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jeudi, 30 janvier 2020

COMMENT PEUT-ON OSER ?

COMMENT PEUT-ON OSER ?

Ce que je lis dans la presse locale depuis 48 heures m’interpelle.

Dans le cadre des futures élections municipales de NÎMES, je lis qu’un des candidats, et non des moindres et que pourtant je respecte pour avoir été l’un de ses collaborateurs élus, ce candidat se propose donc, si sa liste l’emportait, de soutenir pour présider « Nîmes Métropole » l’un de ses proches compagnons de parti.

Jusque là, rien d’anormal ou de très courant.

Mais, ce qui me choque, c’est que cette autre personnalité ainsi choisie par le candidat est actuellement inculpée pour 3 chefs différents de faits que la Justice lui reproche et qui, toutes, concernent ses précédents rapports avec notre collectivité nîmoise. Ce sont :

  • Trafic d’influence
  • Tentative de trafic d’influence
  • Favoritisme dans la gestion d’un organisme public (marchés publics)

Ce n’est pas rien.

Certes, cette personnalité attend de comparaitre devant un Tribunal pour être jugée sur ces 3 chefs d’inculpation et plaide momentanément sa « présomption d’innocence ». C’est son droit le plus strict de citoyen de l’invoquer pour sa défense et nul n’est en droit de le préjuger.

Mais, à supposer que cette personnalité proposée à la Présidence de « Nîmes Métropole » soit élue par la nouvelle assemblée sortie des urnes en Mars prochain puis, ensuite, le moment du jugement venu, condamnée pour tout (ou partie) de ces 3 chefs d’inculpation (et ne serait-ce que d’un seul), comment concevoir que ce Président puisse continuer de recevoir la confiance des électeurs : de toutes manières il devrait démissionner sur le champ et un autre Président (Qui ? Mystère !) élu à sa place.

J’ai l’habitude des choses claires et transparentes, surtout quand il s’agit des nécessaires rapports entre les électeurs et leurs élus. Comment peut-on oser proposer aux électeurs un futur élu à l’avenir aussi incertain au regard de la Loi ? C’est la question que je pose.

Dans la vie publique, il faut avoir un certain courage devant les responsabilités qui nous sont confiées, et en faire montre.

Je ne doute pas que cette personnalité plaidera sa bonne foi devant le Tribunal et je sais qu’il en aura le talent nécessaire. Mais, dans ce cas, et tant que le Tribunal n’aura pas rendu son verdict, il faut avoir le courage des faits et des situations, même si cela exige momentanément un dur effort d’humilité sur soi-même.

À mes yeux, j’estime qu’il est indécent, vis-à-vis des électeurs eux-mêmes, de se proposer à une telle responsabilité – car la Présidence d’une instance communautaire n’est pas une petite affaire de par le rôle que la Loi lui a désormais accordé – et tant que le risque d’une possible condamnation ne sera pas définitivement éliminé, il est du devoir de tout candidat d’attendre avant de prendre tout engagement public de ce niveau. 

Cette personnalité reste libre, évidemment, de sa décision et je la respecterai. Mais il appartiendra aux électeurs de savoir et dire à quel niveau ils souhaitent que la vie publique soit totalement transparente dans tout engagement.

 

P.S. : J'atteste ici que ce billet est tout-à-fait personnel et ne m'a été inspiré ni dicté par quel qu'autre candidat à quelqu'élection que ce soit. Il n'engage pas non plus la famille politique à laquelle j'adhère.

18:39 Publié dans VIE LOCALE | Lien permanent | Commentaires (0)

WASHINGTON & TÉHÉRAN

WASHINGTON & TÉHÉRAN

Billet de  François VAN DE VILLE

iran.usa.jpg- L’animosité entre les États-Unis et l’Iran n'est pas nouvelle : elle existe depuis quarante ans. Mais l’assassinat récent du général iranien Soleimani par un drone US a créé une tension grave…, une de plus.

Certes, l’incertitude stratégique qui s’ouvre avec la mort de ce général emblématique apparaît dangereuse. Mais, au risque d'en décevoir certains, la probabilité d’une guerre ouverte, qui planait déjà dans les esprits, reste heureusement très faible, voire nulle.

