un compteur gratuit pour votre site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 10 décembre 2008

À PROPOS DU PLAN DE RELANCE

BILLET du 10 DÉCEMBRE 2008

“C’est un plan audacieux, c’est un plan ambitieux”. C’est ainsi que Mr Sarkozy a présenté ce plan destiné à relancer l’économie française.

sarko.jpg26 milliards d‘euros ! Important diront certains. Hélas non, quand on sait que l’ensemble des dépenses publiques annuelles de l’état est de 1.000 milliards. C’est même peu, très peu. Mais l’état de nos finances permettait-il un investissement plus important : vraisemblablement pas puisque nous sommes exsangues, notre dette, malgré les promesses, ne cesse de s’alourdir et son coût est devenu gravement insupportable.

Je crois, quant à moi, que le véritable plan de relance provient davantage de la Banque Centrale Européenne qui a - enfin ! - baissé de façon significative ses taux d’intérêt après des mois d’hésitation prudente, montrant d’ailleurs l’exemple aux USA qui, eux, laissent tout s’effondrer sans véritable réaction concertée.

Où EST L'AMBITION ?

Si l’on en revient au plan Sarkozy, il comporte certaines novations : il s’intéresse notamment, pour la première fois, aux P.M.E., reconnaissant indirectement que celles-ci représentent 70% des emplois salariés. Or l’une des difficultés majeures que doivent supporter ces P.M.E. provient que l’état ne leur paye pas ce qu’il leur doit et les oblige souvent à un an d’attente pour cela. Le plan Sarkozy prévoit qu’il va donc raccourcir ce délai pour leur redonner un peu d’une trésorerie qui leur fait lourdement défaut. C’est bien. Mais dans cette mesure, où est l’ambition d’un vrai plan de relance ?

Pour soutenir l’industrie automobile, c’est 1.000 euros qu’on va accorder à ceux qui changeront leur voiture pour un nouveau véhicule moins énergivore et moins polluant. Mais est-ce qu’aujourd’hui préparer un plan pour préparer notre pays à aborder le 21° siècle c’est d’inciter les gens de changer de voiture ?  Est-ce çà vaut la peine de gaspiller de l’argent public pour relancer de la consommation d’automobiles ? Tout à peine, là où on prévoyait une chute des ventes l’année prochaine de l’ordre de 15%, on limitera la casse à 5%. Çà va faire anticiper l’achat d’une voiture, nouvelle voiture qu’on n’aura plus à acheter l’année suivante. Ce n’est pas pour cela qu’on achètera une voiture supplémentaire. Et on retombera dans le même marasme : c’est de la poudre aux yeux. Mais où est donc l’ambition là-dedans ?

On me reprochera certainement d’être à nouveau critique de la politique de Mr Sarkozy : voilà 18 mois que je dis que sa politique est à contre-courant de ce qu’il faut faire. Et on me répond que je ne lui laisse pas sa chance ni le temps nécessaire de la mise en place.

UN PLAN INDIGENT

Je dois quand même reconnaître aujourd’hui, quant aux autres mesures annoncées dans son plan, que la décision de Mr Sarkozy de donner la priorité à l’investissement, de veiller à la capacité de la France d’améliorer son appareil de production, est une bonne mesure en soi. Et non de relancer la consommation, ce qui n’aurait fait que de donner plus de richesse encore à la Chine ou aux autres pays émergeants. Il n’y a que les stratèges du P.S., sous la houlette de Mme Aubry - une référence quand on sait que ses 35 heures universelles coûtent chaque année des milliards à la France et ne cessent implacablement de l’apauvrir ! - qui prétendent le contraire ! Ils ont oublié que même François Mitterrand, après la relance de la consommation en 1981 en donnant du pouvoir d’achat aux français (promesse qu’on a aussi entendue dans la bouche de Mr Sarkozy durant sa campagne), a du arrêter l’expérience deux ans après pour mettre en place un implacable plan de rigueur. Mais, au P.S., on a la mémoire courte, c’est pas nouveau ! (Je reviendrai dans un prochain billet sur les graves incohérences que traverse ce parti totalement déchiré).

Mais 26 milliards d’euros, si on déduit de cette somme le paiement de ce l’état doit aux P.M.E. (il ne fait que payer sa dette !), le paiement d’investissements déjà programmés depuis longtemps (T.G.V., autoroutes, etc....) et que, de toutes façons, on aurait bien dépensé selon des programmés longuement établis (tout au plus on fera un peu d’anticipation, ce qui ne fera que déplacer le problème pour les années suivantes), au bout du compte il ne reste plus grand chose. François Bayrou estime qu’il reste en tout 4 milliards d’investissements publics réellement nouveaux, soit 0,25% du PIB français (les USA prévoient près de 10% de leur propre PIB). Où est l’ambition là-dedans ? Tout au plus disons que la direction est bonne mais, quant aux moyens, il relève de l’indigence, à la hauteur des moyens dont dispose l’état : si peu. Cela valait-il qu’on nomme un ministre spécialement pour manager ce plan “riquiqui” ?

Une autre mesure encore est celle qui exonère - pour 2009 seulement, pas au-delà - les entreprises de moins de 10 salariés pour les salaires les plus modestes : une véritable trappe aux bas salaires. Un piège !

Encore aussi les 200€ accordés aux ménages les plus modestes. Çà ne coûte pas très cher à l’état, beaucoup moins que le bouclier fiscal accordé aux plus privilégiés ! De la poudre aux yeux !

Et le chômage là-dedans ? Il est vrai que, avec ou sans plan, l’on va observer un accroissement de l’inflation, une baisse du pouvoir d’achat, une montée du chômage. Privilégier les investissements plutôt que la consommation ne peut, à terme, qu’avoir un effet bénéfique sur l’emploi. Mais ce terme-là se situe à plusieurs années. Ou il faudrait que le taux de croissance se situe immédiatement vers 2% : c’est irréaliste de le penser à court terme.

CHÔMAGE & FORMATION

Par contre je crois que l’une des meilleures façons de combattre le chômage est de conduire d’urgence une politique de formation. Notre système éducatif n’est pas très performant dans ce domaine : environ 20% de nos jeunes de 15 ans ne savent que (difficilement) lire et sont incapables de comprendre ce qu’ils lisent : ces jeunes-là sont promis avec certitude au chômage à vie. Rien n’est entrepris dans le plan pour enrayer cette vague d’exclus de notre société. Je le regrette.

UN DÉVOIEMENT DE L'ÉTAT

Enfin, il est une mesure annoncée par Mr Sarkozy qui me scandalise au plus haut point : sous prétexte de simplifier l’accès des P.M.E. aux marchés publics, voilà qu’on projette de supprimer les appels d’offres pour toute commande de moins de 5 millions d’euros. C’est-à-dire la grande majorité des marchés publics des collectivités locales. On instaure le règne du copinage, de la corruption, on abandonne la défense de l’argent public : on accordera les marchés publics à la tête du client, ou plutôt selon des critères que je n’ose citer. C’est le contraire de l’objectif recherché puisque des P.M.E. qui ne seront pas “en cour” avec les princes du moment verront se fermer la porte des marchés publics. Voilà une forme de mentalité de notre société que je récuse avec force. Sous prétexte que nous traversons une grave crise financière, il ne faut pas en tirer prétexte pour dévoyer l’esprit de nos institutions et de nos libertés. Voilà un penchant dangereux qu’il faut combattre avec force.

vendredi, 26 septembre 2008

À PROPOS DE LA CRISE FINANCIÈRE

BILLET du 26 SEPTEMBRE 2008

crise.jpgBrutale. Inattendue....

Ce sont là les premiers adjectifs que l’on peut attribuer à cette crise financière qui n’épargne désormais plus personne, remet en cause toutes les stratégies, toutes les politiques, ruine toutes les attentes : nul ne sait quand, ni comment, il sortira de cette crise.

Brutale quand on mesure soudain les erreurs et les contresens qu’ont accumulées pendant si longtemps nos plus brillants spécialistes économiques qui nous affirmaient avec assurance que.... Jusqu’à ce patatras planétaire.

UN CHANGEMENT D'ÉPOQUE

Mais est-ce bien seulement une erreur d’économistes ? N’est-ce pas plutôt à un changement d’époque auquel nous sommes aujourd’hui confrontés ? Un peu comme il y a dix ans l’effondrement des tours du World Trade Center a profondément marqué mentalités et stratégies ? Ceci me parait plus probable tant cette crise est profonde en soi.

