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jeudi, 03 mars 2011

À PROPOS DE CHRISTIANISME ET LAÏCITÉ

BILLET du 3 MARS 2011

 

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UNE DÉCHRISTIANISATION EN MARCHE ?

Comment expliquer le déclin constaté partout en Europe de la connaissance et de la pratique du christianisme ? Pourquoi cette ignorance des jeunes, comme souvent aussi celle de leurs parents, de l’enseignement du christianisme, et du catholicisme en particulier ?

On utilise à ce propos le mot “déclin” : on use même, maintenant, celui de “déchristianisation”.

Si ce que j’avance ici n’explique pas tout, on ne peut ignorer qu’en moins d’un siècle, le christianisme, qui était une religion surtout européenne, est devenu, très majoritairement, une religion du tiers-monde. On se souvient encore de ce qualificatif de “France, fille aînée de l’Église” qu’on aimait évoquer non sans fierté.

Où est cette France-là, aujourd’hui ? Jean-Paul II avait posé la question voici quelques années avec justesse. Je ne prétends pas y répondre.

Si l’on prend les chiffres actuels des grands pays catholiques dans le monde, en tête on trouve le Brésil, suivi ensuite par le Mexique, puis les Philippines, et enfin les États-Unis. Hors le fait de l’évolution des populations globales, aucun pays européen ne figure plus dans le peloton de tête des pays chrétiens ou catholiques. Le fait est là, massif. Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui encore qu’un pape soit, nécessairement, d’origine européenne ? Plus rien : c’est même, presque, un non-sens à le vouloir encore.

Mais si l’on prend référence à ce qui se passe aux USA, le déclin, qui touche aussi bien le catholicisme que les autres religions protestantes, n’a rien de comparable à celui constaté en Europe. Les catholiques représentent aux USA le quart de la population. Et ce malgré les récentes affaires de pédophilie qui n’ont pas affecté sensiblement la pratique religieuse.

Mais, en ce qui concerne le reste du monde, il est spectaculaire de voir d’un côté, en Europe - et spécialement en France - le déclin de la croyance et de la pratique religieuse chrétienne, face à la montée spectaculaire, par ailleurs, de cette croyance et de la pratique sur d’autres continents, notamment en Afrique où le nombre de baptisés croît de façon étonnante, tout comme aussi en Asie : par exemple, en Corée, il y a un siècle, il y avait seulement 2 à 3% de chrétiens ; aujourd’hui, ils sont 30%.

PHÉNOMÈNE DE CISEAUX

Il y a donc un “phénomène de ciseaux” entre le Tiers-Monde, d’un côté, et l’Europe d’un autre.

Le christianisme a, globalement, reculé dans le monde de 30 à 27% de la population mondiale : mais il faut tenir compte, dans ces pourcentages, de la montée exponentielle des non-chrétiens dans certains pays à très forte population, comme l’Inde par exemple.

On considère par contre qu’en France il y a entre 30 à 35% de chrétiens en moins par rapport aux années 50. C’est vrai aussi dans toute l’Europe, sauf dans quelques îlots comme la Pologne. Par contre, chez ceux qui sont encore chrétiens, le rapport à la théologie a majoritairement disparu. On est catholique, mais on a oublié l’essentiel des dogmes et des règles fondamentales de la foi.

LE MOUVEMENT DE

DÉCONSTRUCTION DES VALEURS
 

Si l’on cherche les raisons d’un tel désintérêt (elles sont multiples !), on peut expliquer aussi qu’on a vécu au siècle dernier en Europe - et comme nulle part ailleurs dans le monde -  un véritable mouvement de déconstruction des valeurs traditionnelles.

Par exemple, dans les années 50, il y avait en France 6 millions de paysans : il en reste aujourd’hui moins de 600.000. Ce phénomène social a changé en profondeur le paysage physique et géographique de la France, mais aussi son paysage moral, politique ou religieux. Cette déconstruction des valeurs a frappé partout, aussi bien le Parti Communiste que les syndicats ou les églises : tout ce qui était “traditionnel” et établi en fait comme tel, a été ébranlé en profondeur.

