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samedi, 28 novembre 2020

DÉSORDRES & CONFUSIONS

BILLET de  François VAN DE VILLE

Faits de société, Politique- Un grand rassemblement s'organise aujourd'hui, à Paris et quelques autres villes, à propos d'un projet de loi dit de "sécurité globale", et précisément sur l'un de ses articles : le 24.

Curieux rassemblement autour de ce qui n'est encore qu'un simple projet de loi toujours en gestation entre sénat et assemblée nationale tendant essentiellement à préserver nos forces de maintien de l'ordre de tout acte de répression individuelle pouvant les mettre en danger, eux et leurs propres familles.

Porterait-on atteinte à la liberté de la presse garantie par notre Constitution ?

On comprendrait mieux une telle manifestation si elle concernait une loi parfaitement élaborée, adoptée et votée et auquel on s'opposerait démocratiquement et de façon motivée quant à ses effets. Or il n'en est rien. Et ce d'autant que le fameux article 24 semble faire l'unanimité de tous, à tous échelons de l'état, pour son actuelle rédaction très controversée à l'issue de son premier examen par les députés.

Malaise qui finit par susciter désordres et confusions.

Face à ce malaise, le gouvernement a d'abord tenté de former une commission qui aurait été chargée de rédiger autrement la partie controversée de ce projet de loi. Mais aussitôt beau tollé des élus qui, à juste raison, protestent aussitôt à ce qui leur parait être une sorte de dessaisissement de leurs prérogatives parlementaires. Out aussitôt pour cette commission avant qu'elle ne soit formée.

Parallèlement, alors que ce projet de loi vise à protéger nos forces de l'ordre, voici que celles-ci s'illustrent par des excès qu'elles semblent parfois assez mal maîtriser :
• d'abord une évacuation brutale de migrants ayant installé leurs tentes Place de la République, alors qu'on peut s'interroger pour savoir qui a incité ces désespérés étrangers à s'y installer, en sachant fort bien qu'ils en seraient chassés immédiatement par tous moyens. Provocation probable pour ébranler un Ministre de l'Intérieur mal supporté par certains opposants.

Malaise.

• peu après, autre grave incident saisi par une caméra de surveillance où l'on surprend encore des forces de l'ordre brutalisant un jeune quidam de couleur se rendant sur son lieu de travail et portant ensuite sur lui les traces d'une violence dont on comprend mal la raison, hormis une sorte de défoulement assorti d'injures racistes qu'une enquête diligentée tentera peut-être d'éclaircir.

Autre malaise.

Ensuite le Préfet de Police de Paris prend la décision d'interdire cette manifestation, ne serait-ce que pour les raisons sanitaires Covid-19 et ne pas surcharger les forces de l'ordre d'un travail qui les concernait directement quant à ses raisons d'être. Mais, hier, le Tribunal Administratif de Paris a suspendu l'arrêté d'interdiction signé par le Préfet. Beau pataquès en vue face à cette manifestation désormais autorisée.

Malaise.

Comment le Préfet, en charge des forces de l'ordre à Paris, va-t-il contrôler une manifestation qu'il avait interdite mais qu'aujourd'hui la Justice lui impose quelques heures seulement avant son déroulement et dans le contexte tant de sécurité que sanitaire auquel il est confronté bien malgré lui ?

Tout ceci ressemble plus à de la provocation qu'un simple concours de circonstances, provocation d'autant inflammable dans les circonstances de confinement qui met gravement mal à l'aise des pans entiers de la population qui conteste ce confinement sur bien des points.

Espérons qu'un peu de sagesse évitera d'ajouter trop de désordres à ces confusions.

lundi, 27 juillet 2020

LES NOUVEAUX TYRANS

Billet de  François VAN DE VILLE

hygienisme.moral.jpg- Hier, dimanche 26 Juillet, était organisé l'hommage au Père Hamel, ce prêtre assassiné lâchement il y a 4 ans alors qu'il célébrait un office religieux dans sa paroisse de la paisible campagne normande.

L'émotion était forte : une marche silencieuse précédait cette cérémonie, en présence de la sœur et de la famille du martyr, et d'autres témoins de cet assassinat qui ont pu échapper à ce massacre qui se voulait collectif. Était présent aussi, auprès des autorités civiles, militaires et religieuses, le Ministre de l'Intérieur (en charge des cultes) qui avait fait le déplacement à l'occasion de ce douloureux anniversaire.

Tout se serait déroulé dans la dignité et le recueillement si des profanateurs ne se seraient pas infiltrés pour perturber cette cérémonie. Une honte !

Oh, quoique ces braillards ne soient pas très nombreux, ils n'hésitent cependant pas à brandir des pancartes aux slogans ineptes propres à nourrir les colonnes ou les écrans des réseaux sociaux filmant à profusion cette profanation.