Qui pouvait en effet imaginer des centaines de milliers de soldats américains réexpédiés au Moyen-Orient, après les fractures irakiennes et afghanes ? Qui pouvait concevoir le retour quotidien aux États-Unis de cercueils, recouverts du drapeau étoilé ? À moins de dix mois de l’élection américaine, Donald Trump pense d’abord à lui et sa campagne de réélection.

Qui peut aussi prévoir la réaction en chaîne, engageant la Russie et la Chine, qui viennent de partager avec l’Iran des manœuvres navales dans le détroit d’Ormouz ? Ceux-ci seraient les premiers à inonder les braises.

Américains et Iraniens jouent pourtant avec ce feu depuis de longs mois et surtout depuis l’avènement de Donald Trump : celui-ci a ravivé l’animosité datant de la révolution islamique de 1979 en retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et en relançant les sanctions économiques. Un non-sens.

En éliminant par drone ce général iranien, chef de la force Al-Qods - corps d’élite des Gardiens de la révolution - les États-Unis poursuivent leur bras de fer sur un pari très risqué : affaiblir l’influence iranienne au Moyen-Orient, établie de l’Irak au Liban, en passant par la Syrie de Bachar al-Assad.

Mais Mr Trump, qui ne brille pas spécialement en matière de culture diplomatique, semble ignorer que les Iraniens ont un défaut : ils sont perses, et non pas arabes. Çà change tout.

Leur présence encombrante, que ce soit au Liban comme en Irak ou en Syrie, est déjà dénoncée dans la rue de ces pays devenus "occupés" par les iraniens. Mais cette bataille du rejet pourrait tout aussi bien se retourner contre les Américains eux-mêmes, hypothèse possible qui semble n'avoir jamais traversé l'esprit de Mr Trump.

Les deux "belligérants" - États-Unis et Iran - ont donc tout intérêt à la désescalade. "L’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu une négociation" relevait Mr Trump lui-même dans un de ses twitts à l'emporte-pièce. Une lueur de lucidité du côté US ?

Alors, à quand le dialogue entre Washington et Téhéran ?

samedi, 25 janvier 2020

RENCONTRE AVEC EDGAR MORIN

RENCONTRE AVEC EDGAR MORIN

edgar morin.jpgComme chaque année, le Festival de la Biographie de NÎMES attire en cette période d'innombrables auteurs et écrivains, mais surtout aussi des milliers de visiteurs qui se pressent devant chaque stand pour consulter les ouvrages proposés à la vente. Mais surtout pouvoir dialoguer avec les auteurs eux-mêmes présents.

Cette année j'ai eu le plaisir de m'entretenir avec un auteur, écrivain et philosophe, initiateur de la "pensée complexe", membre du CNRS et riche d'innombrables expériences dans de nombreux domaines, y compris le cinéma. Cet auteur est Edgar MORIN.

Quel merveilleux dialogue avec ce personnage hors du commun, lui-même âgé de 98 ans, à l'œil toujours vif, au regard souriant, et à la langue chaleureuse et pertinente.

Je lui ai acheté un de ses tout derniers ouvrages (édité en 2019) : "Les souvenirs viennent à ma rencontre". Titre qui attise particulièrement la curiosité (je lui ai confié !). Il a dédicacé de sa main ce livre à François VANDEVILLE Junior à qui j'aurai le plaisir de lui remettre lors d'un de ses prochains passages en France, en espérant qu'entre 2 occupations dans son ambassade mexicaine, il trouvera le temps de le parcourir.

 

17:15 Publié dans LIENS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 24 janvier 2020

RETRAITES : PAS BONNE MÉTHODE

"RETRAITES : PAS BONNE MÉTHODE !"

retraites.jpg- Le tête à tête entre des syndicats (trop conservateurs, certains archaïques), et un exécutif (trop technocratique) a exclu les Français et esquivé les vrais objectifs.
 
Discuter deux ans avec les syndicats de salariés de la réforme des retraites pour déboucher finalement sur une grève reconductible, bête et méchante, (même si elle s'effiloche quelque peu), c’est assez dire que le choix de la méthode n’était pas le bon. Cela n'a que trop duré. Erreur d’approche du gouvernement d'une part, mais aussi le conservatisme obtus de nombre des confédérations nous ont mis dans la panade.

