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samedi, 02 février 2019

J.L. MÉLANCHON & M.LE PEN

"J.L. MÉLANCHON & M. LE PEN"

par  François VAN DE VILLE

politique,mouvement démocrate,faits de sociétéEn préférant rassembler le peuple, plutôt que la gauche, Jean-Luc Mélenchon a pris le risque de perdre à la fois ET la gauche ET le peuple.

Conséquence : Mr Mélenchon s’enfonce.

Il était perçu comme le meilleur opposant au Président de la République : Marine Le Pen vient de lui piquer le rôle. Il était abonné au groupe de tête des personnalités politiques les plus populaires : il vient de plonger à la 18° place, selon la récente enquête "Elabe". Il paie ses éructations pendant l’épisode des perquisitions, tout comme aussi ses répliques emphatiques où il confondait la République et sa propre personne. Il paie, enfin, sa soumission à un porte-parole égaré issu des Gilets Jaunes, tout comme son indulgence envers les violences engendrée par ce mouvement.

Le leader de La France Insoumise a tout joué : pour l’instant, il perd.

Il a cru bon aussi de parier sur une stratégie du peuple contre les élites et sur l’abandon de la classique union de la gauche : cela n'a pas marché. Il lui fallut donc, comme le lui reprochent aujourd'hui Benoît Hamon et nombre de ses ex-amis de l'ex-gauche, "quitter les rives de la gauche" pour espérer rassembler plus vite et plus large. Plus vite ? Mais en renonçant aux longs combats pour une "union de la gauche" que celle-ci connaît bien, mais en s’appuyant de façon fort opportuniste sur des éruptions sociales de tous ordres. Il a perdu ! Plus large ? Mais en ne faisant plus fuir le peuple avec un classique discours de gauche. Perdu encore !

Et, soudain, les GJ lui sont apparus comme un signe de l’histoire à lui seul adressé : l’insurrection populaire était là, la révolution citoyenne engagée. Il fallait donc, d’une main délicate et par une habile tactique, exacerber ce mouvement sans pourtant paraître le récupérer trop ostensiblement. Seulement voilà : en fait de délicatesse et d’habileté, les Français ont vu un vétéran politique, chaussé de ses gros sabots. Il a perdu encore.

À gauche, on lui reproche aujourd'hui de n’être plus assez de gauche. À droite, de n’avoir jamais été de droite. Et les partisans d’un populisme nationaliste ne le trouvent pas encore assez "national" : ils ont déjà, pour combler leur recherche de leader, ce qu’il fallait. Perdu encore pour lui !

Inconsciemment, Mr Mélenchon est donc, actuellement, en train de tenter de tirer les marrons du feu : mais cela se fait au seul profit de Marine Le Pen. Celle-ci lui dira-t-elle "merci" pour autant ?

Les "lendemains qui chantent" répondront à la question.

vendredi, 01 février 2019

LA CAMPAGNE DE DONALD TRUMP

"LA CAMPAGNE DE DONALD TRUMP"

par  François VAN DE VILLE

trump.jpgLa politique de Mr Donald Trump déconcerte la plupart de ses soutiens : elle inquiète tous ses alliés et elle menace les équilibres du monde entier.

Oui, mais voilà : elle consolide surtout la base électorale de Mr Trump : c'est là le seul objectif recherché.

Celui-ci a pris en effet une de ces innombrables décisions de plus qui n’ont d’autre but évident que de combler sa base électorale : en annonçant sa décision de faire rentrer au pays les 2.000 soldats américains présents en Syrie, Mr Trump a non seulement provoqué aussitôt la démission de son secrétaire à la Défense, le général James, mais elle a aussi alarmé les Israéliens (ses plus fidèles alliés au Moyen Orient), elle a trahi les combattants kurdes et elle a aussi affaibli les positions des Français, comme celles des Britanniques engagés dans la lutte contre l’État islamique : Mr Trump dessert donc tous les principaux alliés historiques des USA.

Et, suivant cette singulière logique, Mr Trump renforce indirectement son concurrent, la Russie, tout comme son ennemi juré, l’Iran, et même la Turquie, au grand dam de son partenaire saoudien.

Mais peu importe pour Mr Trump que les principaux membres de son administration le quittent les uns après les autres, que des sénateurs républicains, jusqu’ici fidèles, pointent publiquement ses décisions chaotiques, peu importe que ses alliés dans le monde se sentent méprisés, que les doctrines en cours ces dernières décennies dans la diplomatie américaine soient aussi abandonnées les unes après les autres : ce qui compte, pour Mr Trump, c’est que son instinct réponde aux attentes du noyau dur de son électorat, celui qui pourrait lui assurer sa réélection en 2020. Il n’est certes pas le premier dirigeant dans le monde à travailler à ce but, mais lui n’agit que pour ça, même si c'est au détriment de la nation qu'il dirige pour l'instant.

Ce que Mr Trump croit être son instinct, n’est que la résurgence de principes désuets, abandonnés depuis longtemps pour leur nocivité, et qu’il ressuscite en les caricaturant. Son isolationnisme ne fait que le lit de ses ennemis politiques, et son protectionnisme ne fait qu'affaiblir ses partenaires commerciaux.