Il est un peu étrange pourtant qu’elle coïncide avec ce que nous avons pu observer pendant les Jeux Olympiques de Pékin, à savoir la montée spectaculaire en force des pays asiatiques sur la scène internationale. On constate aujourd’hui que, morceaux par morceaux, les chinois, entr’autres, sont en train d’acquérir nos propres outils économiques un peu partout à travers le monde, y compris en Europe.

UNE ÉCONOMIE ARTIFICIELLE

Les difficultés qui ont surgi d’abord aux USA, avant de faire tâche d’huile de par le monde, prouvent que l’hégémonie américaine, n’était tenue artificiellement que par l’absence sur les marchés d’autres vrais partenaires - européens ou asiatiques - usant des mêmes stratégies qu’eux, protectionnisme inclus. Cette hégémonie-là touche désormais à sa fin.

Le monde est en train de basculer. De nouveaux acteurs apparaissent donc au grand jour : Chine, Inde, etc.... Des banques européennes ou américaines sont rachetées, au moins partiellement, par ces lointaines puissances émergentes. La configuration devient totalement nouvelle.

Inattendue. Cela ne nous surprend pas totalement pourtant : on s’y préparait même déjà. Mais qu’aujourd’hui cette logique frappe avec une telle brutalité, voilà qui surprend, quand même. Ce qui frappe, c’est l’imprévisibilité de cette crise. On l’imaginait peut-être toute autre, mieux contrôlable, plus atténuée. Or le monde nous échappe soudain de toutes parts. Si les opinions deviennent aujourd’hui si inquiètes, y compris en France, c’est face à ce sentiment de perte de contrôle des “politiques” sur le cours du monde malgré leurs discours qui ne parviennent plus à rassurer les opinions.

On se souvient de ces pronostics qui, il y a quelques semaines encore, en pleine montée du cours du pétrole, nous annonçaient un baril proche des 200 $ avant la fin de 2008 : or voici que ce baril est retombé aux alentours de 100 $. Tant mieux pour nos porte-monnaies : mais cela prouve bien que la situation échappe désormais à tous les pronostics, même ceux à très court terme. Qui aurait alors cru à un ralentissement dans les trois mois à suivre de la consommation pétrolière, entraîné par cette crise mondiale ?

UN SENTIMENT D'INCOMPRÉHENSION

Il est devenu très difficile aujourd’hui, voire impossible, de faire des prévisions convenables, même à trois mois. Quelle insécurité ! Quel sentiment d’incompréhension face à ce monde qui change ! C’est ce sentiment-là qui me parait être le plus déstabilisant aujourd’hui.

On s’aperçoit soudain que le monde vivait jusqu’à présent sous le bouclier protecteur de l’économie américaine. Or on constate que ce bouclier, parce qu’il était artificiel, s’effondre aujourd’hui totalement.

Keynes appelait en son temps l’économie US une “économie-casino”. Façon imagée de dénoncer son côté aléatoire : il soulignait la déconnection entre ce qui est producteur de richesses (l’agriculture, l’industrie, les échanges) et la manipulation purement financière. Ainsi on a vu croître démesurément une bulle financière.... jusqu’à ce que l’immobilier - la crise dite des “subprimes” - finisse par la crever. Et il n’en reste plus grand-chose. Les banques ont tenté de l’éviter, de gagner un peu de temps en transformant leurs créances sur les acquéreurs d’immobilier en une sorte de nouvelle monnaie : elles ont prêté de l’argent pour permettre à des gens d’acheter des maisons, dont les prix se sont ensuite effondrés, puis qui ne pouvaient plus rembourser, etc....  La situation est devenue plus artificielle encore qu’elle ne l’était déjà. Jusqu’au jour où cet ingénieux montage s’est totalement effondré.

Il reste aujourd’hui à savoir si cette crise ne sera qu’une simple purge d’un système économique désordonné sans conséquences à long terme. Ou si elle sera semblable à la crise de 1929. Or on se souvient que 1929 a été payé non seulement par dix années de récession, engendrant naturellement la montée de tous les totalitarismes, mais aussi par une guerre mondiale qui a coûté des millions de vies humaines.

Pour éviter aujourd’hui le traumatisme de ces files devant des guichets, voilà ensuite que la patrie du libéralisme veut contraindre les banques d’affaires à redevenir des banques de dépôt. Étonnant revirement. Mais revirement qui nourrit un peu plus toutes les inquiétudes. La confiance est disparue.

On ne peut ignorer par ailleurs que les banques, même "américano-américaines", sont étroitement liées avec toutes les autres banques à travers le monde. Et ces banques ne veulent plus se prêter mutuellement de l’argent. D’où cet effet “boule de neige” qui, rapidement, nous concernera tous.

On voit ensuite la patrie du libéralisme, pour rétablir cette confiance, intervenir, contre toute son idéologie fondamentale, racheter ces créances en frappant très lourdement tous les foyers US - 700 milliards $ - empiétant fortement sur leur pouvoir d’achat.... et leur capacité de consommer. Un coup d’arrêt inimaginable et qui ne sera pas sans effets sur nos économies européennes. Même des socialistes français bon teint n’auraient pas osé le faire !

Enfin, pour couronner le tout, le protectionnisme interventionniste américain va se renforcer et nos exportations sur le marché US seront freinées plus que jamais. (voir l'épisode du contrat "du siècle" des avions ravitailleurs entre Boeing et Airbus : çà ne fait que commencer)

ÉTABLIR LES MÊMES RÈGLES ENTRE PARTENAIRES

Faute que l’Europe n’instaure donc elle-même aussi avec courage et détermination les mêmes règles protectionnistes que les USA, faute qu’elle cesse de jouer les crétins face à l’attitude interventioniste US, ce sera un mauvais coup pour la France. Notre situation économique en subira durement les conséquences : chômage, inflation, baisse du pouvoir d'achat seront inévitablement de retour. Notre redressement économique en sera retardé un peu plus encore. L’objectif des équilibres budgétaires pour maîtriser notre dette - abyssale ! - sera de nouveau fortement retardé. Et même si Mr Sarkozy, dans son discours de Toulon, annonce des mesures fortes, on ne peut ignorer que la France n’a que très peu de moyens pour les financer. Hélas ! Ce discours risque de n’être qu’un spectaculaire mais inutile effet de manche.

Dure épreuve pour nous tous que voilà. Et non sans danger pour nos démocraties.

dimanche, 31 août 2008

LE TRIOMPHE DE LA LÂCHETÉ

Le Conseil Européen se réunit ce 1er Septembre à Bruxelles “à titre extraordinaire” pour fixer la position de l’Europe face au coup de force de la Russie qui a annexé de fait deux territoires membres de la Géorgie.

On aurait pu s’attendre, pour le moins, à une attitude ferme de l’Europe face à cet impérialisme russe qui semble maintenant se réveiller face à “l’otanisation” de plusieurs républiques situées à ses frontières. Dont évidemment la Géorgie. Bernard Kouchner avait d’ailleurs évoqué de possibles sanctions.

Mais il n’en est rien : Nicolas Sarkozy a aussitôt balayé dans un bref communiqué cette éventualité d’une Europe ferme face à la Russie. Il annonce déjà une Europe couchée, une Europe résignée, pétrole et gaz russes faisant évidemment nécessité.

À quoi donc va servir ce Conseil Européen brandi à grands renforts de coups de manche sur l’air du “on va voir ce qu’on va voir” si, d’avance, il est déjà décidé.... qu’il ne décidera rien ? Tout au plus brandira-t-on ce bout de papier rédigé à la hâte sans grandes exigences bien précisées et signé dans la précipitation de l’émotion du moment. Mais de ce bout de papier, on sait déjà que la Russie n’en a cure : il n’engage que les naïfs.

Pauvre Géorgie abandonnée à son malheur. Pauvres autres petits états qui ont conquit chèrement leur indépendance - et à quel prix ! - mais maintenant exposés à d’autres coups de force semblables, la Russie étant désormais assurée de sa totale impunité ! L'Europe les a déjà abandonnés.