On peut observer que moins ces braillards sont nombreux, plus ils se croient légitimes et constituer une sorte d'avant-garde. Ils s'acharnent sur leurs victimes désignées comme sur des "monstres" qu'ils ont délibérément choisis pour cibles au nom de "grands principes" qu'ils entendent défendre par tous moyens. Hier, leur "grande cause", choisie au hasard, était le droit des femmes victimes - comme depuis des siècles de partout dans le monde, hélas - de viols de mâles momentanément surexcités. Et d'estimer que ces viols ne sont pas assez poursuivis par la Justice, ou avec trop de lenteur, comme pour bien d'autres méfaits tout autant condamnables et qui tardent souvent - peut-on le nier ? - à être examinés. Mais, aux yeux de ces braillards, c'est la société toute entière qui serait complice de ces lenteurs judiciaires.

Il est vrai que notre société est depuis longtemps chloroformée au spectacle permanent de tous ces actes délictueux de tout genre et d'autre importance qui abreuvent les colonnes de nos gazettes ou de nos écrans. Mais nos braillards entendent, eux, au nom des "grands principes", réveiller notre société, quitte à la bousculer par tous moyens qu'ils imaginent fondés : ils veulent même instituer des tribunaux de la rue plus expéditifs.

Hier, le Ministre de l'Intérieur s'est vu invectiver de "sale violeur" au nom d'une morale qui voudrait condamner, par la seule voix de la rue, tout individu suspecté par n'importe quel quidam (sans même connaître la crédibilité de ses accusations), d'avoir enfreint la morale et avant même que la Justice en soit saisie, enquête, examine, fonde sa propre conviction pour envoyer éventuellement le présumé coupable devant le Tribunal de la République.

Pour ces braillards peu scrupuleux, peu importe l'hommage au Père Hamel. Peu importe non plus le devoir de mémoire à son martyr et le recueillement qu'il impose : il fallait à tout prix faire du "buzz". Il leur fallait vomir leur haine : la défense de leur cause n'avait aucune limite, ni par le droit, ni par la solennité des moments qu'ils profanaient. Ils brandissaient déjà, au nom de leur morale, leurs piques virtuelles au bout desquelles ne manquaient que les têtes de leurs victimes.

On parle beaucoup actuellement "d'ensauvagement" de notre société. Je crains fort qu'il ne s'agisse surtout de la tyrannie naissante de certaines minorités pour qui la seule morale est celle de leur propre loi qui passe par dessus toutes les autres.

Si l'on n'y prend garde, notre société entière est donc en danger face à ces tyrannies émergentes au nom d'une purification morale qui ne sera rien d'autre qu'une purge aveugle et sans loi.

jeudi, 09 juillet 2020

RASSEMBLEMENT, OU AMATEURISME ?

nîmes-métro.pngLe nouveau Président de l'Agglo de Nîmes, en connaisseur pourtant aguerri de la dureté d'une campagne électorale hors normes habituelles, ne se montre pas à mes yeux très "rassembleur" pour donner toutes ses chances à cette agglo qui va devoir traverser une période particulièrement difficile de par la situation économique internationale. C'est regrettable.

D'abord l'élection elle-même du Président montre des failles importantes : seules 79 voix sur 105 ont voté en faveur du nouveau Président. C'est une élection parfaitement légitime et incontestable. Mais quand on sait que dans ces 79 voix se trouvent toutes celles issues du groupe RN (ex-FN), à côté de celles des seuls LR, ceci pose une question d'ordre moral. Se souvient-on, lors de l'élection en 1998, d'un Président (ex-RI) de la région Languedoc-Roussillon, élection obtenue grâce aux voix non sollicitées du FN qui avait fait pousser des cris indignés d'orfraies à ceux qui contestaient même avec force la validité de cette élection ? Quand on sait qu'une large partie des électeurs de l'agglo a refusé de nouveau, en 2020, de s'allier avec le RN, et qu'on constate que cet apport de voix RN n'a soulevé aucune mention étonnée de la part de l'orateur nouvellement élu, on peut se poser des questions quant au "rassemblement" souhaité. Comment sera perçu ce rapprochement bienveillant, voire complice, entre le candidat LR et le groupe RN. Il semble que certaines géométries ont varié avec le temps. Je doute fort que les esprits aient tous suivi le même chemin.

Ensuite, quand on se veut "rassembleur", et même si une campagne électorale a dénoncé avec vigueur certains comportements ou choix au sein de l'exécutif municipal sortant, une maturité politique veut qu'une fois la campagne achevée et les urnes ayant rendu leur verdict, on oublie tout cela et on n'use pas d'une tribune pour régler des comptes, même pour satisfaire des tiers amis protecteurs. Quand je lis : "La méchanceté est la caractéristique des personnes souffrant d'infériorité", de qui parle-t-il ? D'un adversaire qui aurait profité d'une campagne électorale pour dresser des accusations mensongères qui pourraient faire l'objet (éventuel ?) de poursuites judiciaires, ou de l'orateur lui-même qui n'ignore pas les épées de Damoclès sous lesquelles il est lui-même placé dans l'attente des poursuites judiciaires dans lesquelles il est mis en accusation ? Oui, la maturité politique exige qu'on use de tout autre langage quand on se veut "rassembleur". Et surtout quand le contexte national actuel est aussi changeant et laisse paraître qu'avant peu des alliances - autres que celles avec le RN - s'imposeront à beaucoup pour exister ou convaincre les électeurs de demain.