Mr Trump construit, mois après mois, un monde qui finira par ressembler à ses plus noirs fantasmes. Et pour parachever ce grand œuvre paranoïaque, il rêve toujours de ce mur avec le Mexique, à 23 milliards de dollars. Il a même engagé un bras de fer avec le Sénat sur ce sujet qui a coûteusement paralysé l'administration américaine pendant de très longues semaines. Et, encore aujourd'hui, dans son bras de fer avec le dictateur vénézuélien - Mr Maduro - même si la cause parait être juste, il en soutient maladroitement son rival en le compromettant avec une maladresse qui trahit une certaine incompétence stratégique en matière de psychologie diplomatique.

Et tout ceci se fait toujours, et encore, avec le soutien total et exalté de son électorat bien particulier.

Ceci est fort dommageable, non seulement pour les USA, leur image et leur crédibilité dans le monde. Mais, aussi, les répercussions deviennent partout imprévisibles de conséquences : aucune nation n'y échappera. Et l'Europe toute entière en pâtira aussi, comme tous les continents.

mercredi, 09 janvier 2019

DE L'ALTERNANCE À L'ABSURDE...

"DE L'ALTERNANCE À L'ABSURDE"...

par François VAN DE VILLE

absurdite.jpgLa frénésie des alternances est telle qu’on veut aujourd'hui changer de Président au bout de dix-huit mois, à peine au tiers du contrat moral qui lie le Président élu avec les français qui lui ont accordé soixante pour atteindre les objectifs du programme envisagé.
 
De timides détestations  se sont donc lentement élevées sans que nous les ayons même ni perçues, ni entendues. Puis ont surgi celles soudaines, brutales même, des "Gilets Jaunes" : pendant à peine un mois, celles-ci sont devenues bruyantes, spectaculaires, mais se sont surtout axées contre la hausse des carburants et celle de futures taxes qui devaient l'accompagner sous prétexte d'écologie programmée de longue date.

Mais cette poussée de revendications a rapidement montré que ce mouvement des GJ, qui se disait alors "apolitique", a été travaillé aussitôt au corps par des partis politiques qui militaient en ce sens, notamment le "Rassemblement National" et/ou, encore très opportunément, son pendant d'extrême-gauche : la "France Insoumise". Ces partis y voyaient soudain le moyen de contester un pouvoir sorti des urnes de façon tout-à-fait imprévisible et hors normes habituelles, et mis en place pour cinq ans, mais dont les urnes ne leur furent pas très favorables, comme aussi à bien d'autres.

Ces détestations des GJ, d'abord très "terre à terre", ont glissé rapidement vers d'autres revendications plus générales touchant notamment le pouvoir d'achat des plus défavorisés que compte, hélas encore, notre société depuis des décennies d'indifférence.

D'abord affirmées "apolitiques", ces détestations sont vite devenues "politiques". Et elles ont alors favorisé la montée de toutes sortes de haines et de rejets : haine pour le Président de la République, hargne contre le gouvernement, mépris envers les partis politiques, indifférence vis-à-vis des syndicats. Personne n'y échappait.

Puis parut ensuite l'appel plus ciblé à la démission du chef de l’État, à la dissolution de l’Assemblée Nationale, à la suppression du Sénat, etc, etc… Un vrai et total déshabillage de toutes nos institutions républicaines. Les plus vindicatifs sans doute des GJ n'ont pourtant pas dissuadé une partie des Français de les soutenir moralement, même si, majoritairement, ceux-ci n'appréciaient pas du tout la forme de certaines contestations, tels les blocages de routes.

Enfin, on  a remis sur le tapis le vieux serpent de mer de la vie politique française : elle appelle, certes, des réformes en profondeur, mais celles-ci étaient déjà promises au programme en cours. Et d'imaginer ensuite le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), doublon du référendum populaire déjà permis par notre Constitution mais celle-ci à des conditions actuellement trop improbables. Mais certains tribuns en ont profité aussitôt pour ajouter à ce RIC leur petite sauce personnelle en le rendant "législatif, abrogatoire et révocatoire" : un retour à des conceptions d'organisation de notre société datant plusieurs siècles en arrière !

Bref : ces détestations ont cessé de l'être pour devenir une crise qui s’inscrit dans une logique ancienne devenue infernale.

Si l'on regarde le contexte de la vie politique française depuis les "Trente Glorieuses", la situation de la France se traduit par une succession ininterrompue d’alternances : à une majorité de droite se succédait quasi systématiquement une autre de gauche, et inversement, chaque majorité nouvelle détricotant aussitôt les règles précédemment établies. Seules les élections de François Mitterrand, et celle de Jacques Chirac, ne furent contrebalancées à cette routine que par d'opportunes cohabitations : à un Président de gauche, face à un Premier ministre de droite, on réélisait le Président, puis inversement.

Mais le résultat de ces expériences, inédites dans nos institutions, ayant déçu, on passa ensuite à la solution du quinquennat et de ses législatives organisées dans la foulée de la présidentielle pour donner "plus de cohérence" entre les chefs de l’exécutif. Mais, à son tour, cette solution, à l'usage, est devenue très discutable et l'on parle maintenant de changer de numéro de république ! Le cycle infernal !