On  était, il y a peu encore, chrétien par habitude : tout le monde, à presque 85%, (sauf, évidemment, les juifs ou les musulmans) allait à la messe le dimanche. On était croyant “par habitude”, on était catholique “par habitude”. Tout cela, même ces habitudes apparemment si bien ancrées, tout ce qui était donc “traditionnel” a, depuis, été remis en cause au fil des années. Et Mai 68 a marqué la quintessence de ce mouvement.

Autre raison aussi de ce désintérêt : nous avons, singulièrement en France, au sein de l’Europe - et Descartes en a été le premier des grands représentants - une culture particulièrement déconstructrice. Lorsque Descartes met, par ses écrits, le doute en exergue, c’est tout ce qui venait de la tradition qui est mis en doute. La religion et ses arguments d’autorité en ont “pris un coup” ! Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les œuvres de Descartes ont été mises à l’index peu d’années après sa mort.

Les jacobins et les révolutionnaires français de la fin du 18° siècle n’ont guère été, ensuite, que des cartésiens élevés à cette école. Ils ont critiqué tant les héritages que les traditions. Nous étions pourtant alors 3 siècles avant le nôtre ! Le phénomène n’est donc pas nouveau.

L’on constate donc qu’il y a désormais, en Europe, dissociation entre la religion “traditionnelle”, essentiellement la religion chrétienne, voire catholique, agissant comme base sociologique, surtout par son enseignement - enseignement auquel, en profondeur, les populations ne croyaient que peu ou prou, pas plus que les grecs anciens croyaient à leurs mythes - et la “croyance personnelle”. Croyance personnelle entretenue notamment par le biais de courants nouveaux, plus ou moins envahissants, apparentés plus ou moins au protestantisme, beaucoup plus dynamisants que le catholicisme enfermé trop souvent dans des rites immuables. Mais il faut aussi reconnaître que, de ce côté-là, çà commence à changer.

DÉCHRISTIANISATION,

OU RECHRISTIANISATION ?

Quand donc on parle de “déchristianisation”, on peut aussi parler, assez paradoxalement et parallèlement, de “rechristianisation”. Par le biais, notamment, d’autres courants d’inspiration essentiellement “privée”, comme le pentecôtisme par exemple.

Le résultat final est que les valeurs chrétiennes non seulement survivent, mais elles deviennent plus en vogue que jamais. Alors que, paradoxalement, sur le plan théologique comme sur le plan de la pratique, le christianisme continue de décliner, inexorablement.

Mais le fond du message chrétien - particulièrement le message d’amour (écrit d’ailleurs dans le Lévitique 1.500 ans avant JC mais mis en valeur au début de notre ère par le christianisme au point d’en faire une valeur universellement plébiscitée, y compris par les non-croyants) - et cet autre message encore qui affirme que la valeur morale de tout individu ne dépend pas, comme l’affirmait le monde aristocratique, des talents naturels issus des héritages patrimoniaux mais de ce qu’on en fait (cf la parabole des talents dans St Mathieu), c’est-à-dire ce message qui affirme que le plus humble ou le plus déshérité de tous les individus a autant de valeur morale que tout autre, fut-il un génie. Ces messages-là, pour ne citer qu’eux, sont bien d’origine chrétienne : et ils sont devenus aujourd’hui des valeurs républicaines !

L’enseignement de nos anciens instituteurs - si bien narré par Pagnol - celui du “peut mieux faire”, leur message qui préfère un élève peu doué mais travailleur à un élève ayant certaines facilités mais qui ne travaille pas, ce message est en parfaite harmonie avec la morale chrétienne.

Cette morale chrétienne et sa spiritualité sont donc plébiscités dans les écoles de la République et notre société, sans même que les gens le sachent ou en soient conscients.

