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mercredi, 07 mai 2008

À PROPOS DE MAI 68

905717498.jpgBILLET du 7 MAI 2008
 
Mai 68. Sitôt que l’on évoque cette date, les images les plus contrastées viennent à l’esprit : pour les uns, c’est la date d’une profonde transformation de notre société, pour les autres la perte de l’essentiel de ses valeurs de base, avec les profondes répercussions toujours bien présentes, 40 ans après.

Qu’en est-il au juste ?

Si l’on veut tenter de comprendre ce qui s’est passé en 68, il faut d’abord constater que la société d’alors - même si certains sentaient l’orage venir - a été brutalement confrontée, tel un éclair paraissant dans un ciel serein, d’une part, à une contestation d’étudiants qui se sont mis à tenir des discours hyper révolutionnaires, maoïstes, trotskistes, anarchistes - c’est-à-dire tous dirigés contre la société de consommation en général - et, d’autre part, à une autre contestation, celle de toutes les valeurs traditionnelles et des structures autoritaires.

D’aucuns affirment que cette contestation s’inscrivait, en fait, assez logiquement dans la lignée de celle qui avait germé lors des années 1850-1880, années où déjà des petits groupes d’étudiants ou d’intellectuels - qu’on désignait alors par les sobriquets les plus divers (“m’en-foutistes”, “fumistes”, “hydropathes”, “hirsutes” “Chats Noirs”, “incohérents”, etc....) - avaient commencé à contester la société hyper-rigide de l’époque. Ils font figure d’ancêtres précurseurs de nos contestataires de 68.
 
ÉCLOSION DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION

Pourtant, en Mai 68 et assez curieusement, on observe que cette volonté proclamée à grand tapage de détruire les valeurs traditionnelles de la société, elle-même héritière d’un passé multi-séculaire, cette volonté destructrice va, contre toute attente, voir éclore, non pas le socialisme, ni davantage une amorce de révolution, mais une nouvelle société, celle de.... l’hyper-consommation : c’est en effet à cette date que les français sont rentrés de plein pied dans la société libérale. Et loin de condamner la société de consommation, Mai 68 l’a fait croître et a fait naître la nouvelle modernité, celle où nous sommes aujourd’hui.

Ce n’est pas là le moindre paradoxe de Mai 68. On pourrait en déduire - et certains chroniqueurs l’ont affirmé avec force - qu’il était nécessaire que certaines valeurs traditionnelles fussent détruites pour que nous entrions dans cette société de consommation. Si rien n’avait alors changé, jamais nous y serions rentrés, là où nous achetons désormais tout et n’importe quoi, y compris des produits jetables, des gadgets les plus loufoques, parfois totalement inutiles. Mai 68 nous a fait déboucher sur le capitalisme le plus arrogant qui soit. Et les “soixante-huitards”, qu’on voyait alors sur les barricades ou dans les piquets de grève, se sont vite reconvertis à cette société et certains y ont fait de très belles carrières bien juteuses.

Mai 68 n’a donc été finalement - on peut le supposer - qu’une ruse de l’Histoire pour permettre à une société qui était très en retard, non seulement dans ses structures sociétales mais aussi celles économiques, de s’ouvrir sur la modernité. Nous avons vu, sous des apparences révolutionnaires - les barricades, les pavés, etc.... - l’émergence d’un nouveau capitalisme.

On pourrait croire, à ce que je viens d’exposer, que Mai 68 n’a eu que des effets contraires de ceux qui avait fait naître cette vague déferlante. Non, bien des choses ont aussi changé par ailleurs. Et pas des moindres.
 
LA FIN DE....
 
Mai 68 a marqué d’abord la fin de la société paysanne, avec ses valeurs traditionnelles, celles de l’ordre et du cycle des champs, de l’autorité, etc....

Mai 68 a aussi marqué la fin, en France, du parti communiste : celui-ci n’y survivra pas.

Ensuite, Mai 68 a marqué la fin de l’Université traditionnelle. C’est la fin des cours magistraux, la fin d’une certaine hiérarchie. Le seul problème c’est que, depuis, on n’a rien mis à la place.

Ensuite encore, Mai 68 a marqué la fin de la civilisation ouvrière et de sa structure syndicale qui, jusque là, l’encadrait sans conteste. Cela peut paraître paradoxal que de l’affirmer quand, en Mai 68, on a bien eu une grève ouvrière de plusieurs millions de personnes, grève aussitôt suivie de conquêtes sociales sans précédent depuis 1936 (accords de Grenelle). Mais, à partir de là, la société ouvrière a cessé d’être une société fermée, y compris face à ses syndicats : elle n’a pas été, contrairement aux habitudes, le déclencheur des événements, loin de là, mais s’est trouvée face à quelques hurluberlus qui ont mené la danse jusqu’au bout. Les rapports de classes ont alors changé.

Pour poursuivre encore plus loin dans les changements, on peut dire aussi que Mai 68 a marqué la fin des rapports familiaux : l’homme était traditionnellement le chef de famille à l’autorité incontestée, l’épouse était étroitement dépendante des seules décisions du mari (jusque 1975 encore !). Même pour ouvrir un compte en banque, ou prendre la pilule, la femme devait avoir l’accord du mari ! Mai 68 a donc aussi été le déclencheur de la libération de la femme dans la société.

Mai 68 a aussi ouvert la voie de la libération sexuelle. Même s’il a fallu encore quelques années d’attente pour voir adopter les lois qui l’ouvraient réellement dans les faits, il est sur, que, sans Mai 68, ces lois n’auraient jamais vu le jour. Ou quand ?
 
UNE RÉVOLUTION NI POLITIQUE....,
NI ÉCONOMIQUE

Mai 68 n’aura donc pas été, pour conclure, une révolution politique, ni économique, même si ses effets ont eu une forte incidence en matière politique et économique. Mai 68 a été une révolution plus sociétale et comportementale que celle imaginée par les petits maoïstes ou autres doux rêveurs de l’époque.

Mai 68 n’aura pas conduit, sur le plan politique, au changement d’un seul des articles de la Constitution de 1958 fondée par De Gaulle dont on cherchait à chasser le système : mieux, Mitterrand, qu’on a vu alors soutenir les contestataires, une fois élu Président, ne changera pratiquement pas une ligne à la Constitution.