Nicolas Sarkozy fut élu ; mais vite détesté. Il fut ensuite battu par François Hollande : mais celui-ci fut à  son tour rapidement méprisé et même empêché de se représenter. En 2017, les électeurs français tentèrent le tout pour le tout dans le registre du changement, en envoyant à l’Élysée un surdoué d'à peine 40 ans, jamais élu, qui proposait une espèce de synthèse rendant inutile toute alternance, puisque celui-ci se proclamait ET de droite ET de gauche à la fois. Et c’est ce même homme qu'aujourd'hui les GJ veulent renvoyer chez lui dix-huit mois après l’avoir élu !

En guise de réponse à nos problèmes institutionnels, on bloque  aussi vite toute tentative de changement à peine amorcée : nous voilà en pleine absurdité !

Pour ma part, sans pouvoir l'expliquer sur le fond, cette frénésie d’alternances semble traduire en réalité la difficulté des Français - peuple comme dirigeants - de s’adapter à un monde où la faiblesse de la croissance oblige à tout repenser, à tout remettre en cause, à discuter même notre propre place - y compris celle de chaque citoyen dans son environnement - face à une mondialisation croissante où, si nous n'y prenons pas garde d'urgence et si nous n'entreprenons pas les réformes nécessaires pour s'y adapter, notre société et ses valeurs seront vite englouties à tout jamais.

L'obscurantisme des grandes idéologies, issues de siècles dépassés, n'a plus place aujourd'hui dans notre monde, n'en déplaise à certains tribuns d'aujourd'hui. Ou le monde se bâtira sans nous, donc fatalement contre nous.

Notre devoir est de rester lucides, et d'y faire face. Ou nous disparaîtrons tous dans nos rêves évanouis.

mercredi, 26 décembre 2018

LA LEÇON ÉCOLOGIQUE DU PAPE FRANÇOIS

faits de sociétéÀ l'occasion des cérémonies de Noël, le Pape François a mis en garde contre une économie qui pillerait les ressources et encouragerait une surconsommation.
 
Dans son homélie, il ne s’est pas contenté d’appeler à la paix, ni davantage de plaider pour plus de fraternité envers les pauvres  : il a voulu donner un contenu plus concret, en dénonçant des comportements incompatibles, selon lui, avec la concorde et la charité.

Certains lui font le reproche d’être un pape de gauche, après un Benoît XVI qui préférait, lui, le recul et les hauteurs de la théologie, et après un Jean-Paul II qui, lui, était un artisan de la libération du joug communiste.

Ces critiques n’empêchent pas le pape François de conserver son cap social. Il a même ajouté une touche écologique dans cette homélie : «L’homme est devenu avide et vorace. Avoir, amasser des choses, semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie».

L’Église a toujours prévenu les fidèles contre les illusions de la possession matérielle. Mais François y ajoute une dimension plus directement politique : «Le petit corps de l’enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner».

En d’autres termes, le chef spirituel d’une communauté forte de 1,3 milliard de membres appelle à une consommation frugale, dans une économie du genre circulaire, dans un souci de justice sociale et dans le respect des limites des ressources naturelles disponibles.

Le pape a senti l’air du temps, en bon politique que doit être aussi le chef de l’Église. Pour rejoindre cette sensibilité, plus verte et plus sociale, qui se développe à travers le monde, il n’a pas eu besoin de tordre la doctrine de l’Église, mais seulement d’en cultiver un de ses versants.

Une façon aussi de donner des gages aux opinions des pays développés, toutes acquises à une extension sans fin des droits : celles-ci, en effet, n’admettent pas que l’Église freine aussi l'évolution des mœurs, au même titre que la surconsommation.

samedi, 08 décembre 2018

LE PÉRILLEUX MESSAGE PRÉSIDENTIEL....

"LE PÉRILLEUX MESSAGE PRÉSIDENTIEL"

macron.jpgBILLET de  François VAN DE VILLE

L’intervention prochaine annoncée du Président Macron sera décisive pour la suite  de son quinquennat. Il devra, en effet, montrer qu’il peut rassurer et réformer.

Sans être de tout repos, la journée de ce samedi 8 Décembre fut moins violente à Paris que les deux précédents samedis. Le Président de la République attendait ce moment pour, enfin, parler.

Qu’on le soutienne ou pas, on ne peut que lui souhaiter bon courage, tant il lui sera difficile de solder le mouvement, de rassurer l’opinion et de maintenir sa mission réformatrice tout en préparant les prochains rendez-vous électoraux.

D’autant qu’il aura cristallisé toute la détestation et la hargne qui se sont exprimées. Il va lui falloir s’adresser à une opinion dont la part la plus contestataire ne veut même pas l’entendre. Or, ce qu’il aura à dire nécessitera l’attention la plus vive. Parce que la crise qu’on traverse est aiguë et qu’il faut des gestes forts pour en sortir. Et parce que les raisons profondes du malaise exigent des explications qui ne peuvent être réduites à quelques formules.

La majorité des Français attend du Président qu’il prouve, par des décisions concrètes et d’application immédiate, qu’il a compris le désarroi de ceux qui travaillent et ne s’en sortent pas. Ce qui ne sera déjà pas facile mais de surcroît déjà insuffisant.