Enfin, faire procéder à l'élection de 15 vice-présidents de l'Agglo qui ne sont, très majoritairement, que des proches amis du nouveau Président élu, n'est pas non plus un bon signe de "rassemblement". Cela fait un peu "amateurisme".

dimanche, 14 juin 2020

LE JOUR D'APRÈS

Billet de François VAN DE VILLE

- jour d'après.jpgInviter les Français à se réinventer, alors qu’ils échappent tout juste au Covid-19 qui, aujourd'hui encore, les menace, les inviter aussi, « en même temps », à surmonter une crise sociale sans précédent connu, cela risque de faire beaucoup.

« Sachons nous réinventer, moi le premier », avait déclaré le Président de la République dans l'une de ses allocutions spéciales de crise.

Dans ce domaine, il n'hésite pas, voire quelques fois avec un peu de grandiloquence. Mais utiliser alors le mot « réinventer », c’est pas mal. Mais, c’est aussi quelque peu décourageant que de proposer aux Français de se réinventer : c’est leur dire que dès après le virus, ils n’auront encore rien vu, ni rien fait.

Emmanuel Macron avait promis un nouveau monde. Il le poursuit aujourd’hui. Il proposait alors aux Français d’accélérer pour qu’ils sautent dans le wagon de tête de la course à la mondialisation. Il évoque aujourd’hui les vertus du temps long, de la sobriété carbone. Comme si le « en même temps » n’avait valu que pour faire opportunément sauter les frontières entre droite et gauche. Comme si on n’avait pas d’autres choix que la lessiveuse de la globalisation, celle qui dope la croissance mais rend fou, ou le retour exclusif à la terre qui, elle, «ne ment jamais».

On a en réalité besoin de mondialisation et de circuits courts. On a besoin et de vitesse et aussi de lenteur. On a besoin de se projeter mais aussi de se concentrer. On a besoin d’équilibre, mais certainement pas de se réinventer tous les trois ans.

À quelques heures où le Président doit à nouveau s'adresser gravement ce dimanche aux français, à un moment charnière situé entre le confinement et le retour tant aspiré à une vie normale, je souhaite effectivement qu'on dessine un vrai projet d'avenir, mais avec une vision à long terme.

mercredi, 27 mai 2020

L'AUTRE DÉFI DU PARI EUROPÉEN

Billet de François VAN DE VILLE

Merkel-macron.jpg- Voici quelques jours, fort nombreux sont ceux qui ont salué avec enthousiasme l'accord conclu entre la chancelière allemande - Mme Merkel - et le Président Macron. Ils ont eu raison car cet accord a peut-être sauvé notre Europe commune, du moins celle imaginée par les textes fondateurs, alors que les réticences précédentes et sans faille de Mme Merkel ne cessaient d'en retarder l'ambition.

En fait, cette initiative, un peu tardive hélas, des 2 principaux dirigeants européens prévoit un transfert de richesses - 500 milliards d'€ - et davantage de compétences pour sauver l'UE d'une mort possible, même si encore fort improbable.

Ces 500 M€ seraient donc destinés aux régions et aux secteurs de l'UE les plus touchés par le Covid-19, et ils seraient supportés par l'ensemble des pays membres : ce serait la naissance ET d'une Europe de la Santé, ET d'une Europe des transitions écologiques et numériques, ET encore d'une Europe ouverte sur le monde, mais moins naïve et plus pragmatique face aux hégémonies naissantes d'un peu partout.

"Un sacré programme" ont écrit des observateurs.

Oui, l'Europe était donc devenue vulnérable : elle subissait des pressions considérables, pressions venues d'états-continents qui ne voulaient surtout pas d'une Union Européenne puissante. Et il n'y avait pas que Mr Trump pour s'y opposer avec la virulence de ses sautes d'humeur.

Les propositions avancées communément par la France et l'Allemagne sont donc des réponses directes aux menaces de ceux-là. Et, issues de l'intérieur même de l'Europe elle-même, elles font aussi face à certains gouvernements européens qui cèdent facilement aux sirènes nationalistes. On les connait tous : ce sont toujours les quelques mêmes. Peu importe !

Il fallait aussi veiller à ce que les pays du Nord ne laissent pas ceux du Sud sombrer sous peine de voir ceux-ci tomber ensuite - et eux aussi - entre les mains d'autres démagogues qui ne cherchent, eux, qu'à fermer les portes.

Notre continent européen ne peut pas non plus davantage dépendre des chinois, ou encore des indiens, pour équiper, par exemple, ses propres populations de masques quand il en a besoin, ou nous fournir constamment en médicaments, même ceux de base les plus courants de nos armoires à pharmacie. Notre continent ne peut non plus demeurer ce "nain" numérique dominé par les États-Unis aux humeurs devenues aussi fantasques de par le fait de ses présidents de passage. Enfin, l'Europe doit aussi se protéger des distorsions de marché créées par des nations récemment émergées et prenant soudainement place dans les relations économiques.

