprises.

On croyait, avec l'arrivée de Mr Valls à Matignon, voir venir un vent nouveau teinté de réalisme rocardien, avec un brin de modernisme qui manquait manifestement au précédent gouvernement. Or il n'en est rien : Mr Hollande a imposé ses propres fidèles et Mr Valls doit maintenant contenir ses illusions.

Mme Royal à l'écologie est quand même un fait surprenant quand on connait ses positions sur les taxations que voulait imposer Mme Duflot.

Mr Hamon, issu de la gauche de la gauche, à l'Éducation Nationale ne peut être pire que Mr Peillon mais laisse planer beaucoup d'incertitudes sur ses choix quand on sait les tensions qui traversent ce ministère ultra-sensible.

Enfin, qui peut comprendre le maintien de Mme Taubira à la Justice quand on sait le laxisme de cette "douce" rêveuse qui a si puissamment contribué à l'essor du Front National ? Mme Taubira est certainement le plus puissant agent électoral de l'extrême droite. Stratégie machiavélique pour contrer la remontée du centre et de la droite lors des scrutins à venir ? On pourrait le croire.

C'est du hollandisme pur.

BONNE NOUVELLE

Que Mme Duflot et ses amis quittent le gouvernement est une double bonne nouvelle :

• pour l'écologie elle-même qui mérite d'être défendue autrement que par ses simagrées

• pour la France elle-même qui n'a actuellement nul besoin de ses utopies ravageuses. Il est temps que les vrais écologistes reprennent les choses en mains pour devenir enfin crédibles.

lundi, 30 décembre 2013

VŒUX 2014

politique,débats de société

mercredi, 04 décembre 2013

LA SOUMISSION AU RELIGIEUX....

Voilà quelques semaines était paru dans un quotidien belge - Le Soir - un remarquable article d’Élisabeth Badinter, femme de lettres et philosophe, Présidente du Conseil de Surveillance de Publicis, mais aussi épouse de Robert Badinter, ancien Ministre de la Justice de François Mitterrand  (qui a notamment fait abolir la peine de mort en France) et a été ensuite longuement Président du Conseil Constitutionnel.

mouvement démocrate,bayrou,politiqueLe titre de l’article de Mme Badinter était quelque peu racoleur : “La soumission au religieux est un désastre !” et il ne pouvait qu’attirer l’attention. Je suis tombé, comme beaucoup certainement, dans le piège : était-ce là un remake de la laïcité exacerbée, par exemple, d’un Vincent Peillon qui s’était “autorisé” de mettre la religion catholique au rang des ennemis absolus des valeurs républicaines de la France. (Il est préférable de ne pas commenter de tels égarements de langage d’un individu dont on n’a pas hésité cependant d’en faire ensuite le pâle Ministre de l’Éducation que l’on sait)

Mais, en fait, cet article était très éloigné des ukases à l’emporte-pièce de Mr Peillon. Il en était même le contre-pied. (Pourtant tous deux - Mme Badinter et Mr Peillon - ne sont pas éloignés des idéaux socialistes)

Je ne vais pas ici reprendre l’intégralité du long document rédigé par Mme Badinter (repris d'ailleurs tout récemment par Mediapart sur FaceBook), mais simplement quelques extraits que j’ai relevés.

En fait, cet article est un long plaidoyer contre le multiculturalisme qui, actuellement, ronge la société française et dont certaines religions sont le support. Je cite :

“aujourd’hui, on considère que le droit à la différence est le summum de la liberté.... Chacun, dans sa communauté, fait ce qu’il veut....”


• “cette philosophie multiculturaliste séduit forcèment les jeunes, qui trouvent qu’on appartient d’abord à sa communauté, avant d’appartenir à une collectivité plus large. C’est chacun chez soi.... Cet enfermement.... (est) le contraire(de)... de ce qui nous unit, et qui... est un puissant facteur de paix entre les hommes.”


• “le multiculturalisme, c’est le séparatisme, et pas la solidarité, car chacun s’aligne sur  sa communauté et l’universalisme se meurt.”

Et, ici, de citer le rôle de certaines religions :

• “la loi religieuse veut de plus en plus imposer sur l’espace public. Et je le dis autant pour les salafistes, les musulmans radicaux que pour la montée en puissance de l’orthodoxie chez les juifs.”