On peut citer l’exemple de ces nombreux non-croyants qui “bouffent du curé”, plus ou moins par tradition sinon par conviction, mais qui défendent de fait, dans leurs discours, des valeurs authentiquement chrétiennes ! Mais tout en condamnant, non toujours sans raisons, la pratique, la théologie, la papauté, l’Église catholique, les dogmes, Rome, etc.... Autant d’institutions héritées des siècles et marquées par leurs différents courants. Ces institutions, déformées par le temps et l’usage, portent cependant toutes une grande responsabilité dans ce qui s’est passé ensuite. Dont l’implacable dégradation actuelle.

Il faut reconnaître qu’au 19° siècle, l’Église catholique a abandonné le monde des pauvres au profit de celui des puissants, des “traditionnels”, des autorités en place. Conséquence peut-être de la Révolution française ? Il est vrai que cette dernière, en déclenchant le conflit avec l’Église et son clergé, a accentué les réflexes conservateurs les plus primaires. D’où cette déformation de ce siècle post-révolutionnaire.

Mais, au-delà de ces péripéties, ceci ne change en rien que les vérités chrétiennes continuent de courir le monde, sans même que ce monde cherche à savoir d’où elles sont originaires. Un philosophe britannique écrivait récemment que “le monde est plein de vérités chrétiennes devenues folles”.

LA LAÏCISATION DES VALEURS CHRÉTIENNES

Avec la Révolution et la philosophie qui l’a suivie, il y a donc eu une sorte de lente mais profonde laïcisation des valeurs chrétiennes.

Le monde entier vit aujourd’hui - actuellement encore, l’actualité en témoigne chaque jour - la révolution des “Droits de l’Homme”, désormais internationalisée. On ne peut nier que cette révolution-là est bien, philosophiquement, d’origine chrétienne.

Ce qui n’est pas, d’ailleurs, sans poser ici ou là, essentiellement dans les nations musulmanes, quelques problèmes d’adaptation. L’appartenance de cette charte qui prétend être “universelle” et vouloir s’imposer à tous les états et à tous les peuples, de toute culture, cette charte des “Droits de l’Homme” porte trop, à leurs yeux, la marque de son inspiration chrétienne. Et cela freine leur enthousiasme à les mettre en pratique dans leurs lois internes. On accuse même, dans certains pays musulmans, cette charte d’être une nouvelle forme insidieuse.... de "colonialisme" rampant !

Je reviens donc à ce phénomène universel de “laïcisation des valeurs chrétiennes” ? Il n’y a rien de choquant à utiliser ce terme. Pourquoi ?

En revenant sur le fondement même de la laïcité, historiquement, c’est bien le christianisme qui a permis la laïcité : les sociétés démocratiques et laïques, les sociétés républicaines dans lesquelles nous vivons aujourd’hui - et singulièrement en France - sont issues de valeurs fondamentalement chrétiennes. Et, malgré les apparences, celles germées à la Révolution française - qui a vu s’affronter l’Église et la démocratie naissante - c’est bien le christianisme, sur le fond, qui a permis l’émergence de nos actuelles sociétés laïques.

LE FORUM INTÉRIEUR

Comment ? Parce que la religion chrétienne repose sur une sorte de “forum intérieur”. Je vais revenir sur ce terme.

udf,mouvement démocrate,bayrou,politique,débats de sociétéQuand, dans l’épisode de la femme adultère, le Christ dit “la Loi (judaïque alors en vigueur), c’est la lapidation, mais que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre”, il renvoie chaque individu à sa conscience. Il joue l’esprit contre la lettre de la Loi. Et quand on lit l’évangile, notamment celui de Jean, il n’y a aucune juridification de la vie quotidienne. Il y a le "monde de César" et il y a le "monde de Dieu".

Dans le christianisme, aucune règle n'est fixée quant au mode de vie qu’on doit suivre, hors les règles morales de base : il n’y a aucune obligation, ni sur la façon de s’habiller, ni la façon de vivre, ni la manière de prier.

Les préceptes qui ont suivi beaucoup plus tard, comme celle de “devoir” manger, par exemple, du poisson le vendredi, ne sont que des inventions du 19° siècle. Çà n’a rien à voir avec l’Évangile !

L’Évangile des chrétiens marque en effet, en la matière, une très grande différence de conception avec le Talmud ou le Coran. Encore plus avec la charia : IL N'IMPOSE RIEN !