Mai 68 a donc permis surtout une réelle émancipation. La société était alors très corsetée : que ce soit la famille, l’Église, l’Université, l’administration, la politique, cette société n’avait subi aucun grand changement depuis le 19° siècle, même après le conflit de 14-18. Mai 68 a donc vu tout çà exploser comme dans une sorte de joyeux feu d’artifice. Çà nous éloignait des grèves ouvrières, souvent lourdes et tristes, qu’on avait connu dans le passé.

Émancipation, donc, il y a eu : il y en a eu de très positives (lois Auroux, démocratisation dans les entreprises, etc....). Il y a eu aussi, hélas, d’autres beaucoup moins : dans l’école surtout, le déclin de tous les enseignements traditionnels, de la civilité, de la politesse, de l’autorité des maîtres, de la morale, des règles civiques, etc.... Et aussi, l’enseignement de la lecture qui découlait naturellement de la contestation de la chose écrite.

L’émancipation de Mai 68 a donc été une sorte de reconquête de la liberté. Comme toute conquête - et 1789 en a été une illustration emblématique -  elle a eu sa part de lumière comme d’ombre. On ne pouvait y échapper.

dimanche, 27 avril 2008

À PROPOS de la FAIM dans le MONDE

377829476.jpgBILLET du 27 AVRIL 2008

1.200.000.000....

Oui, vous avez bien lu : selon un rapport publié par les Nations unies, ce sont 1 milliard 200 millions d’êtres humains qui seront touchés par la faim dans les 15 prochaines années. Certains économistes évoquent même le chiffre vertigineux de 2 milliards de mourants potentiels. Un vrai cauchemar ! Une grave menace pour la paix du monde.

L’actuelle flambée des prix des produits alimentaires qui gagne le monde entier, et les émeutes qu’elle engendre dans les pays les plus pauvres (aujourd’hui une trentaine, demain ± 60 ?), ne sont que les prémices de cette crise qui nous menace tous. Crise d’une toute autre importance que nos petites cuisines politiques internes.

La faim dans le monde n’est pourtant pas un phénomène nouveau. Mais c’est bien la première fois qu’elle atteint de telles proportions. Plus grave : personne ne s’y attendait et n’a vu arriver la crise. On se croyait protégé plus ou moins par la mondialisation dont l’un des objectifs était de réduire les inégalités entre pays pauvres et ceux plus riches. Mais ce bouclier est aujourd’hui mis en échec : il y a eu depuis un an ±50% d’augmentation des prix des matières premières, et notamment d’un certain nombre de nourritures de base qui, dans nombre de pays les plus pauvres, ont même atteint parfois des hausses de 90%.

La malnutrition, il faut le savoir, n’est pas une situation passagère où il suffirait d’attendre quelque peu pour en effacer les effets : non, elle est un fléau qui laissera, notamment chez les enfants en bas âge, des traces qui se perpétueront leur vie entière. D'où l'urgence de s'en préoccuper.

POURQUOI EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Il y a au moins 2 causes principales à ce drame :

a/ l’augmentation de la demande, notamment venant de l’Inde et de la Chine. Ce devrait être une bonne nouvelle en soi, surtout de la part de pays qui étaient, voici peu encore, considérés comme pauvres. En devenant moins pauvres, voilà qu'ils se sont mis à consommer davantage.

b/ on a ensuite investi massivement dans les biocarburants, et là les écologistes portent une énorme part de responsabilité. Les biocarburants en provenance des cultures céréalières privent de façon croissante les populations de ressources alimentaires vitales.

L'AGRICULTURE MONDIALE N'EST PLUS EN CAPACITÉ....

Aujourd’hui, l’agriculture mondiale n’est plus capable de faire vivre tous les habitants de la planète. Et le développement de l’hygiène et de la médecine ont accru cette crise en faisant croître la natalité et prolonger la durée de vie des populations.

C’est outrageant de devoir dire et écrire cela, mais c’est une réalité que nul ne peut ignorer aujourd’hui.

La population mondiale croit donc aujourd’hui plus vite que l’agriculture est en capacité de se développer et de produire.

Qu’on le veuille ou non, force est donc de constater que les écologistes - je suis obligé d’y revenir - ne sont pas à la hauteur des problèmes posés et leur responsabilité dans cette crise est énorme.

Les questions d’environnement sont choses trop sérieuses pour être laissées entre certaines mains irresponsables. Certains de nos "écolos" ne cessent de nous proposer des gadgets, ou des fausses solutions qui ne prennent pas les problèmes dans leur ensemble. Et les biocarburants se révèlent aujourd’hui une véritable catastrophe, non seulement sur le plan environnemental, mais en raison de la réduction de la capacité mondiale de nourrir l’humanité.

Autre responsabilité, qui découle aussi de cette désinformation insidieuse, les institutions internationales - comme la Banque Mondiale, le F.M.I. ou encore l’Europe - n’ont cessé de pousser dans le sens de la réduction de la production agricole. On se souvient encore des discours où l’on exposait que l’Europe était installée sur des montagnes de beurre et qu’on ne savait plus quoi faire des excédents.

Il faut saluer à ce propos l’attitude de la France - et de Jacques Chirac en particulier - qui, certes, pour d’autres raisons tout-à-fait égoïstes ou électorales, ont toujours été un frein face aux arguments de nos partenaires qui exigeaient avec force des réductions drastiques de notre production alimentaire.

Il va donc falloir faire une “marche-arrière toute” par rapport à ces théories et relancer dans l’urgence notre production agricole. Et plus du tout pour faire essentiellement des biocarburants (qui, soit dit au passage, nécessitent aussi l’utilisation de produits pétroliers pour leur propre fabrication), mais pour produire surtout des aliments. Car c'est bien là qu'il y a urgence et priorité.

L'EUROPE DOIT CHANGER DE STRATÉGIE ALIMENTAIRE

C’est bien un changement de stratégie du tout au tout que va devoir entreprendre l’Europe.

Ensuite, il faut observer aussi qu'on a jeté en France une sorte d’anathème sur les OGM. Or c’est bien par la recherche, notamment sur cette filière, qu’on parviendra à améliorer sensiblement notre production alimentaire. Car il nous faut produire plus et mieux.

Ô, ce n’est pas pour çà qu’il faut laisser faire n’importe quoi à propos des OGM : la manipulation génétique est toujours fort délicate. Mais l’attitude de certains écologistes, plus assoiffés de médiatisation que d'intérêt général et qui cherchent à diaboliser cette science, relève du fanatisme imbécile. Les OGM, bien maîtrisés par une recherche soutenue, seront demain l’un des éléments essentiels d’amélioration de notre productivité.