• “il ne faut pas être naïf, il existe des sectes - les salafistes - qui mènent une guerre de tranchées.... C’est inadmissible. Et là, il faut tenir. L’espèce de soumission à la religion de l’extrême-gauche et d’une grande partie de la gauche, est un désastre...”

mouvement démocrate,bayrou,politiqueEt de traiter ensuite de l’intolérance qui s’infiltre dans notre société :

• “nos démocraties occidentales sont horrifiées à l’idée d’être accusées d’intolérance.... Et.... au moindre mot...., vous êtes taxé d’islamophobe, d’antisémite, de raciste, de “lepéniste”, la peur d’être stigmatisé ferme la bouche à beaucoup de gens.... Il ne faut pas avoir peur, mais avoir le courage de tenir sur ses principes.”

Et de rassurer ensuite :

“Dans l’histoire...., il y a un moment où l’oppression exercée par les lois religieuses est trop forte, alors qu’elle est appliquée à des gens qui évoluent intellectuellement et socialement. Et ces gens disent “çà suffit !”.

Et de dénoncer le rôle de l’école dans cette évolution :

• “c’est à l’école qu’on apprend à exercer sa raison critique, à  essayer de mettre un peu de distance à ses préjugés et ses croyances.... (Or) le mot d’ordre dans beaucoup d’écoles est : “surtout ne choquez pas les croyances et les préjugés de vos élèves”. Si on ne peut plus apprendre l’esprit critique à l’école, où (donc peut-on l’apprendre) ? C’est impossible !”
(On sait que Mme Badinter, au nom de ce principe ici exposé, a longuement milité contre le port du voile, ou de la burka, à l’école et de tout signe religieux ostentatoire)

Et de regretter enfin qu’en France tous nos politiques soient soumis au “politiquement correct” parce qu’on a peur de heurter. Du coup “on a une espèce d’eau tiède un peu partout”.



S’étonnera-t-on que je puisse comprendre et partager en grande partie cette analyse de Mme Badinter ?

Sur un plan pratique, il a été organisé tout récemment dans toute la France des rassemblements contre le “racisme, l’antisémitisme et la xénophobie”.

Invité comme beaucoup d’autres responsables politiques à participer à ces rassemblements, aux côtés de nombre de mes amis ou anciens partenaires élus, certains se sont étonnés que j’aie refusé de m’y rendre : c’est tout simplement parce que je refuse de reconnaître que les français soient majoritairement racistes, antisémites ou xénophobes.

Je ne suis pas davantage “lepéniste” pour autant. Mais je refuse tout simplement de céder à cet esprit qu’on tente de répandre qu’il aurait d’un côté les “bons français”, et de l’autre les “mauvais”.

Ce communautarisme défroqué n’est que trop facile pour être crédible. Je n’y céderai pas.

lundi, 04 novembre 2013

À PROPOS DU "NOTRE PÈRE"

NotrePère.jpgCes jours derniers, l'attention des chrétiens de confession catholique a été attirée par une nouvelle traduction qu'on introduirait bientôt sur un passage - resté il est vrai toujours très controversé - du “Notre Père” : "et ne nos inducas in tentationem", traduit récemment, et assez curieusement, en "et ne nous soumets pas à la tentation", en accord œcuménique avec les églises sœurs (celles issues de la réforme ou celles orthodoxes). Ce qui laisserait entendre, à bien lire cette traduction, que c'est Dieu lui-même qui soumettrait le faible pécheur (que nous sommes tous) à la tentation, une façon de nous déculpabiliser nous-mêmes ! C’est pour le moins curieux.

Le hasard de mon existence m’a permis de côtoyer longuement, au milieu des années 40, le R.P. José Feder (SJ) alors qu’il résidait au Collège St Joseph (Lille) et que j’y étais moi-même pensionnaire (à presque plein temps puisque je ne retournais à cette époque dans ma famille qu’environ toutes les 6 semaines, rigueur des facilités très restreintes de déplacement de cette époque difficile).

J’évoque ici le souvenir de José Feder car ce jésuite était déjà alors très connu comme un bibliste exégète, traducteur érudit des textes hébraïques et latins auxquels il se référait constamment avec un grand souci de fidélité, auteur de nombreux ouvrages fondamentaux. Et le R.P. José Feder avait alors entrepris d’écrire un nouveau missel qu’il voulait “dépoussiéré” (c’était le terme qu’il utilisait) - travail énorme qui l’a occupé plusieurs années, ouvrage un peu pré-conciliaire dans son esprit - pour sortir des emphases du très officiel Dom Gaspar Lefebvre (1920) écrit dans un style qui commençait alors à dater quelque peu.