Tout cela est donc fort bien pensé et bien répondu par nos deux dirigeants, enfin réunis dans un même projet ambitieux et homogène.

MAIS…. Oui il y a aussi des "mais"….

Il reste maintenant à persuader les autres états de l'UE de la pertinence des propositions franco-allemandes. Et là, la partie n'est pas la plus facile : même certaines réticences naissent aujourd'hui au sein de l'État Fédéral allemand lui-même, pas seulement pour des raisons constitutionnelles (où les règles du fédéralisme peuvent être ressenties comme bousculées par la prédominance des lois européennes sur celles fédérales), mais aussi face à une certaine éthique économique des populations allemandes pour lesquelles celle-ci prime toujours sur toute autre facilité financière. Et surtout quand cette facilité est accordée au bénéfice d'états régulièrement trop dépensiers. Et là, le regard se tourne aussitôt vers notre hexagone français, perpétuellement déficitaire depuis le septennat du vertueux Giscard d'Estaing ! Voici bientôt 40 ans de cela.

Dure équation à laquelle la France va devoir faire face alors que, d'ici peu, des centaines de milliers d'emplois vont disparaître dans notre hexagone, entraînant de possibles autres désordres ou exigences en surplus de celles déjà accordées.

Un autre pari à gagner : il n'est pas le plus simple. Mais il faudra bien l'affronter si nous voulons continuer à exister face à un monde qui change dans ses profondeurs et comme dans ses exigences.

jeudi, 07 mai 2020

CAUSES ET CONSÉQUENCES

Billet de François VAN DE VILLE

causes.png- Aujourd'hui, le gouvernement entame - non sans hésitations entretenues de tous bords - la délicate opération du "commencement" d'un déconfinement des français où ils étaient placés depuis 2 mois face à une situation autant inconnue qu'imprévisible.

Tous ont hâte qu'on en finisse au plus tôt de toutes les contraintes supportées dans l'immensité et les diversités de leurs quotidiens, même les plus intimes. Mais beaucoup ont conscience que ce déconfinement ne sera définitivement achevé que lorsque les scientifiques de toutes nations se seront accordés sur l'élaboration d'un vaccin sécurisant toutes les populations de près de 200 nations concernées. Et de convenir que cela ne se sera vraisemblablement obtenu que dans de fort nombreux mois malgré la gigantesque mobilisation scientifique et médicale que cette pandémie a entraînée.

Mais, dès le commencement de cette opération de déconfinement, tous ont bien conscience que celle-ci n'est pas sans risques. Et c'est là alors que les réflexes de certains peuvent surprendre.

Qui dit "risque" évoque nécessairement "danger" inconnu. Et, à ce sujet, nous voyons paraître aussitôt une autre épidémie : celle de la défiance. Cette épidémie-là touche apparemment plus la France que d'autres nations proches et amies. Il paraîtrait que cela concerne surtout les populations d'origines "latine", donc aussi notre France.

C'est un fait et une évidence incontestables : les français mesurent actuellement les plus mauvais scores de confiance, non seulement envers leurs gouvernants - avec une forte dose présente d'hostilité, - mais aussi de confiance mutuelle entre citoyens. Et, comme dans toute épidémie, comme celle du colonavirus, on voit déferler une vaste vague de suspicions dont nul n'est maintenant totalement épargné. Les maires craignent chacun que l'un de leurs administrés ne les attaque, y compris pénalement, si l'un de leurs enfants contractait le virus lors de la réouverture de leur école. Les patrons de grandes sociétés de transport public écrivent au Premier Ministre pour demander que leur responsabilité civile, et aussi celle pénale, ne soient pas engagées dans l'exécution de leurs obligations qu'ils découvrent au fur et à mesure des textes abondamment édités nouvellement.

Ce phénomène de défiance, mais aussi de suspicion, est particulièrement développé en France par de nombreuses expériences, hélas souvent malheureuses, dues à une judiciarisation particulièrement développée de notre société, les textes protecteurs se révélant souvent insuffisants quoiqu'innombrables. Et, face à cette difficulté, on tend "in fine" à responsabiliser l'État malgré tout le bardage de ses lois. L'État ne peut plus se contenter d'être le payeur, ni même d'être celui qui assure tout le monde, il devient aussi LE responsable, LE coupable de tout ! Et on n'évitera pas les plaintes en Justice comme ultime recours contre tout ou rien.

Je lisais récemment que les services hospitaliers reçoivent chaque semaine ±150 circulaires, décrets et arrêtés qui se cumulent aux milliers d'autres qui les précédent. C'est impraticable en fait. Mais chaque arrêté pris isolément peut être regardé isolément en Justice. C'est une impasse. (On avait déjà connu en France un "Code du Travail" qui ne comportait pas moins de 3.500 pages alors que partout ailleurs il ne tenait aussi efficacement que dans quelques centaines)

Mais, ce que craignent alors les acteurs publics, c'est la vindicte du même nom : loin de l'esprit critique, c'est une sorte de prurit polémique qui saisit le corps social. Nous sommes placés dans l'arbitraire le plus total : les réseaux sociaux, déjà sources de toutes les confusions et autres errements, se nourrissent aussi de réquisitoires et de procès d'intention.