Les causes de cette révolte ne se réduisent pas à une insuffisance de revenus. La mondialisation et la numérisation de l’économie tuent des métiers et en créent d’autres, elles affaiblissent les classes moyennes, elles précarisent leurs enfants, elles cassent l’ascenseur social quand, au contraire, elles réussissent à d’autres, mieux formés, plus urbains, plus mobiles.

Or, le Président Macron est perçu comme le Président de ces seconds.

Pour devenir le Président de tous les Français, il doit améliorer le sort des perdants de la mondialisation et les protéger comme il l’avait promis. Il doit aussi expliquer ce grand bouleversement du monde et donner des assurances sur la capacité du pays à l’affronter. Et parier sur la capacité des Français à résister à la tentation démagogique.

Dure et périlleuse mission que ce message à faire passer.

dimanche, 25 novembre 2018

LES SANGLOTS LONGS....

LES SANGLOTS LONGS….

mouvement démocrate,politiqueLa journée de ce long et triste samedi 24 Novembre 2018, devant les images largement relayées de ce qui se passait à Paris, ont fait ressurgir en moi ce poème de Paul Verlaine ("Chansons d'automne") :

"Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'un langueur monotone".

Et de me rappeler que cette même strophe avait été utilisée le 5 Juin 1944 par les Alliés pour annoncer le débarquement du lendemain en Normandie. La France allait-elle vivre un nouveau bouleversement similaire à celui du 6 Juin 1944 où tout devait être renversé ?

Hélas, les images qui se cumulaient sous nos yeux ont vite témoigné des limites d’un mouvement, mais aussi de l’impuissance du pouvoir en place face à tant d'imprévus très habilement inorganisés par ce mouvement, mais ouvrant sur d’inquiétantes perspectives.
 
Ce 24 novembre 2018 ne figurera certainement pas au rang des épisodes les plus glorieux de l’histoire de France. Notre pays a su écrire, depuis d'innombrables siècles, de beaux épisodes revendicatifs, couronnés parfois, ou non, de succès, mais habités tous par autant d’espoirs et de colères.

En voulant absolument défier le pouvoir sur les emblématiques Champs-Élysées, encouragés habilement et de façon totalement ambigüe par Mme Le Pen, les Gilets Jaunes n’auront offert que le désolant et rageant spectacle de ces face-à-face avec les forces de l’ordre et de ces barricades incendiées.

Ce n’était pas ce que voulait, sans doute, la majorité des participants à ce mouvement : beaucoup avaient d’ailleurs préféré ne pas rejoindre la capitale, pressentant ce samedi parisien de violences inévitables et de totale pagaille. Le pouvoir, de son côté, avait prévu près de 30.000 participants…., et ils ne furent que ±8.000, (dont inclus quelques centaines de casseurs professionnels).... Mais ils n'étaient pas là où on les attendait précédemment.

Mais on ne peut nier pour autant que le fossé est si profond entre manifestants et pouvoir que la désignation, par les autorités, du Champ-de-Mars comme lieu de manifestation est apparue aux Gilets Jaunes comme un "piège" qui leur était tendu. Évidemment les images qui en seraient sorties de ±8.000 manifestants dans un espace prévu pour en contenir jusqu'à 1 million aurait plus évoqué des images burlesques de brebis égarées au milieu d'un vaste espace champêtre.

RÉSULTAT : tout le monde a perdu.

La sincérité des discours aussi variés qu'innombrables des Gilets Jaunes (dont on a surtout retenu la volonté de plus de "pouvoir d’achat" et plus de "considération") a été ruinée par leur refus de s’installer enfin comme un mouvement capable de formuler des revendications claires, et de les porter au plus haut niveau. En bref en capacité de dialoguer, au lieu de conspuer. Mais, chez eux, malheur aux têtes qui prétendaient dépasser toute autre. On sait le résultat de ces bannissements en nombre par crainte de la naissance d'un leader de plus dont ils ne voulaient pas être à la naissance.

Quant au pouvoir en place, quelle qu’en soit l’issue, il sort lui aussi affaibli de cette terrible séquence de ce désaveu populaire.

Contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, il n'a jamais surgi, nulle part en France et à nul instant, même aux "Champs", quelque indice que ce soit d'une possible "révolution". L'époque de la Bastille fait bien partie d'un passé révolu.

Certains, pour attiser cependant cette "révolution" qu'ils espéraient tant (il y a probablement des places à prendre !), ont fait diffusé sur les réseaux des images de type "chirurgicales" totalement déplacées et faisant appel aux plus bas instincts de l'humanité pour tenter de démontrer que les forces de l'ordre en place sur nos Champs Élysées n'étaient autres que la soudaine résurgence de troupes nazies attaquant de valeureux "résistants" désarmés.

Mais face à ceux qui voulaient à tout prix inciter et faire croire à l'existence viscérale d'une haine des forces de l'ordre "à la mode Zola" face au "bon peuple", s'est élevée aussi la voix de celles et ceux qui se sont étonnés de la remarquable retenue des forces de l'ordre et à laquelle on n'était que peu habitués, reprochant même au Préfet de Police de Paris (sous l'autorité duquel elles étaient placées) de n'avoir pas ordonné de fermer tout accès des Champs Élysées non contrôlé, avec fouille au corps préalable, comme cela se pratique régulièrement chaque fois que la sécurité y est menacée : les parisiens y sont largement habitués.