J’ignore en quelles circonstances le R.P. José Feder m’avait alors introduit, avec 4 ou 5 autres condisciples, dans un petit groupe de travail qui se réunissait régulièrement, le soir, au moins une fois par semaine dans son étroit bureau, petit groupe auquel il soumettait le résultat de ses travaux de traduction pour recueillir, peut-être, nos propres réactions à leur lecture. Et je me souviens très bien de ses interrogations d’alors sur ce passage du “Notre Père” qui le préoccupait particulièrement. Je me souviens qu’il exposait que la traduction du texte original grec (“eisphero”) se traduisait littéralement par “faire entrer”, ce qui impliquait la traduction de ce passage en “et ne nous fais pas entrer en tentation”. Traduction pas neutre du tout dans son esprit mais très différente de l’officiel “et ne nous laissez pas succomber à la tentation” en vigueur.

Je rapproche d’ailleurs cette traduction d’un livre devenu “rare” (et très recherché) que je possède encore intitulé “Nouveau paroissien romain très complet”, ouvrage daté de 1864, et ayant reçu à cette époque l’imprimatur de la hiérarchie. Je relève que la traduction de cette époque de ce passage était déjà : “et ne nous laissez pas succomber à la tentation”, formulation reprise ultérieurement par le Dom Gaspar Lefebvre. Dans un autre ouvrage ancien et "rare" (1891) que je possède aussi, une traduction différente (mais aussi couverte par l'imprimatur officiel) était cependant proposée : “et ne nous induisez pas en tentation”. Ce qui prouve que le débat sur cette traduction était déjà très ouvert.

On peut comprendre combien la traduction que proposait de faire publier José Feder dans son nouveau missel était innovante face à ces différentes variantes. Je comprends sa réflexion basée sur le texte grec initial qui lui commandait et balayait pas mal de travaux précédents.

Les circonstances du déroulement de mes études ont voulu qu’ensuite je sois éloigné de St Joseph pour gagner une autre institution. Quoique cette dernière soit encore tenue par des jésuites, je n’ai cependant jamais plus rencontré le R.P. José Feder (qui avait quitté aussi  la région du Nord) : je l’ai toujours regretté tant nos discussions avaient atteint, avec le temps, une richesse de réflexion que je ne soupçonnais pas et prolongeait nos soirées avec beaucoup de passion. Mais quand le "missel Feder" a ensuite été publié (début des années 50) avec l’immense succès que l’on sait, je me suis aperçu que José Feder était resté sur la traduction ancienne de cette strophe du Notre Père, probablement sur instruction de sa hiérarchie qui a du juger qu’un tel bouleversement était peut-être prématuré. Il a du, probablement, le regretter car il était homme de grande rigueur et de conviction.

Mais, aujourd’hui, quand je vois que la nouvelle traduction proposée serait : “et ne nous laisse pas entrer en tentation”, je regrette que le R.P. José Feder ne soit plus de ce monde : il aurait été certainement heureux de constater qu’il triomphe enfin, avec, parait-il, un avis non formellement opposé des autres églises sœurs qui salueraient aussi un progrès dans la conformité de cette nouvelle traduction avec les textes initiaux. Ce qui ne veut pas dire que le débat soit pour autant définitivement clos.

Je m’en réjouis donc ici pour lui et en hommage aux valeurs qu'il nous avait inculquées dans nos longues discussions vespérales dont la rigueur de réflexion m'a beaucoup marqué, encore aujourd'hui.

AMDG.

samedi, 28 septembre 2013

L'UDI, le MoDEM : une union nécessaire ?

Hier, l’UDI réunissait ses troupes à Poitiers. Ce week-end, le MoDem se réunit à son tour en Bretagne.

Que ce soit ici ou là, le principal sujet de conversation a été (ou sera certainement pour le MoDem qui ne clôt ses débats que demain), ce sujet est le regroupement projeté du centre pour en faire une véritable force indépendante afin de créer une autre forme d’opposition face au nécessaire redressement de la France et briser ce bipolarisme qui paralyse notre pays.