C’est là que se situe ce “forum intérieur” que j’évoquais plus haut : ce “forum” renvoie chaque individu à son intériorité. Et il ouvre grande la porte à la laïcité où aucune contrainte religieuse n’est imposée : moins la religion juridifie en effet la vie quotidienne, plus aisée est le passage à la laïcité. Moins l’on a d’impératifs religieux à respecter dans la vie quotidienne, plus le monde démocratique peut s’épanouir. On renvoie donc la croyance à la simple intériorité de son propre “forum intérieur”.

Et, toujours dans l’Évangile, le Christ théorise cette non juridification des rapports sociaux en faisant la distinction entre “ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu”. C’était la première formulation, il y 21 siècles de cela, de cette distinction essentielle à l’Occident. Une révolution en soi, bien avant la tempête de 1789 !

À la différence des autres religions, le christianisme n’est donc pas une religion de la lettre mais une religion de l’esprit.

POURQUOI CE RECUL DU CHRISTIANISME ?

Pourquoi donc - dans ce contexte, on peut se le demander - ce recul du christianisme aujourd’hui et que j’évoquais plus haut ?

Simplement, je pense, parce que l’Europe républicaine a absorbé le message chrétien et qu’elle l’a supplanté. Au point d’en oublier son origine historique.

Si l’on se réfère à la parabole des talents, celle qui dit, comme je le rappelais plus haut, que la valeur d’un individu ne dépend pas de ses dons naturels mais de ce qu’il en fait, de la façon qu’il les transforme, celle du “peut mieux faire”, la religion chrétienne est celle qui a aussi mis en valeur le travail. C’est ce qui explique peut-être pourquoi les civilisations chrétiennes ont été celles où le progrès a été le plus rapide à se développer par rapport à d’autres qui sont restées plus stagnantes. Même les moines chrétiens, au travers de leur règle, s’astreignent aussi, quotidiennement et encore aujourd’hui, à  travailler de leurs mains, en plus de la prière et de la méditation qui est la base de leur vie.

Le christianisme, c’est donc la mise en valeur pratique des talents de chacun pour les faire fructifier. C’est la mise en valeur de l’homme dans son élan. La formule canonique du “peut mieux faire”, c’est l’idée de progrès, l’idée de travail, l’idée qu’avec ses propres talents naturels, on peut faire plus, on peut faire mieux.

LA BASE DU PRINCIPE RÉPUBLICAIN

Le christianisme est donc bien, on le constate, un rejet du monde aristocratique, de ses héritages patrimoniaux et sa cohorte de privilèges. Il est bien la base du principe républicain que l’on retrouve, notamment en France, dans sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

“Liberté”, celle des choix où chacun est libre de décider dans son “forum intérieur” de son comportement personnel, sans que nul, ni nulle religion, ne puissent lui imposer quoique ce soit.
“Égalité”, celle de tous les individus, quels que soit leur origine sociale, dont la seule valeur reconnue est celle de leur travail personnel à vouloir développer leurs propres talents naturels.
“Fraternité”, celle de l’effort collectif pour permettre à chacun d’accéder au progrès, condition de l’épanouissement de tout individu.

La République, ses valeurs, celles des “Droits de l’Homme”, sont donc une continuité de l’héritage chrétien.

Étrange paradoxe, donc, que cette apparence qui voudrait que l’un ne puisse se bâtir que sur les ruines de l’autre.

Il n’en est rien, tout au contraire : l’une, la République, n’est que le prolongement de l’autre, le christianisme.

mardi, 07 décembre 2010

À PROPOS DE FILLON "N° 3" ET LE CENTRE

BILLET du 7 DÉCEMBRE 2010

”Tout çà pour çà !”.

C’est la réflexion quasi unanime des observateurs, comme de la classe politique en général, quand ils ont appris que le changement de gouvernement, annoncé depuis des mois, consistait à renommer.... le même Premier Ministre.