C’est le triomphe de la lâcheté.

jeudi, 14 août 2008

À PROPOS DU CAUCASE

....OU L'ÉNORME RESPONSABILITÉ DE L'EUROPE

Ainsi donc Nicolas Sarkozy est allé “jouer les pompiers de service” dans le Caucase. Il ne faut voir dans cette expression nulle volonté de dénigrement de cette très délicate mission : quand, quelque part, un peuple voit le feu embraser son territoire, il est toujours heureux d’accueillir un pompier, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, pour l’aider à éteindre l’incendie.

Fragile, très fragile compromis qu’a obtenu Nicolas Sarkozy entre les deux principaux protagonistes de ce conflit : la Russie et la Géorgie.

En fait, ce n’est là que le prolongement des scories jamais éteintes et toujours bien vivaces de l’histoire récente de cette région, déchirée notamment par l’arrivée de l’impérialisme soviétique et du communisme triomphant dans la première moitié du XX° siècle.

Examinons rapidement, pour essayer de mieux comprendre la situation, l’histoire récente des acteurs du drame actuel.

La Géorgie

Rattachée volontairement à l’Empire russe au tout début du XIX° siècle par un pacte d’union, la guerre civile russe de 1918 pousse les géorgiens à déclarer leur indépendance. Mais, dès 1921, le régime communiste russe envoie son armée occuper cette Géorgie insoumise, renverse le gouvernement en place et impose la création d’une “République socialiste soviétique fédérale de Transcaucasie”, totalement inféodée à Moscou et comprenant aussi l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Début 1991, alors que l’URSS était sur le point de s’effondrer, la Géorgie proclame de nouveau son indépendance. Depuis, les dernières élections libres ont porté au pouvoir un gouvernement qui cherche maintenant à se rapprocher de l’OTAN pour mieux consolider son indépendance face à son puissant voisin russe qui a quelque mal à admettre cette éventualité à sa propre frontière.

L’Ossétie

Située à cheval sur la chaîne du Caucase entre la Russie et la Géorgie, ce territoire fut annexée par l’empire russe en même temps que la Géorgie au début du XIX° siècle. Staline décide, en 1922, de couper ce territoire en deux régions autonomes : celle du Nord, plus riche en ressources, est rattachée à l’URSS ; celle plus pauvre du Sud, à son nouvel allié géorgien.

En 1994, les ossètes du Sud souhaitent se réunir de nouveau avec ceux du Nord en un même territoire dont ils proclament l’indépendance. Celle-ci, malgré un nouveau référendum organisé par les ossètes en 2006 et qui lui est cependant favorable, cette volonté d'indépendance n’est pas reconnue par l’ONU ni par la communauté internationale qui considère ce référendum “illégal”. Seul l’actuel régime de Moscou la reconnaît.

La Géorgie maintient donc ses droits sur l’Ossétie du Sud, même si la population, à majorité russe, reste très acquise à une réunification avec les populations du Nord dans un état autonome.

L’Abkhazie

La situation de ce territoire n’est pas tout-à-fait comparable à celle de l’Ossétie.

Située à la frontière russe et en bordure de la Mer Noire, ce territoire s’est proclamé “république indépendante” seulement en 1992. Et personne, pas mêmes les russes, n’ont reconnu cette indépendance. Ce territoire est donc resté annexé à la Géorgie. Mais sa situation géographique et son climat font de ce pays un “eldorado” pour les élites russes, ce qui renforce l’influence économique et sociale de la Russie sur ce territoire.

Voilà donc l’écheveau de ce qui fait l’exceptionnelle complexité du conflit actuel entre Russie et Géorgie.

Alors, pour échapper aux velléités russes de profiter de cette situation pour récupérer quelques lambeaux de cette république qui leur a tourné si résolument le dos, la Géorgie, soutenue en cela par le camp occidental - USA en tête - n’avait pas d’autres solutions que de compter sur ses alliés européens et ceux de l’OTAN, à défaut des USA trop éloignés et militairement trop empêtrés dans d’autres conflits (Irak, Afghanistan, etc....). Mieux : pour montrer sa bonne volonté, la Géorgie envoie même des troupes près celles engagées par les USA en Afghanistan.

Mais voici, qu’en Avril dernier, l’Europe prend une étrange position : elle refuse de collaborer à un plan d’action pour l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN.

Ce refus, à l’évidence, en fragilisant gravement la position du gouvernement géorgien, donnait  indirectement à Moscou - et particulièrement aux faucons réunis autour de l’ex-Président Poutine devenu ce “Premier Ministre” ultra-puissant - ce refus donnait donc le feu vert pour entreprendre une guerre de reconquête sur cette Géorgie infidèle et insoumise, ou du moins pour l’affaiblir durablement. Et aussi pour couper court à de possibles velléités de l’Ukraine qui serait tentée de prendre le même chemin d’une indépendance retrouvée.

Alors, qu’aujourd’hui Mr Sarkozy, actuel “Président” (pour 4 mois et demi encore) de l’Union Européenne, soit conduit à jouer dans ce Caucase les “pompiers de service”, n’est qu’un juste retour des choses.

L’impuissance de l’Europe, son incapacité à décider, même quand il s’agit de l’admission d’une république authentiquement démocratique et située à ses frontières, au sein d’un ensemble qui lui aurait assuré sa sécurité via le bouclier de l’OTAN, l’Europe est bien responsable de la situation actuelle en ayant laissé le champ libre aux revanchards russes.

Fragile compromis, fragile équilibre - disais-je - que celui obtenu par Mr Sarkozy. Tout est laissé en fait au bon vouloir des russes.

Même si la Géorgie entend garder son intégrité territoriale telle que la communauté internationale la reconnaît aujourd’hui, la situation nouvellement créée, sa fragilité manifeste - dont l’attitude de l’Europe est en grande partie responsable - remet inévitablement cette intégrité en cause.

C’est bien l’indépendance, la démocratie et l’intégrité d’une partie de l’Europe qui sont en cause aujourd’hui en Géorgie.

Il est à espérer que ces événements, pourtant très graves et préoccupants, n’auront pas trop troublé les européens.... livrés à la dévotion de leurs sacro-saintes vacances.

mardi, 22 juillet 2008

LES FAUX SEMBLANTS

Ainsi donc cette réforme de notre Constitution que nous attendions depuis tant d’années et à propos de laquelle tant d’encre a coulé, tant de belles paroles assorties de tant de belles promesses entendues ici ou là, cette réforme a failli n’être pas adoptée, malgré manœuvres, pressions, authentiques chantages venus de si haut et combien indignes de notre République. Une voix ! Une seule voix pour obtenir gain de cause pour une réforme bâclée. Quel gâchis !

Pourquoi une si faible “majorité” ? Y a-t-il eu finalement un sursaut de quelques-uns de nos députés qui ont compris à la dernière minute, plus nombreux que prévus, ce faux-semblant d’une réforme déjà perçue comme ratée ? On pourrait le croire. Mince consolation que voilà.

Goût amer que cela nous laisse. De quoi avons-nous hérité dans cette Constitution ainsi corrigée ? Pour le moins d’un sommet d’hypocrisies entretenues de calculs parfaitement inavouables.

congres.jpg
Oh, je ne dirai pas qu’il n’y a, ici ou là, dans cette réforme aucune chose souhaitable. Heureusement. Mais elles sont si rares. Je relève notamment cette deuxième réforme de notre Constitution - qui n'est qu'un compromis plutôt "alambiqué" - à propos des futurs élargissements de l'Union Européenne, avec la Turquie en arrière-plan. Sans omettre non plus la possibilité d'organiser des "référendums d'initiative populaire" mais qui nécessitent préalablement 4 millions de signatures pour être effectifs : parions qu'avec une barre si haut placée nous n'aurons pas trop souvent à nous rendre aux urnes.

À n’examiner que quelques-unes des réformes adoptées ce lundi 21 Juillet, ou plutôt celles qu’on a pas eu le courage d’adopter par simples calculs politiciens, je citerai en tête de tous les maux de notre démocratie ce refus d’inscrire dans notre Constitution l’introduction d’une petite dose de proportionnelle dans notre Assemblée. Ô, on a bien évoqué cette éventualité pour aussitôt la ranger dans le domaine du "réglementaire", domaine dont on sait le caractère aléatoire, livré au gré des majorités de circonstance. C’est-à-dire, dans les circonstances actuelles, une réforme renvoyée aux "calendes grecques".