UN ÉVÉNEMENT

bayroo_borloo.jpgEt, que ce soient la presse quotidienne, la radio, la télé ou les hebdomadaires, tous sentent à l'unisson que ce rapprochement risque de changer considérablement le panorama de la vie politique de notre pays. Il n’est plus aujourd'hui une interview où cela ne soit évoqué, (même hier, Mr Sarkozy a été interrogé à Nice à ce propos !), plus un hebdomadaire qui ne consacre des pages entières face à cet événement. Les partis politiques eux-mêmes, UMP comprise, revoient leurs stratégies en constatant que des lignes et des alliances risquent de bouger. Et, quant aux militants de ces deux familles qui se réclament du centre, il n’est plus de conversation où les uns laissent paraître une forme d’inquiétude sur l’avenir de leur parti et des valeurs qu’il portait et qu'ils défendaient parfois avec passion, les autres une forme d’enthousiasme face à une réalité brutale : si le centre ne se regroupe pas, soit il se vassalise complètement près l'un des deux "grands" dominants, soit il est promis à sa disparition. Dure et implacable constatation.

Outre la presse qu’on lit ou les interviews qu’on entend, je relève souvent les mêmes interrogations : "est-ce que c’est Borloo qui va engloutir Bayrou, ou sera-ce l’inverse ?", "est-ce que c’est l’UDF d'hier qui va se reformer ?", "est-ce un accord limité pour le temps de quelques élections proches pour reprendre ensuite chacun sa liberté ?", ou "n’est-ce qu’un mariage de raison entre un vrai leader sans vrai parti (Bayrou et "son" MoDem), et d’un vrai parti mais sans véritable leader (l’UDI et Borloo) ?".

Et de relever l’ambiance un peu contrastée hier chez l’UDI à Poitiers où Mr Borloo, face aux rivalités internes de son parti qui finissent visiblement par le lasser, laisse planer le doute sur sa propre place à la tête de l’UDI et, étrangement, ferait appel à “l’inflexible” Bayrou pour l’aider à remettre les choses en ordre après avoir fait le deuil de son “indéfectible alliance” avec une UMP en pleine déliquescence et qu’il a solennellement déclarée “morte”.

QUI VA MANGER L'AUTRE ?

Cependant, j’ai relevé, quant à moi, dans l’hebdomadaire “L’Express” (daté du 25 Septembre), un article de Benjamin Sportouch (l’actuel président de la presse ministérielle) dont le titre m’interpelle quelque peu :

“Comment Bayrou va manger Borloo ?”,

question posée avec une quasi certitude de la réponse.

Et d’avancer qu’il s’agirait en fait d’une sorte d’OPA que lancerait Bayrou sur l’UDI, malgré les forces apparentes de ce parti, mais en raison des ressources morales d’un Bayrou et dont l’UDI serait aujourd'hui dépourvue. Et de rappeler une toute récente déclaration d’Yves Jégo (UDI) à propos de Bayrou : (Bayrou) a quelque chose que personne n’a chez nous (l’UDI) : les millions de français qui ont voté pour lui”. Il est vrai qu’en 2007, plus de 6,3 millions de français ont voté pour la seule personnalité de Bayrou, et encore plus de 3,2 millions en 2012, même dans le climat délétère que l’on sait face à la vague anti-Sarkozy.

UN ARGUMENT DÉRANGEANT

L’argument n’est pas sot. Plus : il est imparable. Mais, pourtant, cet argument me dérange.

Il me dérange car, sans soupçonner qu’une main aurait pu guider la plume de Benjamin Sportouch pour titrer cet article, l’on voudrait faire capoter le grand projet initié aujourd'hui par le couple Bayrou/Borloo, on n’écrirait pas autre chose.

Si le rapprochement MoDem/UDI devait ressembler en effet à une sorte d’OPA d’un parti sur l’autre, quelque soit celui dominant (l’UDI ou le MoDem), ce rapprochement serait condamné d’avance et nous - nous et notre volonté de recréer un centre rassembleur qui est le fil conducteur de cette démarche - nous irions, tous, tout droit vers l’échec.