La méprise de l’exécutif - peut-on pour autant lui reprocher ? - est d’avoir cru que l’avenir des retraites devait se concevoir dans la plus grande discrétion, entre représentants des salariés, ceux des entrepreneurs, et lui, alors que le sujet est l’un des plus politiques qui soient.

Pour le coup, c’est d’un vrai grand débat dont on aurait eu besoin. Certains pensent que ce sont les Français qui auraient dû se prononcer sur ce qui sera leur lot dans la dernière partie de leur vie. Car ces choix ne sont pas qu’économiques : Quelles cotisations ? Quelles pensions ? Combien de trimestres et quel âge pour accéder à la retraite ? Ces choix définisseront aussi le type de civilisation que nous voulons.

La vie ne peut plus être radicalement coupée entre études, vie active et retraite. On doit pouvoir être formé, et former soi-même, tout au long de la vie. Si on ne peut plus courir après les voleurs, monter sur les toits, manipuler des corps malades à 65 ans, on peut assurer de la prévention, utiliser des machines, accomplir des tâches administratives. Plutôt que de verser une pension à un individu jeune et en pleine forme, on peut créer des emplois qui font défaut aujourd’hui, notamment dans des perspectives solidaires et écologiques.

Un conseil des ministres a arrêté ce 24 Janvier le projet de loi qu'il communiquera très prochainement au parlement pour qu'il délibère. Mais on apprend aussi que ce texte ne comporterait pas moins de 1.000 pages.

Comment nos députés vont-ils pouvoir examiner sur le fond, et en si peu de jours, un tel document ? Comment rassurer la population lorsqu'on lui annonce que le futur régime universel sera rédigé dans un tel volume d'articles et probablement aussi complexes que notre Code du Travail devenu illisible pour beaucoup ? Comment assurer que les 42 régimes spéciaux que les français voulaient voir abolir, quand on prend connaissance d'une foultitude d'exceptions que l'on distribuera à tout va dans le cadre de la pénibilité de certains métiers ?

Et l'on voudrait que les français soient rassurés et confiants dans leur futur régime de retraite ? C'est un défi.

Ce chantier aurait du, au contraire, permettre de mieux comprendre en quoi un système universel n’est pas un système uniforme. Il aurait pu amener à prendre en compte les spécificités des métiers, là où l'on peut rencontrer des cas de pénibilité, mais pas dans le seul et très court objectif de partir le plus tôt possible, en payant le moins possible de cotisations, et pour une pension la plus élevée possible.

Non la méthode n'est pas la bonne, même s'il y a volonté que le futur régime soit meilleur et plus égalitaire que le précédent devenu à bout de souffle.

Pour ma part, je crains que les craintes demeurent encore longtemps.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du MoDem du Gard

jeudi, 23 janvier 2020

ÉTRANGE PARADOXE

"ÉTRANGE PARADOXE"

Politique,Mouvement Démocrate- Quel étrange paradoxe que ce pays où les différends sociaux se règlent dans la rue, mais qui est aussi celui qui attire le plus les investisseurs.

Pendant qu’une quinzaine de militants CGT de l’énergie s’introduisaient dans les locaux de la CFDT - "des collabos" aux dires de certains - pour couper le courant, 200 patrons de groupes mondiaux se réunissaient parallèlement à quelques kilomètres de là autour d’Emmanuel Macron. Pendant que ces "révolutionnaires" de la CGT réglaient leurs comptes aux "sociaux-traîtres" de la CFDT, de grandes entreprises étrangères annonçaient des milliards d’investissements…. au pays des Gilets Jaunes.

Car, c'est vrai, la France est redevenue attractive.

En 2018, elle suscita plus d’investissements étrangers sur son sol que l’Allemagne. Et, en 2019, plus encore qu’en 2018. Nous profitons du trouble créé en Grande-Bretagne par le Brexit, de celui de la difficulté des Allemands à recruter, mais aussi de la politique de l’offre choisie sous les quinquennats précédents et renforcée par le Président Macron. Nous n’avons certes pas comblé des années de désindustrialisation, mais le savoir-faire français reste un atout maître, un socle solide pour rebâtir.

Cette reconquête industrielle est-elle compatible avec une vie sociale qui s’offre, comme actuellement, des convulsions nationales à un rythme rapproché ? Eh bien oui, parce qu’en France nous nous payons le luxe d’avoir deux vies sociales.