J’entends encore aujourd'hui des députés amis, alors membres de l’UDF et que je rencontrais fréquemment, et qui, en toutes circonstances, mettaient cette introduction d’une part de proportionnelle en tête de toutes les priorités pour redonner un sens au mot “démocratie”. Et quelles campagnes n’ont-ils pas menées autour de cette rénovation essentielle ! Hélas, afin d’assurer leur réélection, devenus les supplétifs du parti dominant, ils versent aujourd’hui une larme de crocodile sur cette réforme rejetée par leurs tuteurs  “amis”. Non qu’ils n’en aient pas un regret sincère, mais, entre temps, les calculettes ont fonctionné et ils se sont aperçu qu’une telle réforme, même à petite dose, aurait donné à François Bayrou un groupe parlementaire plus important que le leur actuel. Et comme ils ne sont pas fous, ils ont renié promesses et convictions.
 
Autre réforme adoptée : la maîtrise de l'ordre du jour du Parlement. Dans le contexte d’une Assemblée où, par le jeu d’une loi électorale inique, moins de 30% des électeurs sont représentés au Parlement par 70% des sièges, on a osé affirmer qu’en accordant 15 jours par mois à l’ordre du jour fixé par le Gouvernement, plus 14 jours à celui fixé par la majorité parlementaire (toute dévouée au Gouvernement dont elle est l’otage de fait), en accordant enfin 1 seul jour par mois à l’ordre du jour présenté par l’opposition, il paraît qu’on a fait "œuvre d’ouverture". Un sommet d’hypocrisie.

Autre réforme encore : la nomination des dirigeants des grandes entreprises ou administrations. Ceci a pris une tournure particulière quand on sait que, notamment, les directeurs de l’information (radios et télévisions publiques) seront désormais désignés, comme au bon vieux temps de l’ORTF, directement par le Président. Le Parlement aura un "droit de veto” à une majorité des 2/3 pour avaliser ces nominations. Belle  farce que voilà quand on sait que, par la loi électorale actuelle, ce ne sera que simple formalité. De qui se moque-t-on ?

Autre réforme qui, à mon sens, ouvre la voie à toutes les aventures : un député nommé Ministre selon le bon plaisir de l’occupant momentané de l’Élysée, pourra, dès que révoqué, retrouver automatiquement son siège au Parlement sans passer par un nouveau vote de ses électeurs. Il y aura désormais à l’Assemblée deux sortes de députés : les titulaires qui ont échappé à cet “honneur” bien passager d’être Ministre, mais aussi et surtout des suppléants qui ne seront plus qu’une sous-catégorie de députés intérimaires de second rang car révocables, sur simple décision de l’Élysée, à chaque changement de ministre. Au train où vont les choses, on pourra, au gré du prince du moment, avoir des “tournantes” de ministres selon qu’on aura ou non ses faveurs. Quelle dérive !

Autre réforme encore : le Président de la République ne pourra plus exercer que deux mandats consécutifs. Tout porte à nous féliciter d’une telle mesure. Mais elle n’est pas sans inconvénients : quand un Président arrivera aux approches d’une ou deux années du terme de son second mandat, quelle autorité lui restera-t-il pour gouverner ou représenter la France quand ses partenaires sauront qu’il en est “à la fin” ? L’exemple que nous livrent régulièrement les USA montre toujours, en telles circonstances, des Présidents affaiblis et sans plus aucune autorité réelle. Et encore les Présidents US ont-ils la chance d’avoir à leur côté un Vice-Président qui peut toujours laisser entendre son intention de succéder au Président titulaire, ce qui permet de limiter les dégâts d’une telle impuissance constitutionnelle. Je crains fort qu’en France, quand on sait le rôle clef que joue le Président solitaire, une telle impuissance vienne à paralyser régulièrement le fonctionnement de nos institutions. Était-ce si indispensable d’en faire une réforme inscrite dans le marbre et ainsi ôter aux citoyens le droit d’en décider eux-mêmes le moment venu.

Je passe pour mémoire un certain nombre de gadgets, comme le droit inscrit désormais dans notre Constitution qui accorde au Président celui de s'exprimer devant le Congrès. Quand on sait la force de l’image et de la parole dont usent nos Présidents par le biais de la télévision, qu’est-ce cela va changer que cette solennelle réunion du Congrès ? Et si encore c’était pour rendre régulièrement compte de l’état de la France devant la représentation nationale ? Non : l’ordre du jour de ces interventions sera laissé à la discrétion du seul Président. Un gadget sans intérêt. Et quel sera désormais le rôle du Premier Ministre face au Parlement si celui-ci sera régulièrement appelé à se faire "doubler" par le Président ? La fonction de Premier Ministre prend désormais un aspect surréaliste : tant qu'à faire, il fallait aller jusqu'au bout de cette logique du "Président omni-présent". Les tenants d'une "VI° République" trouvent là un argument de poids. Sont-ils tant que çà dans l'erreur ?

Je passerai encore sous silence ce qui était un projet cher à l’UDF et à ses députés (avant qu’ils ne se divisent) : l’exigence de ne voter désormais que des budgets en parfait équilibre. C’est une victoire à la Pyrrhus que celle obtenue par les amis de Mr Morin : ils ont obtenu cet équilibre sur des budgets pluriannuels, c’est-à-dire qu’on pourra continuer à voter chaque année des budgets en déficit sur la simple promesse que le dernier effacera les déficits précédents. On a réinventé le système du “demain on rasera gratis”. Une vraie farce.

J’arrêterai ici l’énumération de mes observations sur ce gigantesque loupé qu’est cette fausse réforme constitutionnelle.
 
La France se devait d’avoir rendez-vous avec elle-même pour établir plus de démocratie dans ses institutions. Elle a raté ce rendez-vous. Ce n’est plus qu’alignement de faux semblants. Un gigantesque gâchis.

mardi, 01 juillet 2008

À PROPOS DE L'EUROPE EN PANNE

BILLET du 1er JUILLET 2008
 
europepanne.jpgMr Sarkozy va présider pendant 6 mois le Conseil des Ministres européen. Quelle marge de manœuvre lui reste-t-il après le refus de l’Irlande de ratifier le Traité de Lisbonne ?

Au-delà de cette nouvelle péripétie - l’Europe nous y a, hélas, habitués - on peut pourtant se poser la question  de savoir si nous ne marchons pas résolument sur la tête.

LE RETOUR AU TRAITÉ DE NICE
 
Faut-il, en introduction à mon propos, vous dire que je ne comprends pas du tout les “nonistes” quand ils se réjouissent de ce nouvel avatar ? Si le refus irlandais aboutissait à une remise à zéro de tout le mécanisme institutionnel européen, on pourrait éventuellement comprendre leur joie. Mais, loin de là, le refus irlandais nous remet tous, qu’on en soit d’accord ou pas, sous le joug du Traité de Nice qui reste en vigueur et continue de s’imposer à tous : c’est la pire des choses qui pouvait nous arriver. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir, tout au contraire : de quoi nourrir encore longtemps les réticences de nos partisans du non.

Le Traité de Nice impose en effet, pour toute décision, l’unanimité de tous les états membres : ils sont aujourd’hui 27, demain ils seront plus de 30. On aurait pu éventuellement concevoir une telle unanimité dans une Europe à 2, 3, 5, voire 6 membres tout au plus : mais à 27 ou au-delà, c’est totalement irréaliste. C’est la paralysie assurée de nos institutions européennes, incapables qu’elles sont aujourd’hui d’imposer le moindre cadre politique à une technocratie livrée alors à elle-même. De là tous nos maux européens : nous ne souffrons pas de trop d’Europe mais d’une Europe empêtrée et impuissante.

UNE INVERSION FATALE
 
Quand je questionnais plus haut de savoir si nous ne marchions pas sur la tête, je veux expliquer qu’avant d’élargir l’Europe jusqu’à être aujourd’hui 27, il aurait été certainement plus judicieux d’établir une règle du jeu pour tous, règle qui se serait imposée aussitôt à tout nouveau membre entrant. Or, on a fait exactement l’inverse.

Ô, certes, cet élargissement était inscrit tant dans l’Histoire que dans la géographie de notre continent. Mais nous assistons aujourd'hui à l’échec de la thèse anglo-allemande - à savoir qu’il fallait, selon eux, faire tout de suite l’élargissement - alors que la France, bien inspirée en cette circonstance, gauche et droite d’accord sur ce point, préconisait qu’il fallait d’abord aménager le terrain pour y construire la maison commune avant d’y faire entrer de nouveaux habitants : il fallait, avant tout élargissement, rédiger de suite et en priorité, une constitution européenne, une sorte de règlement de copropriété.