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vendredi, 19 novembre 2010

À PROPOS DES PEURS

BILLET du 19 NOVEMBRE 2010

 

Depuis près d’un demi-siècle, l’on assiste en Occident à la renaissance des peurs, celles-ci ayant complètement changé de statut, voire même de sens.

 

La peur est pourtant un sentiment partagé par tout être, quel qu’il soit, et ce depuis l’apparition de la vie sur notre planète. Elle est une émotion qui peut être vive, stimulant aussitôt des réflexes puissants pouvant faire appel jusqu’à un courage dépassant toute raison. Mais, paradoxalement, la peur peut être aussi un phénomène qui paralyse tout individu confronté soudain à une situation inexpliquée ou imprévue, fut-elle même le fruit d’un imaginaire vagabondant. On pourrait longtemps disserter sur l’origine des peurs. Mais tel n’est pas le sujet de ce billet. Je veux simplement évoquer ici ce retour inattendu de la peur dans notre société.

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mercredi, 17 novembre 2010

À PROPOS "DES HOMMES ET DES DIEUX"

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Je ne suis pas un cinéphile très fidèle : je ne suis pas de ceux qui se précipitent dans les salles obscures dès qu’une nouvelle affiche racoleuse paraît sur des panneaux d’annonce. Il m’a suffi cependant de voir à la télévision quelques brèves images du film de Xavier Beauvois “Des hommes et des dieux” pour y être irrésistiblement attiré.

J’ai appris que je n’étais pas seul : ce film est en passe d’être un immense succès commercial - ô le vilain mot ! - approchant les records de fréquentation de “La grande vadrouille” ou du plus récent “Bienvenue chez les ch’tis”.

Ce film est pourtant à l’opposé du genre comique où l’on se déplace généralement pour se détendre. Que s’est-il donc passé ?

Ce film évoque, on le sait, cet assassinat, en 1996, par des membres du G.I.A. algérien, de sept moines trappistes reclus dans un monastère au milieu du désert de Tibhirine, en plein Maghreb. Il n’évoque pas ici cette horrible tragédie par elle-même mais la réflexion d’hommes face à une mort dont ils pressentaient le risque grandissant dans cette Algérie en pleine guerre civile. C’est l’histoire d’un lent cheminement vers une mort consentie de plein gré.

J’ai rarement vu, j’allais dire vécu, un film aussi dense. Dense, mais sobre à la fois, un film contrastant totalement par rapport à notre monde d’aujourd’hui, monde qui, on le constate, est un torrent, un charivari de couleurs et de bruits.

Ce film a pourtant bien été tourné en couleurs : mais sa couleur dominante est le noir et le blanc, les moines portant ici, et généralement, une coule blanche qui laisse une trace sur la tonalité des images.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’au théâtre, ou au cinéma, la couleur des habits monastiques joue un rôle aussi pressant : on se souvient peut-être des “Anges du péché” (1943) de Robert Bresson (tombé dans l’oubli et qu’on ne voit plus guère qu’en cinémathèque), ou encore l’extraordinaire “Dialogue des Carmélites”, film inspiré du roman de Georges Bernanos (1951), film dont l’histoire est si proche du drame de Tibhirine, histoire de ces religieuses de Compiègne, lors de la Révolution française, face à l’échafaud qui leur était promis dans les heures à suivre.

Le parallèle entre cette œuvre de Bernanos et le film de Xavier Beauvois est étonnant par la similitude des situations, entraînant une même profonde réflexion.

Mais, au-delà des qualités formelles de notre film, l’on voit se dérouler un genre de vie que les gens d’aujourd’hui ne connaissent plus, un mode de raisonnement qui dépasse l’entendement de nos quotidiens. C’est probablement ce qui frappe le plus dans ce film, ce raisonnement qui fait que des hommes libres de leur choix, plongés dans la nuit des incompréhensions, choisissent de prendre pour seule arme le “livre” (commun aux religions judéo-chrétiennes comme à la religion musulmane), quand d’autres prenaient des armes pour tuer. Ceci dépasse tout entendement commun quand on pressent un danger si proche.

Que l’on soit croyant ou pas, se développe dans ce spectacle une certaine idée de l’Amour, l’Amour don de soi, totalement gratuit, sans rien en attendre en retour.