L’une de ces deux vies est celle au sein des entreprises et/ou des administrations où le dialogue, quotidien, presque devenu prosaïque, porte sur les conditions de travail les plus concrètes et les plus essentielles, là même où la CGT signe des accords par milliers. Et l'autre de ces deux vies est celle où il y a les grandes réformes : et c’est là l’occasion, pour les syndicats, de se montrer et d’entrer dans une sorte de jeu de rôles, celui de mettre du monde dans la rue, de faire perdurer la grève, plus que de négocier. Pour eux, il s’agit là d’apparaître comme "purs", parce que plus intransigeants, dans la tradition des grands moments révolutionnaires qui ont périodiquement marqué l'histoire de ce pays. Au moins jusqu’à présent.

Il suffit donc de faire semblant, puis enfin de s’arrêter pour négocier…., si c’est encore possible de le faire. Ce qui n'est pas toujours évident.

Étrange paradoxe que ce pays, ai-je dit.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du MoDem du Gard

mardi, 14 janvier 2020

L'EUROPE FACE AU TERRORISME

"L'EUROPE FACE AU TERRORISME"

sahel.jpg- Le Président Macron a réuni cette semaine à Pau ses homologues du "G5 Sahel" (Tchad, Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso) pour tenter de resserrer les rangs autour de l’intervention des forces françaises.

Dans la guerre face au terrorisme qui s'étend sur toutes ces contrées, la France supporte de moins en moins de ne voir que l'horizon s'assombrir : - les États africains, dans les zones touchées, sont faibles et leurs armées impuissantes - les américains, dans l'obsession de Mr Trump de ne servir désormais que ses propres intérêts, entendent se désengager au plus vite - nos alliés européens ne participent à l’effort qu'avec trop de parcimonie.

Nos 4.500 soldats n’y suffisent plus, si bien que les forces terroristes gagnent du terrain et multiplient leurs attaques meurtrières.

Comme si cette absence de résultats ne suffisait pas non plus, des manifestations anti-françaises exigent, ici ou là, le départ de nos troupes sous couvert d'un prétendu "post-colonialisme". Même manipulés et minoritaires, ces mouvements achèvent de poser la question de l’opportunité d’une poursuite de l’opération "Barkhane" contre les groupes armés jihadistes présents, tant au Sahel qu'au Sahara.

À défaut d’un retrait, Paris est aujourd’hui amené à s’interroger sur les modalités de l’intervention et sur les soutiens de son action.

C’était la raison d’être de la rencontre des pays du "G5 Sahel", mais aussi du Secrétaire Général des Nations Unies, du Président de la Commission de l’Union Africaine, et du Président du Conseil Européen.

L’objet de ce sommet était clair dans l’esprit du chef de l’État français : la France ne risquera pas la vie de ses soldats, ne consentira pas autant d’investissements militaires, si la légitimité de l’intervention de ses troupes n'est pas réaffirmée par ses alliés africains, et si on ne la soutient pas dans une stratégie militaire redéfinie.

La question est de savoir si ces conditions d’un maintien des forces françaises seront acceptées, dans la durée, au-delà d’une déclaration de principe par les premiers concernés (les gouvernants africains) et par ceux qui délèguent tranquillement à la France, pratiquement seule désormais, ce rôle de gendarme d’une partie de l’Afrique, à savoir nos seuls alliés européens, après l'abandon de fait des USA.

Peut-on abandonner pour autant ? Ce qui se passe au Sahel ou au Sahara nous concerne directement : c'est une menace énorme pour notre propre avenir, comme celui de tout le continent européen.

Et de cela, si l'on n'en prend pas conscience immédiatement, demain il sera trop tard. Et il n'y aura alors plus de pompiers pour sauver nos meubles et garantir notre avenir.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du MoDem du Gard

vendredi, 10 janvier 2020

VAINQUEURS OU VAINCU ?

"VAINQUEURS ou VAINCUS ?"

Dans le conflit des retraites, et en attendant avec impatience un débouché dont nul n'ignore qui sera vainqueur ou vaincu - car il y aura bien quelque part un vainqueur et un vaincu - il semble que l'opinion réunit les uns et les autres dans une même impopularité.