Aujourd'hui, la désinformation organisée du public par ces gens à courte vue fait privilégier le court terme sur le long terme.

La France ne peut pas devenir plus longtemps encore victime de ces lobbies anti-OGM,. Plus ou moins soutenus d'ailleurs par de puissants groupes internationaux qui trouvent tout intérêt à l’affaiblissement de notre recherche scientifique pour diminuer la place de notre industrie agro-alimentaire sur les marchés mondiaux. Et ce serait oublier aussi que c’est par la recherche, entreprise en France depuis le 18° siècle, qu’on a permis à celle-ci de nourrir aisément sa population. Va-t-on rétrograder ?

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION ? SUICIDAIRE !

On agite aussi pour cela le fameux “principe de précaution” pour freiner toute entreprise. Or, soyons clair : le principe de précaution est un principe suicidaire dans la majorité des domaines. Il faut le dénoncer clairement. On marche complètement sur la tête. Ce principe est devenu un système de régression de la recherche, de la science et de tout développement. Il doit surtout inciter à plus de vigilance, mais pas contrer la recherche.

Pour résumer, je crois que nous sommes aujourd’hui à une époque charnière. Nous avons vécu sur la lancée des années 90 où le mot d’ordre était à la réduction des productions agricoles et à la domination écrasante du type de capitalisme anglo-saxon. Cette époque-là se referme avec force et dans la violence.

Nous risquons maintenant d’assister à une sorte de guerre des modèles de capitalismes : on voit par exemple que la Chine - qui ne s’en sort pas si mal que çà dans nombre de domaines - pratiquer une sorte de capitalisme à forte implication étatique. Est-ce que cela n’implique pas de notre part  une autre stratégie pour notre production ?

Il est urgent d’y réfléchir.

samedi, 26 avril 2008

À PROPOS de la FRANCE et l'OTAN

1884495066.jpgBILLET du 26 AVRIL 2008
 
Je crois, à l’occasion du récent sommet de l’OTAN, qu’il s’est passé l’un des actes les plus importants de Mr Sarkozy depuis que celui-ci est arrivé aux affaires, peut-être même de l’ensemble de son quinquennat. Pourtant cela est passé presqu’inaperçu dans l’opinion.

On ne peut pas dire, en cette circonstance, qu’il n’y ait pas eu une certaine cohérence chez notre Président.

La politique qu'il a suivie avec une certaine constance a comporté en effet plusieurs volets successifs :

a/ la mise en place d’une constitution minimale, le Traité de Lisbonne, où la France a eu un rôle très actif. Même si on peut toujours regretter ce côté minimaliste et sans réelle ambition pour l’Europe elle-même.

b/ un rapprochement avec l’Angleterre solennisé par le voyage à Londres de Mr Sarkozy

c/ le rapprochement très marqué avec l’OTAN. Je dis bien rapprochement mais pas réintégration car, en fait, même si le Général De Gaulle en avait retiré, en 1969, les forces françaises de son commandement intégré, la France faisait toujours bien partie de l’OTAN.

d/ enfin, on cherche maintenant à créer au sein de l’OTAN - et c’est là que les choses prennent une toute autre dimension - une structure reposant désormais sur 2 piliers : un pilier américain et un européen.

C’est un schéma tout-à-fait nouveau qui n’est pas neutre du tout. Et c’est là que se situe l’importance que je soulignais plus haut du changement de stratégie de la politique étrangère française.

Ce choix stratégique a au moins deux conséquences :

1/ quoiqu’on en dise, cela amène d’abord  à une distanciation très marquée de nos relations avec l’Allemagne. Or celles-ci, depuis bien des années, ont toujours constitué le véritable moteur de l’Europe. On rompt clairement non seulement avec une tradition européenne plus ou moins intégrationniste, mais on rompt aussi avec la politique du Général De Gaulle, base de toute notre politique étrangère suivie ensuite tant par Pompidou, Giscard, qu’ensuite par Mitterrand ou Chirac.

2/ nous nous alignons désormais plus ou moins sur la politique US, mais sans, cependant, avoir négocié préalablement quoique ce soit avec les États-Unis pour prix de cet alignement.

Nous voici fort très éloignés de la ligne gaulliste suivie par la France depuis un demi-siècle, y compris dans ses relations avec ses partenaires européens.
 
RUPTURE TOTALE AVEC LA POLITIQUE GAULLISTE

Un demi-siècle, me dira-t-on ? Il est vrai que depuis tout ce temps les choses dans le monde ont bien changé. Faut-il que notre politique reste donc figée sur des lignes de force qui, aujourd’hui, se sont largement déplacées ?

À la création de l’OTAN, le monde occidental avait pour ennemi principal l’URSS, et ses affidés communistes qui occupaient une grande partie de l’Europe et avaient leurs missiles à nos frontières.

Aujourd’hui, l’URSS est disparue, tout comme le Pacte de Varsovie qu’elle avait créé face à l’OTAN. Et la Russie n’est plus la puissance menaçante qu’elle était. Depuis, encore, l’Europe a été libérée du joug soviétique avec la chute du mur de Berlin et une grande partie de ces peuples enfin libérés ont, depuis, intégré l’OTAN, certains, même, l’Union Européenne et ont frontières ouvertes avec les nôtres.

L’OTAN avait donc été créée à l’origine à la demande des pays libres d’Europe pour se protéger de la menace communiste, s’associant pour cela à la toute-puissance américaine.
 
L'ENNEMI : LE TERRORISME INTERNATIONAL

Aujourd’hui, l’ennemi n’est plus le même : il est le terrorisme international, entretenu par les intégrismes religieux dont, notamment, le terrorisme intégriste islamique qui est désormais le plus menaçant de tous.

Le Général De Gaulle avait quitté en 1969 le commandement intégré de l’OTAN parce que, entre temps, la France s’était équipée de l’armement nucléaire qui, à lui seul, constituait à ses yeux une arme de dissuasion suffisante pour éloigner toute initiative militaire du monde communiste contre nos frontières.

Cette attitude avait donc permis à la France d’adopter une politique d’indépendance vis-à-vis des États-unis sans, cependant, que nous ayons quitté toutes relations avec cet allié surpuissant et ami.