Aujourd'hui, face à tant de souffrances refoulées et déçues, le pouvoir semble vouloir répondre. Mais avec quels moyens qui n'hypothéqueraient pas l'avenir de la France déjà très compromis, comme l'est  celui de l'Europe tout entière avec la résurgence de tous les nationalismes et volontés de repli sur soi-même, de part et d'autre de tous les océans qui nous entourent ?

Et me revient alors la seconde strophe du poème de Verlaine :

"Tout suffocant et blême, quand sonne l'heure, je me souviens des jours anciens et je pleure".

Pour la France, au moment où elle est entourée de tant de périls, le moment n'est plus aux souvenirs des rêves brisés, et il n'y a plus de place pour sécher les pleurs. L'heure est arrivée de relever les défis. Et ils sont nombreux et redoutables.

Et pour cela tous doivent s'y atteler. Sans regretter pour autant les jours anciens où tant d'erreurs et de lâchetés ont été commises et qui nous ont conduits là à nous sommes aujourd'hui.

François VAN DE VILLE

vendredi, 05 octobre 2018

LES SENTIERS DU RÊVE

Les français ont perdu confiance.

Les français ont perdu confiance tant dans leurs institutions (d'où leurs questionnements fort nombreux maintenant vers une VI° république, malgré le bilan flatteur d'une V° qui leur a cependant apporté 60 années de paix, mais dont la grande majorité d'entr'eux n'a jamais connu la guerre pour évaluer aujourd'hui les bienfaits de cette paix durement reconquise), les français ont aussi perdu leur confiance dans la politique au travers de celles et ceux qu'ils ont chargé de dessiner leurs propres destins. Mieux : ils ont même perdu confiance en celles et ceux qu'ils se sont choisis voici un peu plus d'un an pour être, au sommet de l'état, leurs guides et les entraîner dans des chemins nouveaux et éloignés des routines stériles où d'autres les avaient conduits précédemment.

Devant cette perte de confiance, me revient en mémoire un texte écrit, il y a plus de vingt ans, par le regretté Alain Peyrefitte, l'auteur ô combien prémonitoire de "Quand la Chine s'éveillera", et qui affirmait dans son analyse du monde de demain qui se dessinait que : "La société de défiance est une société frileuse où la vie commune est un jeu à somme nulle, voire à somme négative : si tu gagnes, moi je perds". Alain Peyrefitte démontrait par là combien cette situation constituait la racine profonde du mal français.

Tout cela, tout ce mal, ressort donc aujourd'hui de ses profondeurs à l'heure où certains évènements récents brisent les rêves où de jeunes nouvellement venus et savamment prometteurs avaient su les séduire et les entraîner dans leurs projets, il y a peu encore.

Du rêve qu'ils avaient su faire partager, il semble qu'on revienne brutalement, par la force des choses, à la simple et dure réalité politique.

Or, à des problèmes politiques, il n'existe pourtant pas de solutions techniques univoques. La réalité est chose complexe et toute politique n'est faite que de clairs-obscurs qu'il nous faut affronter à chaque pas. Et ceci n'est possible que par la recherche des faits dans leur réalité et hors des fantasmes, et ce dans un nécessaire dialogue qui éclairera alors utilement cette recherche salvatrice de vérité.

Ce qui me frappe chez notre Président actuel, outre ses qualités naturelles, c'est son apparente difficulté à assumer l'exercice démocratique : il semble incapable d'accepter le dialogue contradictoire et se remettre en question. Un de ses proches dénonçait récemment l'immodestie de son entourage. Notre Président semble parfois en effet incarner ce qu'il y a de pire dans la gauche, c'est-à-dire son sectarisme éprouvé en toute bonne conscience.

Est-ce l'effet d'une jeunesse toujours prolongée mais encore insuffisamment éprouvée par le temps ?

Et j'en reviens donc à ce rêve initial, celui où il a su entraîner les français il y a un peu plus d'un an. De ce rêve fondateur, en est-il sorti depuis ? J'en doute.

En effet, les dialogues auxquels il se livre avec éclat, y compris dans des bains de foule qu'il semble affectionner particulièrement, même lorsqu'ils peuvent être houleux, sont-ils de vrais dialogues ? Ou seulement de ces dialogues qu'on peut avoir dans nos rêves mais qui ne sont jamais que des monologues dépourvus de réponse ou d'écoute. Est-il sorti de son rêve nourri d'ambitions qu'hier il avait su faire partager ?

Ce sectarisme - puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom - semble être en contradiction avec la perception qu'avaient de lui ses électeurs.

Est-ce pour autant une escroquerie ? Je n'en suis pas convaincu. Je pense que notre Président vit toujours dans son propre rêve nourri de beaucoup d'ambitions généreuses, mais qu'il n'en est pas encore sorti. Il ne s'est pas réveillé et il poursuit toujours ce rêve hormis les contraintes de réalisme qu'entraine pourtant tout usage du pouvoir.

Le réveil risque pourtant d'être éprouvant pour beaucoup. Ce qui a été semé durant ces derniers mois ne portera en effet de fruits qu'après un temps qui paraitra fort long, voire parfois tout-à-fait insupportable face aux légitimes impatiences des français.