Mais nous nous sommes vite heurté à la poussée impatiente (et compréhensible) des pays de l’Est, sortis tout juste du joug communiste. La maison “Europe” n’a pas donc eu la possibilité de se construire avant d’accueillir tous ces nouveaux arrivants, ni d’établir la moindre règle. Chacun des nouveaux venus a voulu, sitôt arrivé, apporter sa propre conception architecturale. Une fatale absurdité.

UNE NOUVELLE AUBERGE ESPAGNOLE
 
On a donc laissé se bâtir une nouvelle “auberge espagnole” et éveillé le chœur de toutes les cacophonies. Et, depuis cet élargissement hâtif, il n’y a plus du tout, ni dans les têtes, ni dansles esprits, d’Europe ou d’esprit européen, tous voulant bâtir sa propre Europe à sa façon. C’est devenu la négation même d’une Europe ambitieuse conçue et bâtie pour l’épanouissement harmonieux de ses populations.

Cela ne peut pas fonctionner. Et c’est pourquoi l’Europe, aujourd’hui, ne fonctionne pas : ne cherchons pas ailleurs.

Jacques Delors, dans un récent billet, affirmait très justement que l’Europe n’a pas su se vendre auprès de ses propres peuples, ni faire partager son ambition à ses habitants. Et de conclure qu’il s’est créé un fossé croissant entre les peuples et leurs gouvernements.

Après le “non” français, celui qui a suivi des Pays-Bas - deux des pays pourtant fondateurs du Traité de Rome -  le “non” ensuite plus récent de l’Irlande, si on avait consulté en fait les peuples directement par voie de référendum - et non pas par voie parlementaire - on aurait surement récolté qu’un long chapelet de refus.

Pourtant, l’esprit européen ne mérite nullement une telle opprobre, tout au contraire. Il ne faut pas s’en prendre à l’esprit européen par lui-même mais bien à nos dirigeants qui se sont montrés incompétents : ils ont laissé s’établir un déplorable malentendu entre l’Europe et ses citoyens.

LES RAISONS DES REFUS
 
Il y a aussi deux autres raisons qui ont conduit à cette défaveur : • la première est la façon dont on a mis en place l’euro. En France, l’euro, et son “pacte de stabilité”, nous a imposé de mettre un terme immédiat à nos déficits chroniques de confort. Mais une telle soudaine rigueur a fait paraître l’euro comme une sorte de “père fouettard” de notre économie • la deuxième raison, conséquence logique du Traité de Nice et de son unanimité imposée, est cette impossibilité de prendre la moindre décision touchant le quotidien des citoyens : pour exemples récents, l'impossible détaxation partielle des carburants pour atténuer l’envol des cours du pétrole, ou encore la diminution du taux de TVA dans nos restaurants qui se fait attendre sans raison depuis des lustres. Ce blocage institutionnel est très mal perçu et on peut le comprendre.

Nous sommes donc dans une Europe libérale, mais dans le pire sens du terme, c’est-à-dire une Europe du laisser-aller où chacun agit en  faveur de sa propre chapelle.

Non pas que cette Europe-là, malgré toutes ses lacunes, ne soit pas une réussite économique, loin de là : en France, sans l’euro et ses contraintes, nous en serions à je ne sais quel numéro de dévaluations successives. Et la meilleure preuve en est encore apportée par tous ces pays nouveaux qui veulent entrer à leur tour dans cet ensemble.

Mais, quand il s’agit de créer une Europe politique avec une volonté propre, nous sommes encore un nain aux yeux du monde. Pour exemple, il est anormal que, pour régler le problème palestinien, ce soit les lointains USA qui s’en chargent pendant que l’Europe, elle, se limite à envoyer des colis aux réfugiés.

COMMENT EN SORTIR ?
 
Comment donc faire pour sortir de cette impasse ?

Je ne perçois pas d’autre solution que de refaire l’Europe entre des pays qui auraient souscrit à un pacte préalable et qui auraient aussi un minimum de passé commun et d’alignement économique. Même si c’est refaire l’Europe en commençant à 2 pays, ou un peu plus en réunissant par exemple les pays fondateurs du Traité de Rome (plus un ou deux pays bien intégrés), l’essentiel serait de réunir des pays capables et ayant la volonté ferme d’entreprendre vraiment des actions politiques communes. Ils seraient peu nombreux : mais un petit nombre serait très suffisant pour remettre l’Europe en piste.

Les autres pays européens ? ils manquent à la fois de réalisme et d’idéalisme. Mais ils pourraient, par effet d’entraînement, rejoindre ensuite ce noyau dur d’une Europe initialement restreinte mais établie avec des règles bien définies, mais plus forte par sa résolution et sa volonté politique. Et cesser d’être une Europe cantonnée dans un rôle d’assistante sociale, comme elle l’est aujourd’hui.

Ce n’est certes pas, à mon grand regret, la solution la plus idéale qui soit, mais peut-être la plus réaliste compte tenu de l’impasse où nous sommes : car nous sommes bien dans une impasse.

Il faut aussi donner à l’Europe un visage, avec un Président connu et reconnu de tous les européens, plus stable que ceux actuels semestriels. Et encore une politique étrangère commune avec un vrai représentant parlant au nom de tous. Giscard avait raison sur ce point : par exemple, un Bernard Kouchner (lui ou un autre) serait certainement plus utile comme Ministre des Affaires Étrangères européen de plein exercice plutôt que cantonné au Quai d’Orsay. Or, dans la situation actuelle, nos 27 ministres des affaires étrangères sont des gens totalement transparents, donc inexistants sur la scène internationale.

L'ERREUR DES RÉFÉRENDUMS
 
Au lieu donc d’organiser des référendums comme on l’a fait pour ratifier traités ou constitution, si on avait demandé aux citoyens européens : “Voulez-vous une défense commune de l’Europe ?”, ou encore “Voulez-vous une Europe représentative sur la scène internationale pour défendre vos intérêts ?”, donc si on leur avait posé des questions simples et concrètes, la réponse aurait été très différente que ces “non” successifs à des traités abscons auxquels nul ne comprend rien et qui ne servent que de défouloirs pour servir des intérêts locaux.

Quelle sottise de croire que tous les citoyens sont des constitutionnalistes nés et qu’ils peuvent déchiffrer tous les arcanes de textes inévitablement complexes qu’on soumet à leur jugement au travers de documents épais et touffus ! Qui les a d'ailleurs lus dans leur intégralité ?

Ce fut l’erreur du référendum sur la Constitution Européenne de Giscard, pourtant un chef-d’œuvre de minutie et d’équilibre. Mais, quant au Traité de Lisbonne, il est infiniment plus obscur encore que le texte peaufiné par Giscard. Comment voulez-vous que des citoyens se prononcent ensuite en pleine connaissance de cause là ou des constitutionnalistes chevronnés s’y perdent eux-mêmes ?

On entend aujourd’hui qu’il faudrait “laisser du temps au temps” pour sortir de cette ornière. C’est une façon comme une autre de ne rien vouloir entreprendre. Une fois encore sur ce point, nos gouvernants sont les champions de l’immobilisme. Et pendant ce temps, l’Europe s’enlise un peu plus.
 
Quand je vous disais qu’on marche sur la tête....

samedi, 14 juin 2008

À PROPOS de Mr Barack OBAMA

images.jpgBILLET du 14 JUIN 2008
 
J’éviterai, par respect pour la grande démocratie américaine et de ses citoyens, de tomber dans le piège que j’observe ici ou là et qui consiste, pour certains qui, comme moi, ne sont pas citoyens américains, de tresser des couronnes de lauriers à Mr Obama, candidat élu pour prétendre à la Maison Blanche. Même s’il nous faut admettre qu’il est plutôt hors les normes habituelles et d’un profil tout-à-fait singulier.

Par respect pour cette démocratie, ce serait un mauvais service à rendre à Mr Obama que de le faire passer, face à l’opinion américaine - si chatouilleuse et versatile - pour le “candidat de l’étranger”, c’est-à-dire celui que la majorité des autres nations voudraient voir élire en Novembre prochain. Les américains n’aimeraient certainement pas que leur futur président soit porteur d’un tel label ; ils sont trop attachés à leur indépendance. Et ils ont raison.