LA DÉFIANCE FRANÇAISE

Les français n'ont qu'une "croyance très vacillante" dans leur République pour leur assurer un avenir meilleur. C'était déjà évident en Avril 2017, avant l'élection d'Emmanuel Macron : 53% des français estimaient déjà que la démocratie française "fonctionnait mal", 71% d'entr'eux n'avaient "pas confiance" dans les institutions républicaines, et 89% "non plus" dans leurs partis politiques ou syndicaux. L'élection de Mr Macron, qui a suivi de peu, n'est pas parvenue à inverser ces scores.

La France est frappée d'une sorte de mélancolie, mélancolie contre elle-même, mélancolie contre l'Europe, un mélange confus de colère et d'abattement. Et ceci se traduit par les taux d'abstention atteints dans nombre d'élections essentielles : aux législatives de 2012, l'abstention était déjà de 44,59%, elle est passée à 57,26% en 2017. Le calamiteux "quinquennat" voté en 2000 sur l'initiative de Jacques Chirac ? Approuvé, lui, avec une abstention de 69,8% : ce qui fait dire que cette fâcheuse loi fondamentale n'a été approuvée qu'avec ±30% des français qui se sont prononcés réellement. Et pourtant on sait combien cette modification de nos institutions a bouleversé leur esprit même et a joué dans la place et la vision qu'on a aujourd'hui de l'État.

Me souvient l'adresse sévère du Président Pompidou à son Premier Ministre de l'époque, en 1966 - un dénommé Jacques Chirac aussi - qui lui présentait de nouveaux textes législatifs qu'il avait établis : "Mais arrêtez donc d'emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez les français vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays !". C'était il y a plus de 50 ans !

Et on a vu ensuite ces trop-pleins de textes autorisant à nos gouvernants tout et leur contraire : - il y a eu la déception venant d'un Mitterrand changeant de politique à 180° dès la 2ème année de son septennat devant ses décisions désastreuses, alors que beaucoup attendaient de lui toute autre chose - on a vécu les décisions hasardeuses d'un Chirac confus dans ses raisonnements - celle d'un Sarkosy promettant un "karcher" que nul n'a jamais aperçu - les sinuosités d'un Hollande fréquemment chancelant - et, aujourd'hui, un Macron décidé de manier le balai dans tout çà avec une ardeur très juvénile, mais qui peut déranger des habitudes fort bien établies.

La France apparait un peu comme un malade qu'on saurait atteint d'une bonne grippe, mais face auquel on s'étonnerait qu'il face aussi de la fièvre. On confond la cause avec les conséquences de la maladie.

Et pourtant les innombrables défis que nous aurons, demain, à affronter, dans un environnement planétaire où tout est bousculé jusqu'au plus profond des destinées de chacun, n'autorise plus cette sorte de suspicion caractérielle, de défiance généralisée qui est une autre pandémie dont les conséquences risquent d'être plus redoutables encore que celle du Covid-19.

Rien n'est, ni ne sera simple, et pour personne. L'effort à accomplir est gigantesque face à une situation qui nous replace à 70 ans en arrière, où tout est à rebâtir, à réécrire, voire à réinventer. C'est un effort de solidarité nationale, mais exigeant à tous les niveaux de décision quels qu'ils soient.

Notre pays, nos populations ont envie de "vivre" : cessez donc de les encombrer un peu plus par une pluie incessante de textes tatillons et minutieux à l'extrême, qui ne créent que confusion et désordre général.

Il nous faut libérer avec courage le pays de ce mal endémique qui le paralyse sans cesse.

15:19 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 18 avril 2020

ÉTAT D'URGENCE

Billet de  François VAN DE VILLE

état.jpg- Les parlementaires ont autorisé, voici quelques semaines, le gouvernement à légiférer par ordonnances pour adapter l'économie à la crise sanitaire prévisible, mais dont on ne soupçonnait pas encore l'ampleur qu'elle allait prendre..

Ces mesures sont donc "provisoires", comme le précise le texte de loi. Mais cette notion de provisoire est vague dans son libellé, il faut l'admettre.

En effet, un premier amendement proposait la date du 31 Décembre 2020 : le Sénat a proposé de le réduire à "deux mois". Mais il est vraisemblable que ce délai soit devenu trop court vue l'évolution de cette pandémie et la nécessité de ne déconfiner les populations que très progressivement seulement au-delà du 11 Mai 2020. Il est donc fort probable que ce délai sera prolongé à la demande du gouvernement.

Mais, si l'on se réfère à un autre état d'urgence, celui restreignant les libertés individuelles adopté dans un consensus quasi général au lendemain des attentats du 13 Novembre 2015, on se rappelle que certains s'étaient alors inquiétés des conséquences de ces mesures et du danger de leur pérennité. Le gouvernement de Mr Hollande d'alors avait juré tous ses grands dieux que.... Mais force est de constater, qu'ensuite, une autre loi de Novembre 2017 a inscrit dans notre droit des mesures qui vont dans le même sens que celles de l'état d'urgence initial et ont fait assez mal au pacte social qui passe désormais par dessus le pouvoir judiciaire.