Le dialogue non seulement s'imposera alors avec force, mais il devra cesser d'être des monologues rêvassiers éloignés des problèmes centraux de la politique à venir. Ceux-ci ne sont pas encore tous connus, mais ils tourneront sans doute autour de notre rapport à la souveraineté, à la technocratie, aux nouvelles frontières de la science et de la technologie, à la préservation de nos cultures et de nos environnements baignés de notre très longue et riche Histoire.

Au-delà des horizons politiques hérités du passé, les français ne se reconnaîtront donc que dans un monde où primera l'émancipation et l'épanouissement de l'être humain, sans discrimination aucune. Cela nous éloignera vraisemblablement hors des sentiers du rêve.

vendredi, 14 septembre 2018

LA SURPRISE Marc FESNEAU

ASSEMBLÉE NATIONALE : LA SURPRISE !

marc.fesneau.jpgCe 12 Septembre, l'Assemblée Nationale était appelée à désigner son nouveau Président suite à la démission de Mr François DE RUGY, nommé Ministre de la Transition Écologique pour succéder à l'emblématique Nicolas HULOT qui avait démissionné de cette charge un récent matin à l'ombre d'un micro radiophonique qui, peut-être, l'avait soudain inspiré.

On aurait pu croire que cette élection n'aurait été qu'une simple formalité : le seul groupe (LREM) détenant à lui seul la majorité absolue de l'Assemblée avec 312 députés, son Président, Mr Richard FERRAND, ayant toujours manifesté d'anciennes velléités pour accéder à la Présidence de l'Assemblée Nationale (et il ne s'en cachait pas !), il était donc apparemment évident qu'une avenue s'offrait à Mr FERRAND pour s'asseoir enfin au perchoir convoité.

Une procédure démocratique de désignation a cependant été organisée 48 heures plus tôt par le groupe LREM. Des candidates, certaines non dépourvues ni de talent ni de pugnacité, se sont manifestées pour prétendre "dépoussiérer" un peu le profil très masculinisé du poste. Mais rien n'y a fait : le Président du groupe n'a rien concédé au beau sexe et il fut investi par la majorité des membres de son propre groupe

Alors que tout paraissait donc bien "huilé", qu'un très discret soutien du "palais" semblait acquis pour assurer cette élection, ce mercredi, rien ne s'est passé comme prévu malgré le poids de la majorité du groupe LREM : la voie royale annoncée s'est soudain ensablée.

Hier donc, l'annonce des résultats de cette élection en a fait pâlir plus d'un, y compris le candidat désigné qui, quoiqu'élu au 1er tour (performance non négligeable, il est vrai), s'est soudain rendu compte des difficiles conditions de son élection.

Examinons les chiffres :

• le précédent Président élu en 2017 (Mr de RUGY) avait recueilli au total 353 voix. Mr Richard FERRAND, lui, n'a obtenu que 254 voix, soit une sévère "saignée" de 99 élus.
• Mr FERRAND, qui présidait la veille un groupe de 312 députés LREM, celui-ci ne lui a accordé que 254 voix : il lui en manquait 58.

Mr FERRAND a donc, certes, obtenu dès le 1er tour, la majorité requise pour être proclamé élu, mais de façon très étriquée (à 11 voix de majorité seulement). Une déconvenue : Mr FERRAND est devenu l'un des Présidents le plus mal élu de toute l'histoire de notre 5ème République.

Que s'est-il passé ?

La résurgence du MoDem

Chaque groupe présentant un candidat (ou une candidate) - LR, PS, LFI - tous ont fait le plein des voix de leurs propres députés. Mais 2 groupes ont cependant fait exception à la règle : les groupes LREM et celui MoDem.

Le premier nommé (LREM) qui compte dans ses rangs 312 députés, n'a apporté à son candidat désigné, je le rappelle ici, que 254 voix : 58 députés LREM n'ont pas voté pour Mr Richard FERRAND. Du jamais vu !

Le second nommé (MoDem) qui compte dans ses rangs 46 députés, à l'inverse du précédent, a dénombré, lui, presque le double des voix attendues, soit 86 au profit de son candidat désigné, Mr Marc FESNEAU, soit 40 députés supplémentaires et totalement inattendus. C'est la vraie surprise de cette élection.

Si l'on cherche d'où viennent ces 40 députés "inattendus" (quoique le vote soit secret), un simple décompte laisse penser que s'il était prévisible que "quelques" députés centristes (UDI, AGIR, Constructifs) dépourvus de leaders désignés pour les représenter, auraient porté leur choix sur le candidat MoDem.Mais eux tous ne dénombrant pas 40 députés, d'autres voix venaient donc d'ailleurs : il est devenu évident que des députés LREM ont voté pour Mr Marc FESNEAU et non pas pour leur propre candidat, Mr Richard FERRAND.

Il est vrai que si nul ne peut raisonnablement affirmer que le groupe MoDem ne soutienne pas la politique définie par le Président MACRON dans le programme pour lequel celui-ci a été élu, nombre de députés MoDem ont cependant le sentiment d'être souvent écartés des grandes décisions et réduits au rôle de simples "supplétifs" de l'écrasant groupe LREM. Et, en désignant Mr Marc FESNEAU comme leur propre candidat, ils ont voulu marquer que, sans quitter la majorité présidentielle, le MoDem représentait un courant propre, défendant ses valeurs historiques sociales et humanistes. Ce vote est une réussite éclatante.