Le Président, même à l'abri d'un Premier Ministre qu'il envoie au front des négociations, est impopulaire. Et son Premier Ministre l'est nécessairement tout autant. Et, côté adversaires, le secrétaire général de la CGT est tout autant impopulaire aussi. Comme le sont les cheminots, et/ou les conducteurs de la RATP, droits dans leurs bottes de vouloir "emm…" les français à tout prix dans leurs déplacements quotidiens.

Ces mêmes français, dans leur grande majorité, les renvoient cependant tous dos à dos, car convaincus que chacun reste coincé dans ses propres convictions et retranché dans ses positions. Et, face à cette guerre de tranchées, nul ne sait si les français soutiennent ou non la réforme proposée, après deux (trop ?) longues années d'études et de négociations, les uns voulant mettre à bas avec indignation les privilèges de certains régimes spéciaux devenus trop criards, les autres craignant que cette réforme n'impacte leur propre devenir de retraités. Tout prend forme d'impasse.

Les sondages se succèdent pour tenter chacun d'éclairer le champ de bataille en cours : aucun ne parvient à y apporter quelque réponse que ce soit.

Un éditorialiste ami avançait récemment l'hypothèse que ces contradictions relevaient d'un réflexe collectif de rejet et d'opposition systématique qui aboutissait, in fine, à refuser à la fois une chose et son contraire.

Les français auraient-ils désappris à dire "oui", à cesser de prendre tout risque de suivre qui que ce soit, ici le gouvernement et son collège d'experts ès-retraites, ou là les mouvements syndicaux, opposés aussi, ou non au projet, et les hordes montantes du tumulte de la rue ? Hormis des fantômes.

Je suis incapable de répondre ici personnellement à cette question. Mais celle-ci ne cesse de me tarauder.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du Modem du Gard

lundi, 16 décembre 2019

L'ÉPREUVE ANGLAISE DU BREXIT

"L'ÉPREUVE ANGLAISE DU BREXIT"

Billet de  François VAN DE VILLE

- politique,mouvement démocrate,faits de sociétéLes électeurs britanniques se sont prononcés, à l'exception notable et sans équivoque des écossais, des irlandais du Nord et de Gibraltar, pour lâcher les amarres qui les reliaient au vieux continent européen.

Il reste donc, désormais, au gouvernement anglais de définir les nouvelles relations entre ce "Royaume-Uni" (divisé maintenant entre plusieurs de ses nations qui postulent même leur indépendance pour rester proches de l'Europe) et l’Union Européenne. 

L'épreuve qui commence pour le gouvernement anglais est bien plus compliquée que ce qui vient de s’achever : il faut réinventer une autre nation, totalement souveraine et libre de son destin, mais désormais isolée sur son île.

Nous ne pouvons que souhaiter, pour les Britanniques comme pour les Européens, qu'une nouvelle relation s'établisse la plus harmonieuse possible. Mais ce sera difficile : l'Angleterre ne sera pas devenue notre ennemie, mais elle sera, demain, pour chaque nation européenne, un concurrent sérieux qu'elles devront désormais affronter.

Les négociations vont donc commencer entre la grande île et l’Union Européenne. Si elles ne sont pas achevées fin 2020 - ce qui est fort probable puisqu'il faut renégocier un à un les milliers de traités établis pendant nos années d'union (ces traités demeurant valides jusqu'au terme de leurs renégociations) - il n'est pas impossible que ce travail se prolonge pendant de très nombreuses années. Ce sera certes passionnant, parce que les tractations obligeront les Britanniques à faire des choix politiques, économiques, sociaux, environnementaux et décisifs. Avec, en permanence, une question de fond qui se rappellera à tous les Britanniques : "Pourquoi avons-nous, un jour, décidé de rompre avec l’Europe des 27 et son immense marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs ?". Question lancinante qui se posera à eux pendant des décennies.

En effet, si les nouveaux accords commerciaux avec l’UE ressemblent trop aux anciens (et le risque n'est pas nul), les anglais se demanderont à quoi bon ce départ, avec ses mélodrames, ses casse-têtes, ces contrôles sans fin aux frontières, les ports ou aéroports, pour en arriver là. Mais si les nouvelles relations doivent tourner le dos aux anciennes, les négociateurs anglais devront alors annoncer au peuple ce à quoi ils renoncent parmi les fameuses règles de Bruxelles, que beaucoup fustigeaient hier, mais qui avaient l’immense avantage de protéger et les travailleurs, et les entrepreneurs, et les consommateurs et leur environnement.