Il est donc normal que l'on se soucie de la forme et du délai d'application de cet "état d'urgence".

Celui-ci vise actuellement et essentiellement les aides aux entreprises menacées par la paralysie actuelle, et l'économie en général, mais aussi de faire reculer certains droits de salariés, ce que l'on peut comprendre aussi : les congés payés peuvent être imposés par l'employeur, la durée du travail modifiée, les repos hebdomadaires désanctuarisés, etc….

Mais, qu'on le veuille ou non, c'est bien un recul de certains droits que l'on croyait jusqu'ici "acquits" et donc devenus "intouchables". C'est une nouvelle réalité temporaire à laquelle on se doit de plier.

Mais la question est aujourd'hui de savoir jusque quand.

jeudi, 16 avril 2020

L'EUROPE : PEUT MIEUX FAIRE ?

Billet de  François VAN DE VILLE

politique,mouvement démocrate- L'Europe, confrontée soudain à un choc que nul ne pouvait imaginer il y a encore quelques semaines seulement, a bien failli se montrer sous le jour le plus désespérant, montrant à nouveau son impuissance face aux égoïsmes chroniques venus de tous horizons.

Cette fois-ci, ce sont les Pays-Bas qui se sont montrés particulièrement inflexibles face aux grandes attentes de l'Italie, ce pays étant celui, en Europe, le plus touché par cette pandémie qui n'a pourtant épargné personne. Un vaste débat s'est alors ouvert pendant plusieurs jours, avec ses tergiversations habituelles sur les "grands équilibres" budgétaires que certains défendaient comme un paravent contre tout errement sacrificiel. Face à cette difficulté à s'entendre, l'idée a pourtant germé dans les esprits d'une "mutualisation" de la dette. Une porte s'ouvrait, mais ce n'était pas la dernière à franchir.

Les choses, en effet, n'étaient pas aussi simples qu'il n'y paraissait : en temps de guerre - car chacun admettait que la lutte contre le virus était bien une guerre dont on n'avait pas d'autre choix que de la gagner, ou de périr - les individualismes des uns et des autres - j'allais dire des uns contre les autres - n'ont que faire de l'urgence solidaire. Ce n'est pas nouveau dans l'histoire des nations, même réputées amies.

Mais il faut reconnaître que, dans ce débat qui s'est montré particulièrement âpre, la France et l'Allemagne, enfin sur la même longueur d'onde, ont pesé de tout leur poids dans la balance pour une décision finale : après plusieurs jours d'échanges tendus, un accord a été conclu "au forceps", vendredi dernier, accord qui est une (première ?) réponse au coronavirus…. à 500 milliards d'€.

Je reviens sur ce chiffre qui est important : ces 500 milliards sont donc devenus disponibles immédiatement, dont 240 milliards pour les dépenses de santé, 100 milliards pour les mesures de chômage partiel, et 200 milliards pour un fonds de garantie ouvert pour des prêts aux entreprises en difficulté.

Mais, malgré l'importance de cette somme, on ne peut que la comparer aux 750 milliards accordés séparément au plan de soutien allemand, aux autres 300 milliards de prêts garantis à la France, montant auquel il faut rajouter 100 milliards pour le plan d'urgence français. Mais il faut aussi compter les 2.000 milliards accordés au plan de soutien des USA, partenaire incontournable de l'Europe et actuellement en périlleuse difficulté (quoi qu'en dise Mr Trump dans ses tweets).

Cette valse étourdissante de gigantisme de ces chiffres laisse cependant à penser que, même s'ils étaient justifiables face au chaos semé par le virus, l'Europe aurait pu cependant faire mieux encore.

Je m'explique : l'Union Européenne, première puissance commerciale du monde, a un produit intérieur brut disponible de ±15.000 milliards d'€. Que pèsent donc, en regard, les ±500 milliards accordés ici, les autres ±1.100 milliards à divers plans européens, et enfin les ±2.000 milliards accordés aux USA ? L'Europe est loin de s'être ruinée !

Quand on parle donc de "mutualisation" de la dette (autre nom de la "solidarité" entre nations), quand on s'appelle aussi "Union Européenne" et qu'on occupe cette 1ère place mondiale, peut-être faudrait-il donner un sens plus large au mot "Union" ? Un petit effort s'il vous plait !

Saluons cependant cette première démarche qui a permis de faire sauter de nombreux verrous jusqu'ici très contraignants, le déficit économique de la France, par exemple, explosant soudain de ±3% à ±9%, et sa dette globale augmentant de 15 points de notre PIB. Ce n'est pas réjouissant, mais que de meubles à sauver !

Mais quels autres lendemains cela nous réserve-t-il ? La question reste posée.

jeudi, 09 avril 2020

L'ESSENTIEL ET LE DÉRISOIRE

Billet de  François VAN DE VILLE

combat.jpg- L'absence de confiance est devenue une sorte de sport national, et pas seulement en France.