Le succès de ce film est bien une sorte de paradoxe en soi : un film qui parle surtout d’Amour, d’Amour non instrumentalisé, qui parle de sens et non de morale, en total décalage avec nos réalités quotidiennes. Le spectacle de la vie de ces moines, de leur mode de pensée, est aux antipodes de notre société, celle qui a vu même surgir ces dernières années un certain “bling-bling” ambiant.

Nous vivons aujourd’hui dans une société qui valorise les paillettes, la “Star Académie”, l’argent, la notoriété, tout ce qui est superficiel et brillant. Et ces moines de Tibhirine représente tout l’inverse de cette société.

Ceci rappelle un peu le succès d’un pape, Jean-Paul II, pape rigoriste et dont le discours était aussi en parfait décalage avec les réalités : son succès sur les foules ne s’est cependant jamais démenti. Un autre paradoxe encore.

Ceci révèle, selon moi, qu’il existe un profond désir de spiritualité  dans le monde actuel, besoin dans les deux sens qui n’est pas plus satisfait par une morale pourtant omniprésente, que par la politique.

On m’a narré une anecdote, celle qui soutient qu’en Mai 1968, quand on voulait détendre les étudiants, on leur parlait de religion, et quand on voulait les passionner, on leur parlait de politique. On affirme qu’aujourd’hui, c’est exactement l’inverse  qui se passerait !

J’ai appris aussi, qu’en France, il parait encore aujourd’hui, chaque année, 1.400 livres parlant de Dieu et/ou de religions. C’est un signe.

Notre société serait-elle à la recherche de ce qu’elle n’a pas, serait-elle en recherche de spiritualité ? On peut se poser la question.

Mais, au-delà de ces considérations, j’en reviens à notre film. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont ses silences, des silences à l’état pur, des silences qui pénètrent au plus profond de vous et vous interpellent en même temps. En silence. Et sur des images en plans longs, serrés et profonds qui vous marquent.

Ce qui manque le plus, je crois, aux hommes d’aujourd’hui pour se comprendre, c’est de savoir s’écouter. Et, pour s’écouter, le silence est une nécessité absolue, un préalable incontournable.

Le hasard m’a valu d’être en relation, peu de temps après cette tragédie, avec la famille d’un de ces moines martyrs, le Frère Bruno. J’ai compris cette vocation, née dans une famille nombreuse, très pratiquante, issue du centre de la France. J’ai été frappé par la totale sérénité de ces gens simples et chaleureux, face à cette tragédie du martyr subi par l’un des leurs. Leur foi était intacte et cette mort était pour eux une sorte de don de l’Amour à la vie, de celle qui ne périt pas. Ils n’étaient pas dans l’affliction mais dans une sorte de joie partagée. Cette rencontre, tout-à-fait fortuite avec cette famille, m’avait aussi beaucoup marqué.

On ne peut taire de telles rencontres, celle avec un film admirable, celle avec des dialogues aussi denses de richesse et de sens, celle avec des personnages qui vous portent au-delà de nous-mêmes, bien loin de notre condition quotidienne.

René Guitton a écrit un livre sur cette tragédie “Si nous nous taisons, les pierres hurleront”. C’est le prolongement de cette longue attente d’hommes libres de leurs choix, avant d’être appelés vers un cruel destin dont ils n’ignoraient rien.

Cette rencontre, ces rencontres, ont été pour moi un grand moment d’exception.

Il me fallait vous le dire.

 

dimanche, 26 septembre 2010

À PROPOS DE LA PRESSE ET LA POLITIQUE

BILLET du 26 SEPTEMBRE 2010

LeMonde.jpgUn fait fort s’est produit récemment dans la presse française qui n’a laissé personne indifférent : le journal “Le Monde”, quotidien emblématique s’il en est, après des difficultés financières considérables qui ont failli l’emporter, a reçu une injection salvatrice - opposée à un autre tentative de sauvetage pilotée depuis l’Élysée - de 110 millions d’euros reçus de Mrs Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse. Et même si les droits des journalistes semblent vouloir avoir été en partie préservés, “Le Monde” a clairement affiché sa nouvelle couleur : il est “à gauche”. Au grand dam de certains de ses lecteurs qui voulaient qu’il soit davantage un quotidien vraiment libéral, ouvert à tous les courants de pensée.