Et la question qui se posera alors, même si c'est trop tard pour revenir en arrière, sera : "Était-ce une bonne idée de quitter l'Union Européenne ?". Personne parmi nous ne recevra la réponse : seules les générations qui nous suivront la recueilleront.

lundi, 02 décembre 2019

LE DILEMME AFRICAIN

"LE DILEMME AFRICAIN"

mali.jpgL’hommage rendu aujourd’hui, dans la cour des Invalides aux treize soldats français morts au Sahel fait partie de ces images fortes d'émotion qui vous étreignent au plus profond de vous-mêmes. La parole portée par le Président de la République, sobre de mots, ne pouvait que recueillir le respect unanime de ceux qui l'ont entendue, y compris de celles et ceux qui vivaient dans leur chair le mari, le père, le conjoint disparu de leurs yeux dans ce drame épouvantable.

Au-delà de la dette imprescriptible que la France avait envers ces jeunes hommes tombés pour elle, quoi qu’on pense du bien-fondé de cet engagement militaire, c’était aussi se montrer respectueux de leurs sacrifices et redevables à ceux qui les ont consentis, avant même de s’interroger sur la pertinence de la décision politique qui est à l’origine de ces faits de guerre. Car c'est bien d'une guerre dont il s'agit.

Mais, une fois passée cette cérémonie, la question peut se poser encore, et avec persistance, de savoir pourquoi ces treize militaires sont allés s'exposer à la mort dans ces contrées si lointaines.

Pourtant, au-delà de ce questionnement, tout-à-fait légitime, il est évident que notre présence militaire au Sahel reste indispensable, même s'il elle n'a pas toujours convaincu de sa totale efficacité.

Qu'on le veuille ou non, l'Afrique est la porte la plus proche de l'Europe. Non, elle n'est pas lointaine : c'est une erreur de le penser. Des millions d'africains ne cessent de frapper à notre porte dans l'espoir de trouver chez nous tant et tant qu'ils ne trouvent pas, ou ne trouvent plus chez eux. Ils seront plusieurs dizaines de millions dans peu de décennies. Et la France, dont nombre d'africains partagent la langue et connaissent quelques bribes de notre culture et de notre société - que nous avons contribué à leur faire connaître depuis plusieurs siècles - est particulièrement sollicitée par cet attrait qu'elle suscite.

Il est inutile d'espérer que des barrières, qu'elles fussent maritimes, aériennes ou terrestres empêcheront ce flux puissant de gagner tôt ou tard nos propres contrées. C'est pure illusion que d'imaginer le contraire.

Protéger donc le continent africain de la peste contagieuse des Daech ou autre "état islamique", c'est se protéger nous-mêmes, protéger nos nations, nos cultures, donc protéger notre propre avenir. Et quand certains de nos dirigeants préconisent aujourd'hui que nos soldats "rentrent chez nous" et abandonnent le combat contre cette peste rampante, c'est nous enfermer dans l'une de ces politiques de l'autruche - que l'on ne connait que trop - où l'on ne veut ni rien voir venir ni entendre.

Évidemment, peut-on pour autant rester immobiles et silencieux face à certains comportements ?

• puisque la France est en pointe dans ce dur combat - et presque seule pour le conduire, comme un défi livré à elle-même - pourquoi l'Europe reste-t-elle aveugle et sourde face à ce danger qui frappera tôt ou tard tout le continent européen si rien n''est fait pour le contrer ? Pourquoi l'Europe ne contribue t-elle pas elle-même, par une plus forte implication, à ce combat au-delà de quelques contingents bien symboliques ?

• pourquoi les forces de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord !) chargées de protéger autant les côtes canadiennes ou celles US que toutes les rives au-delà l'Atlantique qui contournent l'Europe, pourquoi donc restent-elles indifférentes à ce combat qui pourrait bien un jour traverser l'océan si l'on laissait l'une de ses deux rives livrée à la peste ?