LA PERSONNALITÉ de Mr FERRAND mise en cause ?

Pourquoi donc une telle déconvenue pour Mr FERRAND ?

Personnellement, je ne connais pas du tout Mr FERRAND, ni ne l'ai jamais rencontré. Militant socialiste historique implanté en Bretagne, je n'avais d'ailleurs nulle raison de le croiser dans ce cadre.

J'ai entendu, comme beaucoup, de nombreuses appréciations à son propos, dont certaines étonnamment très désobligeantes : "charisme de poisson crevé", "ringard", "vestige du vieux monde" (celui-là même que Mr MACRON orétend vouloir renouveler), etc…. Et j'en passe des meilleures.

Il ne m'appartient de juger quelqu'un que je ne connais pas du tout, et je respecte toujours a priori l'homme (ou la femme) qui défend ses idées, même quand il peut arriver que je ne les partage pas : c'est un principe auquel je me tiens.

Je ne jugerai pas davantage son parcours, certes quelque peu sinueux qui a mené Mr FERRAND de passer des certitudes "socialistes" aux convictions "macronistes". Je ne m'arrêterai pas davantage non plus aux péripéties judiciaires auxquelles il serait confronté pour des raisons dont seule la Justice peut s'en saisir. Je ne peux que souhaiter à Mr FERRAND qu'il deviennent l'une des grandes voix qu'on a entendues au cours de l'histoire et descendues de la tribune qu'il préside désormais. Je ne le jugerai qu'à son action dans sa nouvelle mission. Je ne fais aucun procès d'intention.

Mais il est évident que je ne suis pas seul à m'interroger sur l'apparent "désamour" que semblent lui porter certains élus du groupe qu'il présidait hier, mais ont refusé de voter pour lui.

Je laisse à d'autres talents le soin de répondre à cette interrogation, si réponse il y a un jour.

jeudi, 05 avril 2018

MACRON/BAYROU : La proportionnelle à 15% ?

Ce qu'il y a de rassurant au MoDem, c'est l'émergence que l'on observe aujourd'hui - et plus qu'intéressante - de nouvelles têtes qui, peu à peu, infléchissent le mouvement, à la fois dans une certaine fidélité à la ligne Bayrou, mais le sortent du piège où celui-ci l'avait involontairement placé par des choix parfois mal maîtrisés (ou souvent incompris) et qui avaient fini par marginaliser le mouvement.

Ce glissement est bienvenu : Bayrou, quelle que soit l'amitié et l'estime que nous lui portons, s'éloigne doucement des horizons où sa très longue expérience l'avait placé. Il a écrit de belles et grandes pages de l'histoire de notre famille politique, mais, comme pour tous les beaux livres, il est des pages qu'il faut savoir tourner, sans oublier pour autant celles qui ont été écrites précédemment.

C'est ce moment-là qu'on est en train de vivre. Bayrou est de moins en moins écouté (on le constate !), mais d'autres voix s'élèvent au MoDem avec brio : je ne doute pas qu'elles prendront le relais et sauront maintenir le cap de notre fidélité à nos idéaux.

jeudi, 15 mars 2018

80 Km/H : L'ARNAQUE

accident-route_sn635.jpgOn peut s’étonner qu’une mesure limitant, à partir du 1er Juillet prochain, la vitesse à 80 Km/H sur toutes nos routes (hormis les autoroutes) soulève un tel émoi : ne répond-elle pas pourtant aux meilleures intentions du monde, à savoir de réduire le nombre de décès dus à la circulation qui, même s’ils sont en baisse constante depuis plusieurs années, sont toujours trop élevés ? Même si l’on pouvait ne sauver qu’une seule vie, cela se justifierait déjà largement.

Hélas, une grande majorité d’usagers de la route reste très sceptique sur la portée réelle de cette mesure. Et on peut les comprendre.

Le gouvernement lui-même aide peu pour convaincre les contestataires : on nous dit que des tests ont eu lieu sur des zones « accidentogènes ». Mais on entoure aussitôt leurs résultats d’un silence total : curieux ! Mais, comme tout finit par se savoir, on découvre « sous le tapis » que ces tests sont très loin d’être probants : pire, ils sont plus que décevants pour convaincre les sceptiques par rapport aux gênes nouvelles des contraintes imposées lors de ces essais.

Mais, comme nos gouvernants actuels ne veulent pas faillir à leur réputation de vouloir « tout changer », (il y a des « images de marque » à préserver à tout prix !) on s’est dirigé vers les solutions les moins coûteuses. Mieux vers celles susceptibles qui peuvent ramener quelques recettes supplémentaires par le biais de contraventions qui, elles, ne cessent d’augmenter, contrairement au nombre de morts à déplorer sur nos routes.

En vérité, on prend le problème  à l’envers : ce n’est pas nouveau.

Le parc automobile en France :
• ce parc était, il y a 40 ans, de l’ordre de 20 millions de véhicules. En 2017, il a presque doublé : près de 40 millions, dont près de 83% de véhicules particuliers. Mais alors que la circulation automobile a augmenté de ±80 %, le nombre de tués, lui, a été divisé par 2. Il n’y a aucune relation entre, d’une part, le développement du nombre de véhicules en circulation et, d’autre part, le nombre d’accidents : le rapport est même totalement inverse.