La France a commencé pourtant il y a peu, sous Chirac, de se rapprocher timidement de l’OTAN en acceptant de siéger de nouveau au Comité militaire de l’OTAN.  Et ce pour la raison que j’ai exposée plus haut : la finalité de l’OTAN avait bien changé depuis De Gaulle.

Mr Sarkozy entreprend donc de continuer cette mutation de notre politique étrangère en proposant aux européens, lors de sa future présidence de l’Europe au 1er Juillet, la création d’une défense européenne, laquelle s’intégrerait dans l’OTAN auprès des États-Unis.

La question qu’on peut cependant se poser dès à présent est de savoir si l’OTAN est bien, ou non, la bonne structure pour lutter contre le terrorisme. On peut en douter.

Par exemple, notre engagement en Afghanistan, et son renforcement, sont établis sur des bases qui sont battues d’avance. Et, ce qui est plus grave, rien n’a été négocié avec les États-Unis pour tenter de jeter d’autres bases. La France est donc rentrée purement et simplement dans la stratégie américaine et on ignore encore aujourd’hui ce qu’elle sera dans quelques mois après le départ de Bush.

Ensuite on sait que les anglais restent toujours rebelles à toute défense européenne. Ils ne sont partisans que d’une défense intégrée avec les États-Unis. Et ils ne changeront pas d’avis tant qu’ils n’auront pas ratifié le Traité de Lisbonne.
 
Que vaut donc le projet de Mr Sarkozy, même s’il a tenté d’amadouer les anglais lors de son voyage à Londres ?
 
RÉCONCILIER L'OCCIDENT AVEC LUI-MÊME

Nous voici donc de retour à la vieille politique d’équilibre des puissances. Elle est complètement inadaptée face aux circonstances. Et on voit Mr Sarkozy jouer tour à tour la carte des anglais, celle des américains, puis celle des allemands et puis encore celle des russes. Et Mr Fillon de déclarer même, récemment, à la grande fureur des américains, que la bonne réponse au terrorisme était "l’équilibre des puissances en Europe.... avec la Russie".

Il faut aussi reconnaître que nombre de nos pays partenaires européens, notamment ceux issus de l’ex-Pacte de Varsovie, sont davantage atlantistes, donc plus proches des États-unis, qu’ils ne sont proches de l’Europe occidentale. Pour exemple le plus marquant : la Pologne.

Le projet de Mr Sarkozy doit donc plus consister à réconcilier les atlantistes avec les européens et les faire s’intégrer entr’eux. Donc nécessairement avec l’appui des américains, chefs de file des premiers. Il faudra tous convaincre que maintenant l’ennemi c’est bien le terrorisme islamique plus que tout autre chose.

C’est une nouvelle vision du monde qui est en train de naître sous nos yeux.
 
Il est donc devenu urgent de réconcilier l’Occident avec lui-même.

vendredi, 11 avril 2008

À PROPOS de SPORT et POLITIQUE

1543389463.jpgBILLET du 11 AVRIL 2008
 
Est-ce qu’une farce lugubre se prépare à Pékin  à l’occasion des prochains Jeux Olympiques ?

La question est désormais posée avec une nouvelle acuité, surtout après les incidents qui ont émaillé le parcours de la flamme olympique.

Certains vont même jusqu’à préconiser le boycott total de ces jeux, pas seulement de leur cérémonie d’ouverture mais de nos athlètes eux-mêmes. Comme cela s’est déjà fait pour certains pays dans un passé récent pour les jeux de Moscou.

Avant même tout débat à ce propos, je veux affirmer que, de mon point de vue, cela serait fort dommageable. Car la Chine, qui est l’une des plus anciennes civilisations du monde, et les chinois eux-mêmes, peuple intelligent et courageux, méritent de pouvoir accueillir ces jeux. Même si cette immense nation est encore sous le joug d’un régime issu du communisme le plus obtus qui a fait encore, ces dernières décennies, des millions de morts. Et qu’encore aujourd’hui il impose par la force son joug à d’autres peuples voisins qu’il oppresse et dont il fait disparaître culture, habitants et langue. Un vrai martyre, comme au Tibet. Un génocide dans son horreur la plus absolue !

Situation donc très difficile que celle-là et de nos dirigeants dont on peut imaginer l’embarras quand il leur faudra prendre une décision à propos de leur participation à ces jeux peu ordinaires.
 
BOYCOTT DES J.O. ? OU PARTIEL ?

Les partisans du boycott total ne manquent certes pas d’arguments. On les entend dire que le seul boycott de la cérémonie d’ouverture ne servira à rien et satisfera surtout les egos ou les scrupules des chefs d’état face à l’oppression chinoise au Tibet. Mais que cela n’aboutira pas à une modification substantielle de la conduite des actuels dirigeants.

On peut donc se poser la question : pourquoi peser sur ces dirigeants par la voie d’un boycott de nos sportifs, et pourquoi pas agir par celui de nos achats de produits chinois ?

Le commerce n’a jamais constitué un brevet d’honorabilité pour qui que ce soit : on a toujours fait du commerce avec tout le monde, même avec des pays classés “indignes”. On ne peut donc pas comparer le commerce avec le sport : le sport, lui, doit être - ou devrait être - une marque de joie de vivre et de l’amitié entre les peuples. Ce n’est pas le rôle du commerce.
 
SPORT INSTRUMENT DE L'IMPÉRIALISME

Cependant, à propos du sport, les choses ont beaucoup évolué au cours des dernières décennies : le sport est devenu, que cela choque ou non, une sorte d’instrument de l’impérialisme d'état.

Ce fut déjà le cas à Berlin, sous le régime nazi. Ce fut ensuite le cas à l’époque de la R.D.A. et de nombre de pays communistes de l’Est où tous les procédés, même ceux les plus répréhensibles, étaient bons pour fabriquer des athlètes sur mesure pour qu’ils puissent ensuite symboliser la supériorité du régime politique en vigueur chez eux sur tous les autres régimes du monde. C’est encore un peu vrai aujourd’hui.

Tous les régimes, quels qu’ils soient, se sont donc servi du sport - et des Jeux Olympiques - pour en faire une sorte de vitrine à la gloire de leur propre nation.

Donc, pour en revenir aux partisans du boycott de nos sportifs, ils prétendent qu’il faut priver la Chine de ce brevet d’honorabilité de pouvoir se comparer aux autres nations.
 