Absence de confiance non seulement envers nos dirigeants, quels qu'ils soient, mais aussi envers leurs propres oppositions. Et quand cette défiance se généralise comme aujourd'hui, quand elle atteint même une sorte de complotisme obsessionnel, la tendance naturelle porte les populations à ne miser désormais que sur elles-mêmes.

Cette absence de confiance dégénère ensuite spontanément en réflexes surprenants : on peut alors observer la naissance d'une sorte de processus de défiance généralisée, quel que soit le pays concerné.

Dans un premier temps, comme quand parait un danger pressant comme celui brutal du Covit-19, ce sont les dirigeants de ces pays qui enregistrent spontanément un regain de popularité, surtout si celle-ci, pour de multiples raisons, était plutôt en perte sensible quelques jours auparavant. D'où un certain étonnement des populations qui se surprennent d'elles-mêmes.

Dans un second temps, très proche du premier, ces mêmes populations commencent alors à commenter les décisions prises par leurs gouvernants : comme par exemple si l'on prend l'exemple français, dans la lutte entreprise contre ce virus dérangeant toutes habitudes, en deux semaines d'écart seulement, le degré de confiance a chuté de 18 points de l'estrade gravie quelques jours auparavant. Puis, un peu plus tard, en phase trois du même processus, pour couronner cette défiance, les français trouvent finalement à 73% que leurs dirigeants "n'étaient pas à la hauteur de la situation".

Cette versatilité des opinions n'a rien d'exceptionnel en soi. Mais le phénomène virus l'a accéléré à une vitesse inouïe.

La phase quatre du même processus est plus surprenante encore : la population s'est découverrte soudainement experte en matière de savoir médical. Que n'a-t-on pas lu ici ou là au-dessus de signatures plus ou mois connues et qui se hasardaient à déclarer tout et son contraire ? Et voilà que paraissait notamment sur les plateaux des médias un personnage nouveau en blouse blanche, un peu atypique par ses abords non conventionnels, fort respecté cependant de beaucoup - je veux parler du Professeur Raoult, praticien marseillais - qui affirmait, non sans aplomb et arguments divers solidement exposés, qu'il existait un produit depuis longtemps banalisé - la "chloroquine" - qui était susceptible d'arrêter selon lui l'évolution du "coronavirus" que d'autres prétendaient ne pouvoir freiner faute de vaccin ou autres remèdes spécifiques appropriés.

Et cette apparition a fait soudain exploser un autre combat : celui d'une médecine de teinte méditerranéenne, face à celle plus continentale (j'allais dire plus "parisienne") qui prédominait dans les avis dits "autorisés" de ceux qui les écoutaient soigneusement.

Cet autre combat - qui n'était plus seulement celui contre le Covit-19 - succédait à un autre qui rappelait quelque peu celui antique des Horaces et des Curiaces. Et tous de s'y engouffrer : non seulement les médecines de tous bords et de toutes origines, mais leurs soutiens ou scientifiques, ou politiques, ou de circonstance, ou encore des opinions plus diversifiées issues de personnes.... n'ayant aucune compétence en médecine !

Et l'on a alors vu les français, quand on les interrogeait, même ceux n'ayant jamais ouvert le moindre livre de médecine, répondre à 59% que la "chloroquine" du Dr Raoult était un traitement plus efficace pour combattre notre virus envahisseur.

Plus encore, n'a-t-on pas vu ou entendu ensuite des oracles issus de nos politiques entrer dans ce combat et y prendre partie ou pour l'un, ou pour l'autre camp ! Que d'âneries n'a-t-on pas lues ou entendues, même issues de personnalités fort honorables ! Un journal national a même paginé : "La chloroquine, les français y croient !". Le débat devenait doctrine populaire, et voilà que la presse s'en faisait le relais à son tour.

Nous n'étions alors plus dans le domaine de la science ou des chercheurs, mais dans celui de la croyance. Une étoile nouvelle était née du côté de Marseille, comme hier à Bethléem : voilà un nouveau sauveur qu'il fallait célébrer, pour les uns, ou combattre, pour les autres. Nous étions passés du registre de la raison à celui de l'émotion.

Que penser de ces réflexes incontrôlés, et incontrôlables, des opinions qui vont et viennent au gré des courants et autres réseaux sociaux ?

N'attendez pas de moi que je prenne ici position dans ce débat digne d'autres époques, et non de la rationalité scientifique : je n'ai aucune compétence en la matière, comme l'immense majorité des français. Et cependant, chaque soir, ceux-ci applaudissent leurs soignants issus de différentes écoles scientifiques et qui en appliquent les consignes transmises par nos gouvernants.

Mais je suis cependant tenté d'affirmer que, quelque soit le résultat en cours d'élaboration des effets possibles de cette "chloroquinine", je préfère que ce combat se situe exclusivement entre scientifiques eux-mêmes et ne sorte pas de ce cadre-là : l'opinion publique n'a rien à y faire. Et que nuls autres ne s'en mêlent, et encore moins les "politiques" dont ce n'est pas, pour l'immense majorité d'entr'eux, le métier de médecin ou de chercheurs scientifiques : leurs interventions ne seront jamais que source de confusions et de cacophonies dont nos opinions n'ont nul besoin en cette période.