Faisons donc abstraction de nos préférences personnelles : les USA sont une grande nation et ses citoyens doivent pouvoir choisir leur Président sans avoir ce type de préoccupation. Ce sera donc ou Mr Obama ou Mr Mc Cain : l’un ou l’autre sera bien le prochain Président que se choisiront les américains. Et ils auront fait un bon choix, puisque parfaitement démocratique.
 
AU PAYS DU "MELTING POT"

Mais, qu’on l’admette ou non, cette élection au sein du Parti Démocrate, tant dans sa forme que dans son résultat, nous interpelle tous.

Sur la forme, cette élection est exemplaire, même si le système des “primaires à l’américaine” est particulièrement obscur pour les non-initiés que nous sommes.

Les USA sont, ne l’oublions pas, le pays qui a inventé l’expression “melting pot”. Cette première élection d’un métis pour concourir à la plus haute fonction de ce pays a un sens très fort. Et le discours que vient de prononcer Mr Obama à Philadelphie sur la question de la race constitue une immense avancée, pas seulement pour les citoyens américains mais aussi pour tous les citoyens du monde. Ce discours a valeur d’anthologie et mérite d’être couché dans tous les manuels scolaires.
 
UNE EXTENSION DE LA DÉMOCRATIE

Passant outre cependant cette élection strictement interne aux USA, du point de vue de l’évolution de la démocratie, nous venons de vivre une véritable campagne électorale. Non pas pour désigner le Président, mais pour la désignation d’un candidat à la présidence.

On avait déjà vécu un peu çà en France avec la désignation de Mme Ségolène Royal contre ses rivaux du Parti Socialiste. Aujourd’hui, donc, dans deux pays aussi différents que les USA et la France, voici que les citoyens se saisissent de la sélection des candidats, autant que de l’élection ensuite de ceux qui accéderont à des postes électifs. C’est une extension considérable de la démocratie.
 
UN TOURNANT POUR LE MONDE ENTIER

En ce qui concerne cependant les USA, si d’aventure Mr Obama était élu Président le 4 Novembre prochain, ce serait un tournant formidable, pas seulement pour les États-Unis eux-mêmes, mais pour le monde occidental tout entier : en effet, la mauvaise image actuelle des USA retentit sur le monde entier. La mésaventure irakienne, même dans des pays qui l’ont combattue comme la France, a des effets négatifs sur l’image que le monde se fait de l’Occident.

D’ailleurs, les observateurs qui visitent actuellement le continent africain, constatent combien la désignation de Mr Obama fait figure d’événement dans les opinions et suscite la plus grande attente : il était pour elles inimaginable qu’un président US puisse être un homme de couleur. Il y a une certaines fierté qui parait désormais chez elles. Même Al-Qaïda perdrait une partie de son aura dans ces populations : ce serait un très mauvais coup pour Ben Laden comme jamais il aurait subi auparavant. Ce serait une sorte de réconciliation des USA avec le reste du monde. Inimaginable il y a peu encore.

Enfin, si encore Mr Obama était élu, tout serait à reconstruire : les USA sont actuellement paralysés : même s’ils sont toujours la première puissance mondiale, Mr Obama ne pourra pas poursuivre la politique de Mr Bush Jr, ni en matière économique, ni encore moins en matière diplomatique. On peut d’ailleurs observer que la campagne de Mr Obama repose sur le thème du “changement” : nous sommes bien placés en France pour savoir que “çà marche” assez souvent, même si après on connaît d’autres lendemains....

Comment donc empêcher, dans de telles conditions, cette sorte de séduction que Mr Obama a suscité dans nos démocraties occidentales ?
 
DE LA DÉMOCRATIE AU SHOW MÉDIATIQUE
 
Par contre, on ne peut occulter les conditions nécessaires aux USA pour emporter de telles primaires : il ne suffit pas seulement que le candidat ait des qualités de conviction exceptionnelles : Mr Obama en est largement pourvu. Mais, en même temps, il y a dans cette élection US - et on ne peut l’ignorer - une masse d’argent considérable, permettant de déployer une force dans les médias qu’on ne peut mesurer. Il y a aussi, en plus, un art consommé - inimaginable en France - du sens de chaque mot, de chaque plaisanterie, de chaque intonation de la voix, de chaque geste, de chaque mouvement du corps de l’orateur : tout est testé sur des panels représentatifs de citoyens pour être ensuite analysés et corrigés comme il se doit. C’est une immense mise en scène digne des plus grandes productions hollywoodiennes, où chaque détail a son importance et est organisé avec la plus grande minutie. Et quand on observe Mr Obama sur les images qui nous sont transmises, il faut reconnaître qu’il est un très grand acteur, digne de son succès (j’allais dire un très bon élève de ses maîtres en communication).

On a donc le sentiment d’une élection plus artificielle que sincère dans les discours : tout est tellement organisé au cordeau. On a grand mal, de ce côté-ci de l’Atlantique, à apprécier : ceci est tellement éloigné de notre culture politique. Encore que, dans certains meetings électoraux à grand spectacle de Mr Sarkozy, on peut se demander si.... Et même chez ceux de Mme Royal....

Et quand on entend, par contre, un autre discours prononcé par Mr Obama sur Jérusalem, même s’il était vraisemblablement conscient qu’il décevrait considérablement le monde arabe, il est clair qu’il était surtout destiné à capter les voix du lobby juif, très puissant aux USA. Et pourtant on sait bien que les noirs et les juifs ne s’y accordent pas beaucoup. Mais tout était bien pesé d’avance, et le choix a été fait en considération du poids respectif de ces deux communautés.
 
UNE MARGE DE MANŒUVRE TRÈS ÉTROITE

Donc, qu’il le veuille ou non, la marge de manœuvre de Mr Obama, s’il était élu, sera bien moindre qu’on pourrait l’espérer.

La magie du spectacle touche là ses propres limites : après la chaleur de la salle et du rêve qu’elle entretient, il y a ensuite le froid et la dure réalité cahotique de la rue qu’on retrouve.

Pas facile, la démocratie ! Surtout quand elle arrive à ce niveau où la réalité politique doit s’allier désormais au show-bizz.

mardi, 03 juin 2008

À PROPOS DE LIBÉRALISME & SOCIALISME

290426031.jpgBILLET du 3 JUIN 2008
 
Peut-on, en France, être à la fois socialiste et libéral ?
 
Voilà une bien étrange question que celle posée récemment au Parti Socialiste. Une odeur âcre de souffre s’est aussitôt répandue dans les couloirs de la rue de Solférino, juste la dose suffisante pour ranimer la vieille guerre des éléphants.

Si l’on en croit cependant un récent sondage, 63% des français répondent à cette question qu’ils y sont plutôt favorables. Ce qui démontre une évolution surprenante des mentalités, notamment celles de gauche.

LE LIBÉRALISME, C'EST QUOI ?
 
Mais que signifie donc en fait le mot “libéralisme” dans notre société d’aujourd'hui ?

Sitôt qu’on évoque ce mot, pour les uns c’est un idéal vers lequel il faut tendre avec ardeur, pour les autres c’est le réveil des vieux démons du capitalisme le plus exécrable qui soit. Nous voici en pleine ambiguïté.

Pourtant, sur l’origine du mot “libéral” par lui-même, on constate qu’il est né il y a relativement peu : sitôt la révolution de 1789, au tout début du 19ème siècle. Cette liberté, alors chèrement conquise face au régime autoritaire monarchique, a suscité toutes les formes de conjugaisons possibles du mot ”liberté”, y compris celles couchées précieusement dans la Charte des Droits de l’Homme. Le libéralisme, qu’on l’admettre ou pas, est bien une des conquêtes - et pas la moindre - de la Révolution de 1789.

On a donc quelque mal à comprendre aujourd’hui comment ce mot peut déchaîner tant de haine entre socialistes, eux qui se réclament tous, pourtant, des valeurs de la Révolution.
 
LA PANTALONNADE....
 
D’un côté nous avons donc Mme Royal qui affirmait hier que le “beau mot” de libéralisme devait être “réapproprié par la gauche”. Et elle voulait paraître alors - campagne électorale oblige - être une "social-démocrate" pur jus. Mais, patatras : voici que Mr Delanoë, son nouveau challenger, ose se présenter face à elle en chantre du même social-libéralisme. Mme Royal, aussitôt, de jeter le libéralisme aux gémonies.