• pourquoi les états africains, où se déploient depuis tant d'années les forces françaises pour les consolider dans leur rôle de jeunes nations encore naissantes, pourquoi ces états se complaisent-ils dans une certaine incapacité à faire respecter leurs prérogatives sur la totalité de leurs territoires, abandonnant le reste à ceux qui veulent les dominer et renverser toute forme de démocratie, y compris eux-mêmes ? Pourquoi ces mêmes états se contentent-ils de notre soutien armé mais, dès lors que la France les pousse à prendre davantage de responsabilités dans l'exercice de leurs fonctions, pourquoi l'accusent-ils aussitôt d'ingérence dans la conduite de leurs affaires jusqu'à semer le trouble dans leurs propres populations ?

Cette absence de réponses à toutes ces interrogations, comme peut-être à d'autres aussi, peut nous conduire nous-mêmes à une certaine lassitude.

C'est un autre danger qu'on ne peut ignorer, même au-delà des hommages.

Il est temps, face à lui et ce qu'il peut induire, que la France réagisse désormais vigoureusement près ses partenaires. Quitte jusqu'à aimablement les bousculer un peu.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du MoDem  du Gard

mercredi, 20 novembre 2019

LA SEULE QUERELLE QUI VAILLE....

"LA SEULE QUERELLE QUI VAILLE...."

Billet de  François VAN DE VILLE

sauver.jpg- Nous vivons aujourd'hui dans un monde qui a, apparemment, perdu le sens et la raison.

Quand on voit, hier, une maison de retraite refuser d'admettre dans ses murs une personne âgée, dont la fin de vie approche, parce que cette personne refuse d'abandonner son habit religieux, marque de son engagement jusqu'à sa mort au service d'autrui, et particulièrement de ceux éprouvés dont elle était proche, on a perdu le sens et la raison de ce qu'est et doit être la laïcité.

Quand on voit, aujourd'hui, que des élus locaux veulent interdire dans leur commune la projection d'un film traitant du racisme politique, film réalisé, comme bien d'autres admirables, par l'un des plus grands cinéastes français actuels parce que celui-ci, aujourd'hui âgé de 86 ans, aurait eu, il y a près de 50 ans, alors qu'il sortait tout juste de son adolescence, des approches trop vigoureuses auprès du sexe dit "faible", et ceci au nom de la défense de ce même sexe et de ses légitimes droits, on a perdu aussi le sens et la raison de cette défense : en fait on la dessert désormais plus qu'on ne la sert. On va bientôt entendre résonner des "ras le bol" à ces campagnes outrageuses.

Quand, désormais, des français en grand nombre n'ont plus confiance en rien, qu'ils se sentent devenus inutiles dans une société hyper connectée qui les ballotte de courants en errements, qu'ils s'estiment n'être plus qu'un numéro de sécurité sociale au lieu d'avoir une véritable existence sociale, quand ils sont en proie à la désespérance, à la défiance et au déclassement, la préoccupation de nos dirigeants, plutôt que de se lamenter sur leur propre sort, devrait être de redonner du sens et de la raison à notre société plutôt que de les perdre en circonvolutions qui la désespèrent un peu plus.

Les plus anciens d'entre nous se remémorent peut-être de cette conférence de presse du Général De Gaulle, en Mai 1959, alors que la préoccupation des français était surtout la douloureuse guerre d'Algérie - dont, là aussi, les dirigeants de feue la 4° République y avaient perdu le sens et la raison d'être - on se souvient de la conclusion donnée à sa conférence :

"En notre temps, la seule querelle qui vaille est celle de l'Homme.

C'est l'Homme qu'il s'agit de sauver, de faire vivre et de développer"

Jamais ces mots n'ont été aussi actuels.

Oui, il faut redonner sens et raison à notre société en plein désarroi. C'est d'autant plus vrai à une époque où la culture de mort distille son venin par tous les pores de notre société.

Comment se fait-il qu'aujourd'hui les héritiers de Michelet, Malraux, Schumann, Aron, Rueff, voire aussi de d'Ormesson n'enfourchent-ils pas ce cheval de bataille au nom de la vie, en arborant les valeurs qui ont façonné notre société depuis des siècles et fondé celles éternelles de la France. Pourquoi ne pas mieux considérer l'Homme et ce qu'il ressent ?

C'est devenu une urgence. Celle de redonner à chacun sens et raison de vivre et d'espérer.

Parce que c'est notre seul salut.