Or, quand on sait les chinois et leur recherche effrénée d’un rapport de force, et aussi de retrouver une certaine honorabilité alors qu’ils commencent tout juste à sortir de leurs murs où le régime les avait enfermés et humiliés, l’argument des partisans du boycott total n’est pas sans valeur. Un échec des jeux aurait, pour les chinois et chez eux, des effets considérables. Et leurs actuels dirigeants y seraient très sensibles.

Faut-il pour autant nous ranger à cet argument ?

Je crois d’abord que les boycotts, quels qu’en soient les motifs, ont des effets désastreux. Pas seulement sur la population du pays qu’on boycotte  mais aussi sur les populations des pays qui organisent le boycott. La population chinoise en serait frustrée. Pas forcement ses dirigeants. Ceux-ci ne manqueraient pas d’éveiller aussitôt chez elle un ressentiment exacerbé et de provoquer un réflexe d’auto-défense entraînant un nouveau repli sur elle-même. Ce serait le pire résultat qu’on pourrait attendre et cela ne changerait rien à l’actuelle politique d’oppression. Tout au contraire : on lui donnerait une justification pour la poursuivre avec plus de vigueur.

QUE FAIRE ALORS ?

À mon modeste rang, j’ai le sentiment que faire planer sur ces dirigeants une menace de boycott ne serait pas tout-à-fait inutile. Il est évident qu’ils ne recherchent pas pareille épreuve.

Mais une chose est sure : le boycott doit être l’affaire des politiques, pas celle des sportifs. Et la menace de boycott de la seule cérémonie d’ouverture peut être un bon moyen de pression.

Ensuite, si certains pays décident de boycotter et d’autres pas, cela ne servira à rien. La décision, pour l’Union Européenne, ne peut qu’être collective. Sinon, les uns en tireront les “marrons du feu”, et les autres pas. Et, finalement, c’est l’Europe toute entière qui en pâtirait. Il faut éviter pareil désordre.

Donc, faire peser une menace, c’est bien : mais il faut ouvrir parallèlement un dialogue avec les chinois. Il faut leur expliquer qu’ils nous mettent dans une difficulté considérable, nous européens, par rapport à cette cérémonie d’ouverture. Il faut leur dire que nos opinions publiques sont complètement braquées contr’eux, comme le parcours de la flamme olympique l’a illustré. Je crois que sont des arguments auxquels les chinois peuvent être sensibles.

Tout communiste que soit l’actuel régime chinois - c’est-à-dire autoritaire et policier - il faut constater que la Chine devient aussi, depuis peu - et ce n’est pas là le moindre paradoxe ! - un pays hyper-libéral. Du point de vue de ses dirigeants, ils ne comprennent pas notre attitude pro-tibétaine : pour eux les tibétains sont des gens arriérés, archaïques et obscurantistes. Ils freinent - toujours selon eux - le progrès et toute évolution libérale. Ils ne comprennent pas que nous, pays libéraux évolués, nous puissions nous arc-bouter autour de la défense de cette culture hors du temps.
 
Il nous faut donc leur expliquer ce qu’est pour nous le respect des cultures, et pourquoi nous sommes choqués par l’actuel génocide perpétré au Tibet. Et leur expliquer encore ce que cela pourrait avoir de désastreux pour eux qu'un boycott de la cérémonie d’ouverture. L’argument a son poids.

Enfin, il nous faut cesser ce faux-semblant de reconnaissance du dalaï-lama : il faut que nous lui donnions, publiquement et internationalement, le statut d’interlocuteur incontournable quant à l'avenir du Tibet et faire comprendre aux chinois que rien ne s'y fera sans un dialogue avec lui.

En tout cas il nous faut nous éviter à tout prix de donner aux chinois le sentiment qu’ils sont un peuple persécuté et méprisé par nous. Sinon, les effets seraient catastrophiques pour tous.

Surtout quand on sait le poids immense que pèse aujourd’hui la Chine dans le monde. Donc, fermeté et réalisme.

lundi, 07 avril 2008

JE SUIS HEUREUX ET FIER....

904176443.jpg
Alors que le passage en France de la flamme olympique aurait du être une fête, symbole de la paix entre les hommes et les nations dans l’esprit même de l’olympisme de Pierre de Coubertin, voilà que les dirigeants chinois - je dis bien les dirigeants et non le peuple chinois, trompé et manipulé comme il l’est par eux comme dans tous les régimes dictatoriaux - ces dirigeants ont voulu, avec leur arrogance habituelle, faire de leur passage dans la patrie des Droits de l’Homme, une marche triomphale tournée à leur propre gloire et à la face du monde entier.

C’est raté pour eux. Et je m’en réjouis.

Je suis heureux et fier du courage qu’ont montré les français - et la France, terre d’accueil des opprimés de ces dictateurs grotesques - pour dénoncer ici et là, et aujourd’hui à Paris malgré des forces de l’ordre totalement disproportionnées, cette imposture et clamer haut et fort leur attachement aux Droits de l’Homme et leur solidarité au peuple tibétain qui est, aujourd’hui, la victime (une de plus !) d’un génocide tant humain que culturel par les forces d’occupation chinoises qui prétendent rayer ce pays complètement de la planète.

Les dirigeants chinois ont trahi leurs promesses de réforme interne qu’ils avaient prises lors de la désignation de leur pays pour accueillir et organiser les Jeux Olympiques de 2008. Les dirigeants chinois, malgré ces promesses, continuent de persécuter, de museler, de tuer sans vergogne. Ils se montrent indignes de la confiance qu’on avait placée en eux.

Les dirigeants chinois ont détruit d'eux-mêmes l’esprit des Jeux Olympiques organisés cette année dans leur pays : ces “Jeux” ne seront plus qu’une caricature de l’Olympisme. Quoiqu’il arrive ensuite, ils ne seront jamais plus ce que tous attendaient qu’ils soient : une fête de la Liberté et de la Fraternité entre les peuples.

Honte à ces dirigeants indignes. Et vive le Tibet libre !

lundi, 31 mars 2008

À PROPOS de l'EUTHANASIE

BILLET du 31 MARS 2008

1969458185.jpgLe débat sur la fin de vie s’est rouvert après le décès de Chantal Sébire et sa lutte pour que ses souffrances soient abrégées.

Comment aborder ce débat ? Comment ne pas le caricaturer ? Comment ne pas le simplifier à l’excès ?