La question est aujourd’hui posée : est-ce que la presse peut rester indépendante ? Ou, au contraire, est-elle condamnée à être assujettie aux puissances d’argent ?

Hélas, la réponse est “oui” aux deux questions posées.

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lundi, 23 août 2010

DÉMOCRATIE ET CORRIDAS

À la suite d'une décision du Parlement catalan de Barcelone qui n'autorisera bientôt plus les corridas dans sa province - décision plus destinée à marquer son particularisme et son indépendance politique et culturelle vis-à-vis de son écrasant voisin, l'Espagne, qu'à condamner les corridas elles-mêmes, bien ancrées dans l'âme populaire, même si tous les catalans ne sont pas des "aficionados" acharnés - les réactions se sont multipliées en France, surtout là où les arènes sont devenues parmi les plus mportantes du monde.

 

corrida.jpgÀ Nîmes, réactions et inquiétudes sont partagées. Il est vrai que si, par malheur, une telle décision venait à y être prise, les dommages économiques dans toute notre région seraient considérables. Et ce ne sont pas les courses de vachettes - qui sont à la corrida ce que sont les mini-golfs face aux grands parcours de golf - qui sauveraient la situation, ces courses étant d'une banalité déconcertante et assourdissantes de messages publicitaires qui les polluent totalement.

 

François VAN DE VILLE a fait publier un message sur le sujet et qui traite surtout du rapport de la corrida et la démocratie.

 

En voici la teneur :

 

"Bien qu’homme du Nord je sois mal placé pour défendre la tauromachie - quoiqu’en Flandre, d’où je suis issu, les combats de coqs sont bien plus cruels encore car, là, c’est un animal qui tue avec le pire acharnement son propre congénère - je ne défends pas la tauromachie en tant que telle mais un principe auquel je suis attaché : la défense des minorités, leurs cultures et leurs traditions.

"Toute démocratie ne s’honore qu’en respectant ses propres minorités et en défendant avec une même volonté leurs droits de participer à ses propres rites. Quoique le chiffre de 10% de vrais "aficionados" que je lis parfois me paraisse faible, surtout dans nos régions, ils ne seraient même que 2% que leurs droits seraient les mêmes et tout autant respectables. Les bannir parce qu’ils sont minoritaires est une forme de dictature qui est à condamner sans appel.

"Toute autre considération est sans valeur, même sous couvert d’une “sensiblerie” déplacée, d’un “business” ou d’un “snobisme” honnis, lesquels arguments n’ont aucunement leur place dans le fond du débat. Et ce au nom de la démocratie et de son exigence.

“Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire” (Voltaire).

"Vous pouvez remplacer les mots “ce que vous dites” par “ce que vous aimez”, la conclusion serait “que vous puissiez continuer”. Voltaire aurait certainement applaudi, car cela relève de la même pensée : la sienne, celle de l'esprit de tolérance qui fait partie de la grandeur de la France et son honneur."

vendredi, 16 juillet 2010

À PROPOS DES "AFFAIRES" ET LE POUVOIR

BILLET DU 16 JUILLET 2010

 

Quelle que soit le moment de l’Histoire que l’on choisisse, que ce soit celle des républiques ou des différents régimes qui les ont précédées, plus récemment encore que ce soit sous les présidences de Pompidou, Giscard, Mitterrand, ou Chirac (pour ne se limiter qu’à la seule V° République), les rapports entre le pouvoir et l’argent ont toujours été compliqués et cause de bien des turpitudes.


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LE SIGNE DE L'ARGENT

Mais il faut admettre que, sous le mandat de Nicolas Sarkozy - lui qui a eu le “mérite” de dire, avant même son élection, qu’il aimait, qu’il respectait, qu’il admirait l’argent et tous ceux qui le possédaient, et que c’était chez ces gens-là qu’il avait surtout ses amis - les choses ne se sont guère arrangées depuis, de loin s’en faut !