On a du mal à comprendre : il n’y a pourtant, à ma connaissance, aucune divergence fondamentale entre Mme Royal et Mr Delanoë. Nous voilà, une fois de plus, devant une de ces nouvelles “commedia dell’arte” dont le P.S. a, seul, le secret de fabrication.

Et quand, pour arbitrer ce “duel fratricide”, on voit ensuite débarquer fort opportunément Mme Aubry, aux côtés des amis de Mr Strauss-Kahn, de Mr Fabius ou de Mr Montebourg - les ennemis jurés d’hier et qui ne sont d’accord entr’eux sur presque rien (hors leurs ambitions personnelles), notamment sur l’Europe - c’est une vraie pantalonnade : un parfait bal des faux-culs.

Pitoyable !

Pour en revenir donc au mot “libéral”, remarquons cependant, qu’en politique, le libéralisme c’est pourtant bien la laïcité, la neutralité de l’État, la pluralité des opinions, celle des partis, la liberté de la presse, ce sont les élections libres, etc..... Qui, en France, peut être contre ces libertés-là ?

En économie aussi, il nous semblait que, depuis 1983, quand Mr Mitterrand était au pouvoir, le P.S. s’était réconcilié avec "l’économie de marché" (base fondamentale du libéralisme). Mr Mitterrand l’avait alors adoptée, même s’il l’avait teinté d’une bonne dose de social.

Nous ne constatons cependant pas qu’aujourd’hui les socialistes soient devenus les partisans d’une nouvelle soviétisation de l’économie comme en 1981, qu’ils réclameraient le retour aux nationalisations forcenées, etc..... Donc, ils sont, et ils ne peuvent être que, libéraux.

Qu’est-ce donc alors que cette farce Royal-Delanoë ?

FARCE ? PEUT-ÊTRE PAS !

Peut-être faut-il chercher dans ce “conflit” un début d’explication par la présence d’une gauche anti-libérale encore assez bruyante, y compris au sein du P.S.. C’est peut-être cela que Mme Royal a en tête : elle ne veut pas se séparer de l’appui de cette gauche-là si elle veut conquérir demain le P.S..

Mais cela ne peut être une raison en soi : je suis persuadé que celui qui emportera demain le P.S., ce sera, malgré Mme Aubry et ses “alliés” d’un moment, celui qui osera être un authentique "social-libéral". Et, de ce point de vue-là, Mr Delanoë a certainement marqué un précieux point.

Mais il y a vraisemblablement aussi une autre explication : si le P.S. accepte de paraître trop “libéral-social-démocrate”, il ne présentera plus face à l’opinion - donc à son électorat traditionnel - assez de différences significatives d’avec la droite. C’est un vrai dilemme pour lui. Le P.S. est donc obligé de caricaturer un tant soit peu le libéralisme, car il n’a toujours pas réussi à élaborer un vrai projet “libéral-social-démocrate” qui lui permettrait d’affirmer et de prouver, demain, que son projet serait meilleur que celui mis en œuvre par la droite.
 
L'INCAPACITÉ D'ÉLABORER UN PROJET

Cette incapacité à élaborer un projet moderne et réaliste est bien le talon d’Achille du P.S..

La conséquence de cet antagonisme stratégique (plus que politique) ? On voit, d’une part, une Mme Royal préconiser une alliance avec le centre (nous nous souvenons pourtant de sa volonté de flirt avec un Bayrou qui l’a éconduit avec dédain), mais affirmer aujourd’hui, cependant, que le libéralisme est l’horreur absolue (ou presque) ; et d’autre part on voit un Delanoë dire qu’il est libéral mais qu’il ne veut aucune alliance avec le centre.

On est encore ici en droit de se demander dans quel monde vit le P.S..

Pourtant on ne peut pas nier qu’aujourd’hui, au P.S., l’hégémonie intellectuelle est plutôt située à droite, alors qu’elle a été longtemps positionnée à gauche. Qui veut aujourd’hui conquérir le P.S., contrairement aux idées reçues d’une longue tradition, se doit de l’aborder par sa droite, et non plus par son aile gauche. C’est un fait tout-à-fait nouveau (que j'avais déjà souligné dans une précédente note).
 
BESANCENOT ? QUEL BOULEVARD ?

Alors, le P.S. peut-il craindre de laisser, sur son flan gauche, un “boulevard” au postier Besancenot ?

Pour ma part, je n’y crois pas : Mr Besancenot conduit, malgré son habileté médiatique, ses troupes vers une impasse. Et tous les sondages récents révèlent, chez les français, une nouvelle mais surprenante lucidité politique. C’est un phénomène de société particulièrement significatif qu’on doit peut-être à la puissance des médias, mais peut-être aussi aux brassages d’idées via Internet : les anciens communistes, les fondamentalistes de Mme Laguiller s’amenuisent d’année en année, de scrutins en scrutins. Mr Besancenot, pour percer réellement à gauche, a un besoin vital de cet électorat-là. Mais celui-ci s’éparpille inexorablement. (Il n’y a pas qu’en France qu’on observe d'ailleurs cette évolution). Mr Besancenot ne peut donc que rester relativement marginal, et non un vrai pilier sur lequel pourrait se reconstruire une éventuelle "nouvelle gauche".

Vouloir donc opposer libéralisme et socialisme est un non-sens en soi : ces deux philosophies sont indissociables l’une de l’autre, elles ont besoin l’une de l’autre, elles sont parfaitement complémentaires.

La gauche aurait donc tort d’abandonner le “beau mot de libéralisme” à la seule droite : il est un bien commun qu’il nous faut défendre pour davantage de justice sociale.

samedi, 31 mai 2008

À PROPOS DES RETRAITES

772533361.jpgBILLET du 31 MAI 2008
 
LES LIMITES D'UN SYSTÈME
 
Nos rues ont vu défiler ces dernières semaines des cohortes de manifestants s’opposant au prolongement du nombre d’années de cotisation - passant de 40 à 41 annuités - pour toucher sa retraite à taux plein.

Et pourtant, quand on interroge les français, la moitié d’entr’eux sont persuadés qu’on va devoir travailler plus longtemps pour obtenir sa retraite, car ils savent bien que l’espérance de vie ne cessant d’augmenter - donc les années de retraite plus lourdes à financer - il va bien falloir le faire par un moyen ou un autre.

Mais l’autre moitié des français pensent parallèlement que ces manifestants ont eu raison de descendre dans la rue pour se mobiliser, même si, intimement, ils savent bien que les solutions alternatives sont très limitées.

Ce débat n’est pas prêt de se clore : aujourd’hui, on envisage un premier pallier à 41 ans ; mais rien ne laisse supposer qu’il ne devra pas ensuite progressivement aller très au-delà. Et les exemples de nos partenaires voisins ne manquent pas de les édifier : on y prend rarement sa retraite avant 65 ans, parfois pas avant 67 ans. Et pour ne parler que du seul continent européen.

BISMARCK NE L'AVAIT PAS PRÉVU
Je lisais récemment dans la presse une anecdote qui, à la fois, m’a amusé mais aussi instruit. J’y ai effectivement appris que “l’invention” des retraites serait due à Bismarck. Les syndicats, au départ, y étaient hostiles car ils redoutaient le système qui aurait été mis en place pour cela. Jaurès faisait cependant partie des rares qui étaient pourtant favorables à cette instauration. Il faut donc remonter à 1889 pour voir Bismarck octroyer aux ouvriers allemands un système de ressources pour les travailleurs âgés. Et il est raconté que Bismarck s’est alors retourné vers ses conseillers et leur a posé la question : “À quel âge peut-on fixer l’âge de la retraite pour qu’on n‘ait jamais à la verser ?”. Et les conseillers de répondre : “À 65 ans”. L’on prétend que Bismarck a alors éclaté de rire : il en avait 74 !

Quand, en France, on a créé le régime des retraites - c’était en 1945 - la retraite avait alors été fixée à 65 ans. Et l’on savait que l’espérance de vie au-delà de cet âge ne dépassait les 4 ou 5 ans, c’est-à-dire 70 ans tout au plus. Donc la retraite avait été instaurée pour des populations qui étaient appelées à mourir peu de temps après.