Je crois que nous commettons sur ce sujet une erreur inévitable, saisis que nous sommes tous par l’émotion et la compassion face à cette femme, à la fois fort courageuse, digne et sympathique.

Cela nous pousse naturellement à réfléchir - mais de façon faussée - sur ces questions. Et on se demande aussitôt : “Qu’est-ce je ferais si j’étais à sa place ?”.

J’ai été très choqué par les interventions de certains ministres, très dogmatiques sur ce sujet et qui affirmaient que “tout allait bien, il n’y avait rien à changer”, etc.... Une ministre est même allé jusqu’à dire qu’on n’avait pas à changer la loi pour répondre à un simple “souci d’esthétique” ! (NDLR : Mme Sébire avait un cancer de la face qui en déformait lourdement le visage). Difficile d’être plus stupide.

AU NOM DE QUOI POUVONS-NOUS INTERDIRE ?

Le problème n’est donc pas de savoir ce que l’on ferait nous-mêmes en tel cas, mais de nous dire “quelles sont les raisons que nous avons d’interdire à cette dame de faire ce qu’elle demande ?”. Au nom de quoi pouvons-nous lui interdire ?

C’est la seule question que nous devons nous poser face à ce sujet touchant la bioéthique.

La Loi Leonetti a été une première et importante avancée pour tenter de répondre à cette difficile question. C’est bien. Mais est-elle suffisante ? Je crois que non. Il faut aujourd’hui la faire évoluer. Mais très modestement, à mon sens.

Modestement, je précise : je suis sur ce point en désaccord avec l’Association “Mourir dans la dignité”. Pourquoi ? Je crains en effet que, si on fait une loi très libérale (comme en Belgique ou en Hollande), on ne pousse à terme un certain nombre de gens au suicide,  qu’on les “dégage”, qu’on leur fasse sentir qu’ils sont désormais “de trop”.

INDIGNITÉ DANS LA MORT ?

L’expression même “Mourir dans la dignité” m’est insupportable. Comme si les gens qui, face à la mort, s’accrochent à la vie, étaient “indignes”. Il y a un immense risque, notamment vis-à-vis de personnes âgées, qu’on leur dise un jour : “Voyez, vous êtes de trop. Soyez dignes. Laissez la place. Dégagez !”.

Exagération de ma part ? Je ne le crois tant que çà face à notre société devenant de plus en plus inhumanisée.

S’il faut donc que la Loi évolue, cela ne peut être que de façon très encadrée. Il faut éviter que ne se créent en France de ces cliniques “au suicide”, comme cela existe en Suisse, où on aide des gens à mourir, même quand ils ne sont pas malades.

Faut-il, comme certains le font comme pour éluder cette difficile question, poser aussitôt ce problème en termes  de morale ?

Je ne vois pas en quoi interrompre une vie en train de se défaire est plus grave moralement que d’interrompre une vie en train de se faire. En quoi l’euthanasie est-elle moralement plus condamnable que l’avortement ? Je cherche en vain la réponse.

Mais ceci n’est pas une raison pour se permettre d’instrumentaliser la mort, de l’industrialiser. La mort ne peut pas devenir une nouvelle culture de société.

QUE FAIRE ?

Comment donc faire ?

Une solution pourrait être la création d’une sorte de comité supérieur d’éthique qui serait appelé à examiner, cas par cas, chaque malade qui exprimerait sa volonté de mourir avant le terme prévu pour des raisons humanitaires, ou de simple compassion. Et, seul, ce comité serait habilité à autoriser, ou non, l’aide médicalisée sollicitée pour mettre un terme à des souffrances devenues insupportables. Mais la simple raison exige que l’on ne puisse pas aller plus loin dans ce “droit de grâce” à l’envers.

Pour approfondir encore notre réflexion, on pourrait aussi inviter les catholiques à réfléchir sur la position de l’Église : l’Église est contre l’avortement, elle est contre l’euthanasie. Mais pendant des siècles, et jusque tout récemment, l’Église était favorable à la peine de mort. Mais, il est vrai que, sur ce sujet, elle a soudain changé : elle est devenue plus prudente sur la peine de mort.

Par contre l’Église, si elle refuse bien l’euthanasie active, n’est pas du tout opposée à l’euthanasie passive. Elle admet que l’acharnement thérapeutique pour maintenir en vie des êtres devenus de véritables “légumes” est condamnable : pour elle, quand tout espoir est anéanti, il faut laisser les gens mourir naturellement.

Faut-il donc considérer que nos politiques sont en retard sur l’opinion  et notre société?

L’opinion semble actuellement pencher pour des autorisations accordées dans certains cas insupportables. Mais il semble sur ce point que les avis soient partagés. Le rôle de l’État est donc d’éclairer l’opinion. Ce ne peut être que le sujet d’une réflexion, pas d’un référendum.

QU'EST LA MORT AUJOURD'HUI ?

Autre question encore : qu’est la mort aujourd’hui dans notre société.

Il est certain que la mort n’est plus aujourd’hui perçue de la même façon que dans les générations précédentes.

Quand, autrefois, quelqu’un sentait la mort s’approcher de lui, il convoquait toute sa famille, il réglait sa mort, il organisait sa succession pour éviter les contestations entre ses héritiers. Bref, il organisait sa mort comme il l’aurait fait pour tout autre affaire sa vie durant. On mourrait ensuite paisiblement au milieu des siens, dans son cadre intime familial.

Aujourd’hui, 70% des gens meurent à l’hôpital, entourés de tuyaux et d’appareils qui enregistrent le lent déclin de la vie. Est-ce situation plus enviable ? J’en doute fort.

J’en reviens donc à la position de l’Église catholique : cette position a le mérite d’être cohérente. Elle condamne, je le disais, l’avortement comme l’euthanasie. Elle considère que la vie est un don de Dieu et que nul n’a le droit d’en disposer.

Mais cette position, qui était logique en soi, ne tient pas compte de ce qu’est devenue la mort aujourd’hui. La définition biologique et médicale de la mort a changé. Et cette période intermédiaire, cette espèce de purgatoire où on finit tôt ou tard par se situer entre la vie active (où on peut alors encore condamner le suicide) et celle où on est soi-même “condamné”, cette période-là doit être prise en considération. Sinon, on se place dans une sorte d’acharnement thérapeutique, ce qui n’est pas acceptable en soi.