Et, dès les premières minutes de son élection, il a placé aussitôt son nouveau pouvoir sous le signe de l’argent (Fouquet’s, yacht de Bolloré, etc....). C’étaient des signes forts qui ne pouvaient tromper personne.

Ceci, à la limite, était encore admissible en 2007 : on y voyait là, avant cette élection, la fin de la diabolisation de l’argent et de tous les anachronismes qui en étaient issus. Mais, en 2010, trois ans après, çà ne passe plus : l’opinion publique, qu’elle soit de gauche ou de droite, exige l’indépendance du pouvoir vis-à-vis de celui de l’argent.

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jeudi, 17 juin 2010

À PROPOS DE L'HOMME DU 18 JUIN

BILLET du 17 JUIN 2010

de_Gaulle-bbc.jpg
40 ans après la disparition du Général De Gaulle, l’on célèbre cette année, avec une exceptionnelle solennité, le 70° anniversaire de son appel du 18 Juin 1940.


Il est peu d’hommes de notre Histoire dont on célèbre, années après années et à travers toute la France, une déclaration de quelques lignes seulement, diffusée dans une quasi clandestinité depuis Londres, radio alors trop étrangère et éloignée pour qu’elle atteigne les français jusqu'au fond de leurs campagnes.

QUE CÉLÉBRE-T-ON ?

Est-ce son auteur que l’on célèbre ainsi ? Ou le texte de son message ? D’aucuns répondront : “Les deux, mon Général !”. Nous sommes en pleine ambiguïté.

Questions que nous pouvons ici nous poser : De Gaulle était-il un “grand homme” ? Qu’est-ce qui définit un “grand homme” ?

Tous les peuples sont modelés par leur Histoire, et par celles (ou ceux) qui l’ont marquée au fil des siècles. En France, il n’en manque pas : même sans remonter trop loin, la liste serait longue ! Il y a eu entr’autres Louis XIV, Napoléon, ou encore Clémenceau, pour ne parler que de ceux qui ont touché, un jour ou l’autre, au pouvoir. Sans négliger pour autant les grands découvreurs, les savants, les écrivains, les artistes, les saints, tous ceux qui ont fait l’honneur de la France.

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samedi, 12 juin 2010

À PROPOS DU FIASCO ISRAËLIEN DE GAZA

BILLET du 12 JUIN 2010

“Gaza sera notre Vietnam”. C’est le titre d’un éditorial paru dans un journal israélien, le lendemain même du raid contre une flottille d’embarcations civiles qui voulait tenter de braver l’embargo imposé à Gaza pour apporter à sa population une aide humanitaire.

Tout porte à croire que ce journaliste a raison. Il est même à craindre qu’il soit très en dessous de la vérité.

La réplique démesurée d’Israël, qui s’est terminée, hélas, par un bain de sang répandu par les seules armes israéliennes, est une faute incalculable. Faute sur tous les plans : moral, politique, celui  de la communication, ou encore militaire. Même les meilleurs amis d’Israël en conviennent : cette opération est un désastre.

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mercredi, 02 juin 2010

À PROPOS DE LA VIOLENCE

BILLET du 2 JUIN 2010

 

Il ne se passe plus de jours sans que la presse ne nous relate de nouveaux actes de violence, apparemment parfaitement inexplicables. Et ce même, maintenant, dans des lieux qui passaient, jusqu’ici, pour des “sanctuaires” préservés, ou visant même des services publics dont nul ne nie l’intérêt général.

Qu’est-ce qui nous vaut de telles dérives ?

J’entendais récemment un entretien de Malek Boutih, ancien Président de “SOS Racisme”, assez impressionnant par sa profondeur et son intelligence. Abordant l’évolution des violences dans notre société, il affirmait que celles-ci ne sont pas la continuation des “loulous” de banlieue, ou des “blousons noirs”, mais que c’est tout autre chose : une contre-culture, voire une contre-politique.

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