Quelle que soit l’énergie que déploie un Bayrou, soulagé de sortir d’un mortel isolement où il s’était placé volontairement, et galvanisé aujourd'hui par l’envie maintenant d’en découdre (je cite ici l’article de Mr Sportouch) face à un Hollande - un Hollande qu’il avait cependant solennellement mis en garde lors de sa (célèbre) déclaration d’entre les 2 tours des présidentielles qui avait tant étonné - mais un Hollande qui reste sourd et ne se soucie que du seul P.S. et de ses alliés de circonstance, il faut éviter pourtant que Bayrou prenne maintenant toute la place face à un Borloo quelque peu désenchanté, ou par une lassitude que l’on peut comprendre en raison des conflits internes à l’UDI, ou par tempérament (on évoque souvent avec raison chez Borloo son côté cyclothymique et velléitaire. Il y a toujours chez lui une certaine fragilité que j’ai bien connue déjà quand j’étais moi-même élu dans ma région d'origine quand lui y était le maire tout proche de Valenciennes).

UNE AUTRE AMBITION

Je crois que tous leurs entourages respectifs, celui de Borloo comme celui de Bayrou, en ont conscience, ce qui me rassure quelque peu. Bayrou semble, de son côté, désormais moins obsédé par l’horizon présidentiel, en se ralliant notamment à l’idée d’une "primaire" du centre où il pourrait être confronté avec un, ou d’autres, centriste(s), dont - pourquoi pas ? - J.L. Borloo lui-même s’il lui prenait enfin l’envie de se battre (il en a la capacité et tout le talent). Et Bayrou en sait le risque.

Voilà donc notre Béarnais, lui le centriste ”authentique” et inflexible, lui le “centre incarné”, et (maintenant) le “converti” de bonne foi, voici donc Bayrou de nouveau replacé au centre (tout court) du jeu politique. Et Benjamin Sportouch d’affirmer que même Hervé Morin, le Président du Nouveau Centre, préfère maintenant soutenir un Bayrou qu’un Lagarde aux longues dents. Et quand on sait aussi les relations glaciales qui existent entre Morin et Borloo, on sent chez ces deux-là une sorte de compétition pour savoir qui est - ou sera demain - le meilleur ami de Bayrou.

Mais, pour autant, peut-on ignorer les réalités ?

morin.jpgRefaire l’UDF d’autre fois, avec ses courants contradictoires et ses chapelles, qui avait pourtant fait émerger en son sein de très grands leaders et même hisser un Président de la République, refaire une UDF avec ses divisions qui l’ont conduite finalement à l’échec - celui-ci étant, il est vrai, soigneusement organisé par un Chirac dès 2002 qui voulait sa complète disparition puisque trop dérangeante - refaire donc aujourd’hui une Nième UDF en tentant d’instaurer une sorte de caporalisme, ce serait nous conduire vers un autre échec. Même si beaucoup, tant à l’UDI qu’au MoDem, veulent un vrai chef, cette notion de “chef” semble vouloir évoluer vers une autre conception de ce rôle, avec plus de dialogue, plus d’écoute, plus de respect de partenaires aux sensibilités souvent très différentes. Donc plus de démocratie.

Bayrou, il est vrai, a été, à ce propos, à la bonne école des échecs qui lui ont été imposés ces dernières années. Hervé Morin le constate lui-même et, en parlant de Bayrou et tournant enfin le dos à leur querelle des toutes dernières années, dit : “on s’est revus et on s’est reparlé comme si on s’était quitté la veille : il y avait de la curiosité et du plaisir”. Une sorte de gourmandise l’un de l’autre.

UNE SAGE ET PRUDENTE DÉMARCHE

Les proches de Bayrou et de Borloo, conscients de cette nécessité, s’affaireraient activement, si j'en crois la presse, à trouver une “formule souple” permettant aux 2 formations de cohabiter au sein d’une même structure : personne ne demande à Bayrou de fondre le MoDem dans l’UDI (le voudrait-il qu’il n’y parviendrait certainement pas !). Et aucune démarche n’est entreprise au sein de l’UDI de rejoindre Bayrou et le MoDem pour la même raison. C’est une sage démarche. Et, pour assurer la coexistence des courants UDI et MoDem, une forme de "secrétariat permanent" pourrait voir le jour - dit-on - pour éviter les divergences dans les prises de parole des uns ou des autres.

Et les militants dans tout cela ?