Hier, la pire mort était celle arrivant brutalement, par exemple dans son sommeil, sans avoir eu le temps de recommander son âme à Dieu dans une sorte de cérémonial familial. Aujourd’hui, la mort brutale est devenue celle idéale.

Le suicide est donc, vu sous cet angle, devenu une forme acceptable de la mort.

La mort n’est décidèment  plus ce qu’elle était.

mercredi, 19 mars 2008

LES MUNICIPALES EN FRANCE

61774423.jpgLe second tour des municipales du 16 Mars n’a pas compensé le premier. Bien au contraire. Les responsables du gouvernement et de l’UMP ont bien tort de pratiquer cette détestable langue de bois en mettant en relief l’abstention (trop forte, il est vrai), les “enjeux locaux” (bien réels heureusement) et les mécanismes “classiques” de “rééquilibrage”.

Dans un éditorial paru dans "Relatio", Daniel Riot l'explique d'ailleurs fort bien. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs été le premier à souligner les “enjeux politiques” des municipales avant d’accepter ensuite de se faire très discret dans cette campagne : le “handicap Sarko” se chiffre entre 10 et 15 % dans les villes grandes et moyennes. Il a été lourd dans les villes sauvées (de justesse) comme Marseille. Il a même été très net dans les cantonales, bien trop sous-estimées dans les médias et par les analystes politiques. Le P.S. s’en trouve renforcé, situé désormais entre 53 et 54 %.
 
L'ÉCHEC DU MoDem : TROP LOIN-TROP VITE

Autre leçon de ces deux tours de scrutin : l’échec du MoDem. La stratégie de François Bayrou de vouloir soutenir des hommes ou des femmes selon ou le bilan de leur action passée, ou la qualité de leur projet, a créé la plus totale des confusions dès lors qu’on a mis ensuite sur ces hommes et sur ces femmes leur “étiquette” politique. Il y en avait autant à droite qu’à gauche, il y en avait qui revendiquaient leur appartenance ici au P.S. et là à l’UMP, et d’autres encore venus d’ailleurs.

La volonté de François Bayrou de créer un parti “indépendant” est œuvre de très longue haleine : elle était inapplicable dans le contexte de ces élections locales à si peu de distance de la création du MoDem, 4 mois plus tôt seulement. Les esprits demeurent encore trop marqués par les clivages droite-gauche, par les étiquettes P.S. contre UMP, par cette culture bien ancrée du “bipartisme” pour qu’on puisse l’ignorer si tôt et de façon si abrupte. À vouloir aller trop vite et trop loin dans cette stratégie d’indépendance, François Bayrou a conduit le MoDem dans un échec qui était inévitable.

François Bayrou, qui avait un excellent projet pour les Présidentielles, s’est perdu lui-même dans cette précipitation à vouloir aller trop vite, avec ses illusions, ses faux calculs et ses apparents doubles langages, même si la ligne était bien tracée. La leçon est dure, même si elle ne doit en rien compromettre la stratégie à long terme du projet de créer un parti neuf et indépendant, projet d’un vrai changement de la vie politique en France. Le moment n’était simplement pas encore propice pour un tel bouleversement. L'opinion n'y était pas encore suffisamment préparée.
 
Mr SARKOZY DOIT EN TIRER LES LEçONS

Ces scrutins locaux ne changent évidemment en rien le destin national du pays. J’allais dire “hélas”, tant notre image en Europe s’est dégradée pour cause de déficits non maîtrisés, de réformes mal engagées et d’erreurs de conduite du Président.
 
Mr Sarkozy est trop réaliste pour ne pas en tirer des leçons, pour lui-même surtout. Du moins peut-on encore l’espérer dans l’intérêt même de la France : il est encore là pour plus de 4 ans !

Nous avons vu, cependant, avec le traité de Lisbonne, que Mr Sarkozy savait changer des données pour rendre solubles des problèmes difficiles. Nous l'avons vu encore, avec l’accord sur le projet pour la Méditerranée, qu’il savait tenir compte des avis (pertinents) de la chancelière allemande contre les opinions-gadgets de ses propres conseillers. Son entourage laisse prévoir un “changement de style”. Il en est temps. Plus que temps.

L’amateur de Rolex et de Ray-Ban doit donc aujourd’hui faire place nette et remettre quelques pendules à l’heure. Les enjeux de la Présidence française de l’Union - dès le 1er Juillet prochain - valent bien cet effort si l’on veut que cette Présidence ne soit pas qu’une période stérile de simple ”com” dont il ne resterait plus rien sitôt cette présidence européenne de 6 mois achevée.

300.000

300.000 !

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Ce site personnel a dépassé, au cours des tout derniers jours, le cap des 300.000 visiteurs, et ce après seulement 25 mois d'existence, et sans tapage ni publicité. Il est maintenant lu dans 90 pays du monde entier.

Pourquoi tairais-je mon plaisir et ma fierté de ce qui n'a jamais été, pour moi, un objectif que je me serais fixé à un moment quelconque ?

Je remercie de nouveau ici tant d'amis qui me font l'honneur de leurs visites assidues et ne manquent pas d'enrichir ce site de leurs commentaires.

François VAN DE VILLE 

mardi, 18 mars 2008

À PROPOS DU DERNIER POILU

BILLET du 18 MARS 2008

772533361.jpgNotre dernier “poilu” de la guerre 14-18 vient de décéder. Un hommage solennel a été rendu à tous ces vétérans et ultimes témoins à travers ce dernier survivant qui vient de disparaître.

J’ai déjà traité ici suffisamment du “devoir de mémoire” et de son nécessaire passage au “devoir d’histoire” pour ne pas revenir sur ce sujet.

Je m’attacherai donc ici à n’aborder que la seule guerre 14-18 et les marques indélébiles qu’elle a laissées dans l’histoire de notre nation et du monde en général.

La guerre 14-18 a en effet marqué définitivement en Europe la fin de l’épopée napoléonienne, de ses conquêtes à travers l’Europe, ensuite du système de Metternich mis en place à la chute du Premier Empire - système qui aura quand même duré près d’un siècle ! - et de sa parenthèse de 1870-1918 avec une France amputée temporairement de sa province lorraine lors de l’effondrement du Second Empire.