Or, en l’espace de 50 ans, l’on a assisté - et c’est fort heureux - à un progrès qui a bouleversé tous les pronostics économiques de l’époque : aujourd’hui quand un retraité prend sa retraite (en moyenne un peu avant 60 ans), il va vivre jusque 25 ans, voire parfois 30, après la cessation de son activité.

Or le système français de financement des retraites est celui dit “par répartition”. C’est-à-dire qu’aucun salarié ne paye quoique ce soit pour sa propre retraite : il paye exclusivement les retraites de ceux qui ont déjà cessé le travail.
 
COMMENT LAISSER AUX JEUNES....
C’est un système de solidarité inter-générationnel fort louable en soi. Mais comment aujourd’hui peut-on imaginer laisser aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail (par exemple à 25 ans), qu’il vont devoir travailler ensuite plus de 40 ans pour toucher leur retraite à taux plein, comment imaginer leur laisser sur les épaules - au détriment de leur pouvoir d’achat - la charge de devoir ET payer la dette abyssale (plus de 1.200 milliards d’euros + les intérêts) qu’on leur laisse, ET le poids de cette masse sans cesse grandissante du nombre de retraités à nourrir, loger, soigner, etc...?

Nous allons droit vers une impasse : en 1980 - c’était avant-hier - il y avait 4 actifs pour payer un seul retraité. En 2020 - c’est donc demain - il y aura seulement 1 actif pour payer un seul retraité.

LE PARADOXE FRANçAIS
Solidarité ai-je dit plus haut ? Par tout-à-fait hélas : face à ce dilemme, les cheminots, les postiers et tous les fonctionnaires en général ont un régime de retraite très particulier qui consiste à faire payer leur propre retraite.... en levant l’impôt près les contribuables. Il est d’ailleurs paradoxal que ce sont eux qu’on voit surtout en tête des cortèges pour manifester contre la réforme du régime des retraites, alors qu’ils ont le régime de loin le plus favorable. Bref !

Alors on voit surgir des “économistes” apportant leur propre solution pour sortir de cette impasse : j’entendais récemment l’un d’entr’eux préconiser une augmentation massive des salaires pour augmenter les ressources des caisses. Je suis resté songeur devant cette proposition. L’êtes-vous moins que moi ?
 
On entend aussi des syndicalistes (F.O. et l’U.N.S.A.) qui veulent le retour aux 37,5 années de cotisation. (Comprenne qui pourra !). On entend, à l’inverse, la C.F.D.T. et la C.G.C. qui acceptent les 41 annuités à condition qu’il y ait des aménagements pour les professions les plus pénibles, ou ceux qui ont prolongé leurs études jusque fort tard et ne parviendront jamais à faire leurs 41 années. Voilà qui est plus juste et raisonnable. Et, entre ces deux positions, il y a enfin la C.G.T. qui a une position assez subtile : elle ne demande pas le retour à 37,5 annuités sans pour autant s’aligner sur la position de la C.F.T.C. ou de la C.G.C. : elle est à mi-chemin entre les deux tendances extrèmes

Le véritable enjeu esi-il, finalement, de travailler demain 41 ou 42 ans ? N’est-il pas surtout la question du travail des “seniors” ? Comment se fait-il que, depuis 25 ans, tous nos gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont utilisé l’argent public pour inciter les entreprises à se débarrasser de leurs salariés.... à partir de 55 ans ?

C’était d’une bêtise rare. Peut-être va-t-on, enfin, se décider à faire l’inverse ?

LES INCOHÉRENCES DE NOS GOUVERNANTS
La politique de nos gouvernements est lourdement émaillée de leurs incohérences et de leur mauvaise appréhension des problèmes. C’est une caractéristique typiquement française : nous avons en France le taux le plus faible (rapport 1 sur 2) des pays industrialisés pour l’activité de nos 55-64 ans. Par exemple, en Suède - pays cité souvent en exemple pour ses avancées sociales - on travaille jusqu’à.... 67 ans !

Ces incohérences dans nos politiques gouvernementales expliquent certainement (en partie) la résistance de l’opinion publique vers une évolution qui a, pourtant déjà, été conduite avec succès dans les autres pays européens.

Il ne sera pas aisé de changer très rapidement les mentalités face au vieillissement constant de notre population. Allez raconter demain aux français que l’âge légal de la retraite sera désormais porté à 65 ans (comme en Allemagne), ou à 67 ans (comme en Suède) ! Nos rues et nos boulevards ne seraient plus assez larges pour accueillir les manifestations que cela entraînerait !

Et pourtant les réalités sont implacables, les chiffres incontournables.
 
La France peut-elle rester dans cette marginalité par rapport à ses partenaires ? Et surtout dans la catastrophique situation financière actuelle qui est la sienne et ne lui laisse plus aucune marge de manœuvre ?

Les étapes seront nombreuses. Mais elles devront toutes être franchies. Un vrai chemin de croix !

LA QUALITÉ ESSENTIELLE DE LA FEMME

920043023.jpgCurieux, mais grave, jugement que celui prononcé à Lille ces derniers jours et qui a décidé de l’annulation d’un mariage sous prétexte que la mariée n’était plus "vierge" le jour de ses noces - ce qu’elle avait soigneusement caché à son promis, on peut la comprendre - et considérant que la virginité d’une mariée était une “qualité essentielle”.

Voilà une bien curieuse interprétation de l’article 180 du Code Civil. Jusqu’à présent, on considérait que l’annulation d’un mariage pouvait se justifier si l’un des conjoints, par exemple, avait caché qu’il était divorcé (ou était encore marié), ou avait menti sur sa nationalité, ou encore était sous curatelle, ou n’était pas apte à entretenir des relations sexuelles normales, etc.... Bref des raisons “essentielles” qui faisaient qu’un mariage était viable ou pas dès le premier jour. Oui, là, un juge était fondé de déclarer nul un mariage.

Mais annuler un mariage parce que la mariée n’était plus vierge le jour de ses noces et l'avait caché, est-ce une raison ? Le marié (d’un certain âge quand même et apparemment bien intégré dans la vie sociale), lui, était-il encore puceau le jour de son mariage ? N'a-t-il jamais menti ? Peut-il en apporter les preuves ? Et si la mariée s’était fait réparer l’hymen (opération très banale pratiquée couramment et sans anesthésie ni hospitalisation), le mensonge aurait-il été différent ? Et pourquoi avoir choisi la voie de l’annulation alors qu’un divorce à l’amiable pouvait être prononcé si les deux parties en étaient d’accord. Que va donc devenir cette femme honteusement répudiée ? Y a-t-on pensé ?

On se croirait revenu au Moyen-Âge où l’on mettait au bûcher les femmes dont on doutait de la moralité des mœurs.
 
On pourrait se poser la question de cette recherche effreinée de la virginité chez la femme dans certaines peuplades ou civilisations. Sans qu'il y ait aucun lien entre ces deux faits, il est paradoxal d'observer qu'un Fourniret ne violait que des jeunes filles vierges avant de les assassiner. Il n'y a en effet aucun rapport, mais on ne peut s'empêcher de se poser la question. Et quand certaines civilisations autorisent ou recommandent aux hommes d'avoir plusieurs épouses ("polygamie"), pourquoi la femme devrait-elle accepter de s'unir à un homme qui, très officiellement, n'en est plus à son premier rapport sexuel avec d'autres femmes.
 
Nous avions jusqu’ici la naïveté de croire que les qualités essentielles d’une épouse était d’être proche et solidaire de son époux, de bien élever ses enfants et leur donner la meilleure éducation possible, et aussi tenir correctement sa maison pour en faire un lieu de vie agréable pour toute la famille. Mais nous étions naïfs et nous ne nous doutions pas que des mœurs archaïques issues d’un autre âge, entretenues par des intégrismes religieux primitifs, puérils et arriérés, allaient bouleverser ces valeurs-là.

Ce jugement de Lille est une grave remise en cause de la laïcité et du droit de la femme. C’est encore une remise en cause du droit de chacun de disposer de son corps. C’est un pas en arrière et à contresens des droits de l’homme (et de la femme) inscrits dans notre Constitution.
 
Il est devenu urgent de remettre à leur vraie place les prétentions de certains de donner le pas à des préceptes religieux sur les Lois de la République. Aujourd’hui, ces Lois ont été dévoyées.

Ce juge lillois a déshonoré la Justice, quoiqu’en dise Mme Dati. On ne peut se désintéresser d’une question d’une telle importance. C'est une vraie priorité pour notre société.