On me fait l'amitié de m’appeller souvent - même des adhérents de l’UDI que je connais de longue date pour avoir été pendant des années le secrétaire général de l’UDF du Gard et membre du Bureau politique national de l’UDF - on m’appelle donc pour recueillir mon avis sur ce bouleversement politique qui se dessine. Ceux-là sont, majoritairement, des inquiets de ces évolutions : je comprends leurs craintes et je respecte leurs motivations. Mais à ceux-là qui sont aujourd’hui au MoDem et très attachés à ses valeurs fondatrices - et dont je connais aussi la sensibilité de gauche - je peux attester la détermination de Bayrou de n’être pas plus demain le supplétif de l’UMP “buissonnière” (du courant Buisson/Copé/Peltier et de sa droite dure, j’entends) que d’un P.S. autiste et obsédé par ses seuls courants internes et qui n’entreprend rien des réformes nécessaires à la France.

Mais, comme le souligne encore Benjamin Sportouch, dans cette démarche vers un rassemblement du centre, Bayrou n’est pas homme à s’encombrer non plus des réserves des quelques gauchisants du MoDem qui rêveraient encore d’une possible alliance avec le seul P.S.. Ceux-ci devront donc revoir leurs stratégies (et j'observe que déjà ils s'y plient). Ce qui ne veut pas dire que le MoDem deviendrait pour autant “buissonnier” à son tour : le MoDem est et reste attaché à ses valeurs d’indépendance vis-à-vis des 2 blocs dominants.

Je n’ai pas été le seul surpris, lors de la réunion mensuelle de Septembre du MoDem du Gard (lors de ses traditionnels 3èmes mardis), de constater sur ce point l’accord de la majorité de nos adhérents qui sont à la fois très attachés aux valeurs fondatrices de notre Mouvement (l’esprit de Seignosse), mais parallèlement décidés de respecter les futurs arbitrages qui seront pris au niveau national par les instances communes UDI/MoDem en cours de création. Et ce bien au-delà des interrogations que ces accords pourront poser. C’est un nouvel élan, une nouvelle dynamique et une volonté qui se créent dans la durée. Cette détermination était particulièrement frappante.

MAINTENANT OU JAMAIS

Il m’a été rapporté que, autant chez nos (futurs ?) partenaires de l’UDI, comme aussi chez certains de nos adhérents du MoDem (je l’ai entendu), il s’en trouve certains qui préconiseraient que cet accord de regroupement ne prenne effet  qu’après les municipales, c’est-à-dire seulement à partir de la campagne des européennes de Juin 2014.

Je réfute totalement leurs arguments : ce serait une dramatique erreur.

Comment imaginer un seul instant que des candidats UDI, alliés avec je ne sais qui aux municipales par opportunisme local, soient opposés à des candidats MoDem alliés avec d’autres, pour les mêmes raisons, et ce jusqu’au soir du 30 Mars (2ème tour des municipales) et, dès le 31 Mars matin, partiraient ensuite bras dessus bras dessous ensemble pour faire campagne commune pour les européennes ? Ce serait se moquer totalement des électeurs et compromettre gravement les chances de succès d’un centre qui veut s’affirmer définitivement. Ce serait perdre toute sa crédibilité.

L’accord de rassemblement du centre n’est pas, et ne peut être, un accord électoral d’un moment mais un accord fondé nécessairement sur la raison, donc sur la durée. Donc à effet immédiat. Ou il n’y aura jamais d’accord possible. Et tant pis si cela perturbe quelque peu d’éventuelles négociations locales en cours ! Il est temps de bâtir des stratégies à visions plus lointaines que les petits intérêts locaux du moment à courte vue.

IL FAUDRAIT ÊTRE C....

“Nous avons un boulevard devant nous : il faudrait être c.... pour ne pas en profiter” a déclaré récemment J.L.Borloo. Il a raison.

Borloo et Bayrou ont besoin aujourd’hui l’un de l’autre, autant l'un que l'autre. La construction d’un centre réel a besoin de ces deux-là et des forces qu’ils peuvent ensemble fédérer.

C’est là un changement que n’avait pas du prévoir Mr Hollande dans ses plans.

Mais l’incapacité chronique de Mr Hollande d’entreprendre les réformes nécessaires au redressement de la France a fait de la reconstruction d’un centre indépendant des deux blocs dominants - qui nous ont conduits tous deux dans le mur où nous sommes aujourd’hui placés - est devenu une nécessité incontournable.

C’est un pari, c’est un défi qui nous sont lancés. Serons-nous demain à la hauteur de ces enjeux ?