Cette guerre aura été un vrai traumatisme : il faut rappeler que, rien que du côté français, 8.500.000 soldats ont été appelés sous les drapeaux, elle y a laissé dans nos rangs 1.400.000 morts et environ 4 millions de blessés. Çà a été une gigantesque saignée démographique pour la France, sans aucun précédent de toute son histoire, dont on vient à peine de sortir de ses conséquences, ou presque. La France serait aujourd’hui très différente de ce qu’elle est dans l’Europe et dans le monde sans tous ces morts sur les champs de bataiile.

Mais, outre ce fait d’histoire, alors que nous étions cependant en plein essor de l’idée démocratique, le spectacle largement diffusé d’humains qu’on a vus abattus sous la mitraille, ou sauter en nombre sur des mines - comme si la vie humaine n’avait plus aucune importance - va profondément marquer ensuite tout le XX° siècle à peine naissant.

LA NAISSANCE DES GRANDS TOTALITARISMES

Parce qu’il y aura eu ce spectacle sans précédent de ce vaste massacre rapporté par des médias récemment apparus (photographie et cinéma), l'existence humaine elle-même va perdre de son poids. Et les grands totalitarismes, comme les grands massacres du XX° siècle, vont désormais devenir autorisés.

La guerre de 14-18 a été certainement le plus grand tournant des temps modernes. Elle a été le passage du monde ancien au monde d’aujourd’hui. D’abord à cause de la mécanisation de la guerre ; à cause ensuite du déclin de l’Europe, comme celui de la France qui était en 1914, il faut le rappeler, l’une des deux premières puissances d’Europe et qu’elle a cessé définitivement d’être après. Cette guerre a permis ensuite l’apparition de puissances nouvelles, celle aussi du communisme qui n’aurait peut-être pas été possible en Russie sans cette guerre qui a annihilé tout contrepoids.

La guerre de 14-18 aura été, finalement, plus importante dans ses conséquences que la deuxième guerre mondiale de 39-45 malgré la dimension planétaire de cette dernière. Il faut en être conscient aujourd’hui. Le "devoir d’histoire", c’est aussi çà.

La guerre de 14-18 a été aussi le commencement de la brutalisation des sociétés européennes : dans des sociétés qui se “polissaient” depuis le XIX° siècle - hors les conquêtes coloniales - on a eu à faire à un retour très soudain des formes les plus extrêmes de la barbarie, amplifiées par les possibilités nouvelles qu’étaient l’aviation, les chars et aussi l’usage de nouveaux produits toxiques engendrant la mort.

Cette guerre a conduit à cette brutalisation, laquelle a abouti finalement à ces totalitarismes tels que le fascisme, le nazisme ou le stalinisme.

À propos de la guerre par elle-même, ce qui va différencier le XIX° siècle du XX°, c’est qu’au XIX°, les guerres en Europe avaient pour objectif essentiel de rééquilibrer les forces entre les nations. Mais après la guerre 14-18, la guerre ne sera plus faite pour empêcher la guerre par elle-même par un simple rééquilibrage des forces en présence sur un même continent, mais pour exterminer d’autres nations, sous couvert notamment d’idéologies naissantes. Ce sera la naissance de ces courants idéologiques sans frein, les plus puissants sur notre continent depuis l’idée révolutionnaire née en 1789.

Enfin, alors qu’auparavant les guerres s’arrêtaient dès que l’équilibre des forces était rétabli, les guerres nouvelles, elles, ne s’arrêtent plus. Au nom du totalitarisme conquérant qui les a déclenchées, au nom d’une idéologie révolutionnaire qui prend quelqu’ampleur, la guerre ne peut désormais s’arrêter que lorsque l’adversaire est totalement exterminé. Ce n’est désormais plus un simple rééquilibrage de forces.

C’est bien ce qui a changé dans le monde à partir de 14-18.

Cette guerre aura donc conduit à un tournant majeur dans la conscience des peuples, conscience qui marque désormais toutes nos générations, y compris celles de notre tout nouveau XXI° siècle.

Le "devoir d’histoire" est aujourd’hui une nécessité qu’il ne faudra jamais cesser de raviver si l’on veut maintenir la paix à travers le monde.

lundi, 17 mars 2008

L'ASSASSINAT D'UN ARCHEVÊQUE

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La guerre civile intérieure qui sévit en Irak depuis la chute de Saddam Hussein fait impitoyablement chaque jour, malgrè les dénégations de Mr Bush, des dizaines - parfois des centaines - de victimes. Au point que ceci est désormais banalisé et rangé au chapître des faits divers qui n’émeuvent plus grand monde : à peine quelques lignes de temps à autre au bas d’une page de nos quotidiens.

Pourquoi donc saluer ici particulièrement, au nombre de ces milliers de victimes qui toutes ont droit égal à notre hommage, l’assassinat de Mgr Faraj Rahho, Archevêque chaldéen de Mossoul, qui était le plus éminent dignitaire chrétien d’Irak ?

Tout simplement parce que cet Archevêque est porteur de tout un symbole.

Il faut dire en effet très fort la honte, l’indignité, la lâcheté de l’Occident qui détourne les yeux pudiquement de ce drame dès lors qu’il s’agit des chrétiens d’Orient, de cet Occident qui prend prétexte de la situation déjà complexe du conflit entre les juifs et les arabes pour taire celui qui, en plus, frappe aussi les chrétiens (même s’il y a parmi eux beaucoup d’arabes).

Le fait qu’on laisse systématiquement décimer - même physiquement - les diverses populations de l’Irak, au sein desquelles il y avait près d’un million de chrétiens (chaldéens) avant la guerre, il n’en reste plus aujourd’hui que 200.000.... Le fait qu’on tait qu’en Égypte, les chrétiens coptes sont soumis à des persécutions.... Le fait qu’on passe sous silence qu’en Turquie, les rares chrétiens qui demeurent n’ont plus les mêmes droits civiques que les musulmans, tout cela, l’Occident a honte de le dire. Cà ne lui portera pas bonheur.

S’il n’y a pas un sursaut de ce point de vue-là, je crois qu’on assistera, contrairement à cet idéal que nous prêchons tous les jours avec bonne conscience, on assistera bientôt à ce que le Proche-Orient sera mono-color du point de vue religieux. Et tout ce qu’ont apporté les civilisations différentes au cours d’innombrables siècles - et dont nous avons à en être fiers - disparaîtra dans l’oubli de cette tourmente.

Tout comme Israël doit rester au Moyen-Orient car il y a toute sa place historique, il faut que les chrétiens y restent aussi : leur place est la même.

Hélas, nous n’en prenons pas le chemin.