La France a, aujourd'hui, un redoutable combat à gagner : celui contre le Covit-19. Il ne convient pas de s'en distraire et d'en mener d'autres parallèles.

Mais il convient aussi de nous préparer à cet autre combat, économique celui-là, bien plus redoutable encore que notre actuel virus, et dont nul ne connait la profondeur des abîmes où celui-ci risque de nous y entraîner comme jamais dans nos mémoires cela ne fut connu dans notre Histoire : le pire risque d'être devant nous. Et là, ce sera plus sérieux encore.

Ne quittons donc pas l'essentiel pour le dérisoire.

vendredi, 06 mars 2020

C'EST AINSI....

Billet de  François VAN DE VILLE

article.jpg- Sous la V° République voulue par Charles De Gaulle, l’article 49-3 en est l'un de ses éléments constitutifs. Ce qui n'empêche pas que son utilisation peut parfois s’avérer difficile.
 
En pleine menace du « coronavirus » qui gagne de jour en jour plus de terrain et son cortège de peurs, à quelques jours d'un scrutin local incertain pour beaucoup, on avait presque oublié que la réforme des retraites poursuivait son chemin.

Après l'élimination d'abord du « haut-commissaire aux retraites », Mr Jean-Paul Delevoye, lequel avait pourtant œuvré sur ce projet pendant près de 2 ans et suscité des milliers de rencontres avec tous les partenaires sociaux concernés, après ensuite le déluge de dizaines de milliers d'amendements « bidons », tous rédigés par une petite poignée de députés désirant surtout retarder longuement tout vrai débat - amendements tout droit inspirés de la lecture de nos dictionnaires de synonymes - voici lancé le recours ultime, que beaucoup présageaient, du 49-3 pour délivrer l'Assemblée du piège où elle était devenue enfermée.

On ne s’ennuie guère en V° République !

Charles de Gaulle, qui avait donc bâti notre Constitution à sa haute mesure, estimait que la V° République était avant tout « un esprit des institutions et une pratique…. pour assurer aux pouvoirs publics l’efficacité, la stabilité et la responsabilité ».

Emmanuel Macron, beaucoup plus tard dans sa campagne des présidentielles et son livre-programme de 2016 « Révolution », emboîtait les pas du fondateur de notre V° République. Mais, précisait-il, « c’est dans la pratique que réside l’essentiel des changements à opérer ».

Le candidat Macron, élu entre temps Président, chahuté depuis maintenant seize mois par la contamination des « Gilets Jaunes », au lieu de ces « changements à opérer » comme il le préconisait, n’a finalement rien changé de la pratique du 49-3, avec la complicité tacite d'Édouard Philippe, son Premier Ministre.

Tous deux en avaient parfaitement tant le droit que toute la légitimité constitutionnelles. Et ce droit ne pouvait varier au gré de quelque circonstance qui soit : il était unique et pleinement ouvert. Il fut assumé.

Pourtant, Emmanuel Macron avait déclaré aussi avoir gardé un souvenir amer du 49-3 lorsqu'en 2015, Manuel Valls - alors Premier Ministre de Mr Hollande - en fit usage à trois reprises successives pour imposer ses lois sur l’activité, la croissance et l’égalité des chances économiques.

On pouvait cependant penser que le délicat chemin vers le système universel des retraites méritait, lui aussi, des débats en profondeur plus aboutis. Mais l'avalanche irraisonnée des amendements l'en a brutalement empêché.

Désormais, une fois le 49-3 passé, l’Assemblée a déjà pu examiner le second volet de cette réforme : celui de la « loi organique ». Les deux volets de ce projet de Loi peuvent maintenant partir au Sénat pour un examen, fin avril, voire probablement début mai, après la « conférence de financement » des partenaires sociaux, conférence elle-même laborieuse à réunir aussi largement que souhaité.

Donc, « être efficace, c’est en finir avec le bavardage législatif », écrivait encore Emmanuel Macron dans son ouvrage de candidat. Affirmation qu'il a bien retenue et appliquée à la lettre.

De son côte, le Premier Ministre savait aussi que l’usage du 49-3 aurait vraisemblablement un prix électoral sur les toutes proches élections municipales : le cap risque désormais d'être assez glissant. On le verra le 15 Mars prochain.

Il est donc maintenant nécessaire de convaincre l'opinion. Mais, en si peu de jours, est-ce vraiment possible ? Et ce au-delà du poids des réseaux sociaux où on y lit souvent n'importe quoi et son contraire ; au-delà aussi des crises ou des peurs virales du moment. Il faudra donc bien se résoudre à accepter un probable verdict des urnes, aussi imprévisible puisse-t-il être.

C'est ainsi en V° République gaullienne ! Nul ne pouvait donc rien y changer... comme certains pourtant le prétendent encore.

16:09 Publié dans DÉBATS | Lien permanent | Commentaires (0)