La cause des accidents mortels :
• vu  d’un cadre général, un rapport officiel récemment publié, dit : « Les causes profondes des accidents sont dues au temps du trajet domicile<>travail et aux routes empruntées » pour s’y rendre. De la vitesse, il n’en est pas question du tout.

Mais examinons cependant quelques autres chiffres.

Les rapports établissent que 50% des accidents mortels sont dus aux infrastructures, dont :
• 40% aux virages mal dessinés
• 30% aux obstacles sur accotements
• 19% aux carrefours non giratoires
• 6% aux accès des riverains ou centres commerciaux non aménagés

Pour les autres causes de mortalité, on cite encore l’alcool (28%), la distraction au volant (18%), la fatigue (9%), et autres usages de stupéfiants. De la vitesse (classée à 26% seulement de ces « autres causes » de mortalité), on constate donc qu’elle reste bien loin derrière toutes les autres citées précédemment.
Non pas que la vitesse soit négligeable pour autant, mais de-là à en faire la cause principale de mortalité, c’est vraiment se moquer du monde.

Pour sourire un peu dans ce constat très technique, je relève que le premier accident automobile a eu lieu vers  l’année 1770 : la vitesse incriminée de ce « bolide » (mis en cause par cet accident devenu « historique ») était, au moment du heurt fatal, de 4 Km/H ! Beaucoup plus tard, fin du 18° siècle, on n’hésitait pas à accuser la circulation de véhicules hippomobiles en cause des nombreux accidents croissants ou par chocs entr’eux, ou avec des passants ou autres montures cavalières. Plus tard encore, à la fin du 19° siècle, lorsque sont apparus les premiers véhicules automobiles plus « modernes » et prometteurs d’autres performances, on a salué aussitôt le « grand progrès » de ces nouveaux moyens de locomotion qui, roulant un peu plus vite que les précédents, mettaient désormais leurs passagers à l’abri des agresseurs (ou autres égorgeurs ou détrousseurs) pour qui l’absence de vitesse les exposait alors à la portée tous qui pouvaient facilement monter à bord des véhicules pour commettre leurs méfaits  quand ceux-ci cheminaient tranquillement. La « vitesse » était donc devenue soudain, pour nos grands parents, source de progrès et de sécurité pour les usagers de nos routes, en ville comme en campagne ! Les temps ont bien changé depuis. Les vitesses atteintes aussi.

Revenons-en donc aux causes réelles des décès actuels sur les routes.

Largement en tête de ceux-ci, on trouve d’abord les « infrastructures » de nos routes. Il est vrai que depuis l’époque des calèches ou autres diligences, le développement du nombre de véhicules maintenant en circulation (qui a notamment doublé depuis 40 ans) et leurs performances, les normes de conception de nos routes, que ce soit en zone rurale ou en milieu urbain, a peu changé depuis plus d’un siècle :  • la largeur des voies sont restées approximativement les mêmes qu’à la « belle époque », le croisement des véhicules (ou grands gabarits) roulant en sens opposés impose qu’ils se frôlent souvent de trop près, le doublement des véhicules plus lents (poids lourds, cars, véhicules agricoles) par ceux plus légers qui ne peuvent les suivre longuement sans devoir les doubler, relèvent de paris toujours audacieux • la conception des carrefours et autres raccordements de voies secondaires sur celles principales est restée très « classique » et sans trop se soucier de la nécessaire visibilité pour s’y glisser en toute sécurité • nombre de greffes pour l’accès aux zones d’activité se sont multipliées au long de nos routes sans trop se soucier davantage des moyens d’y accéder ou d‘en sortir. On pourrait ici multiplier les exemples.

Bref, nos nationales ou départementales sont conçues avec soin et même parfois avec un certain talent, sauf celui de pouvoir y accueillir les nouveaux moyens de circulation, faire face à leur nombre accru qui ne sont plus les mêmes que jadis. Et pourtant pas grand chose a changé depuis, sauf l’apparition d’innombrables panneaux d’interdictions les plus diverses et variées qui se multiplient à un rythme effréné et… les radars pour assurer de nouvelles et confortables recettes à l’état propriétaire.

Je passerai aussi sous silence l’entretien des routes en général : il est devenu le parent pauvre des budgets chargés de les entretenir et, le plus souvent, le moyen d’ajustement de ceux-ci quand il faut faire place à d’autres priorités. Je n’évoquerai pas pour exemple les innombrables « nids de poule », les accotements mal entretenus, les « gendarmes couchés » à des emplacements souvent inadaptés, etc… : on pourrait croire, si j’allongeais trop la liste, que je voudrais dresser ici un tableau apocalyptique de l’état de nos routes. Mais cependant on ne peut le taire tout-à-fait.

Voilà pour les causes les plus fréquentes d’accidents mortels : et la vitesse n’y occupe toujours, il faut honnêtement le constater, qu’une très modeste place.

Pour preuve encore de ce faux débat, si la vitesse était en cause de la plupart des accidents, nos autoroutes – où on y roule généralement à 130 Km/H – seraient de véritables hécatombes. Or celles-ci qui accueillent en France ±15% des kilomètres parcourus, le nombre de tués n’y est que de 4%. La vitesse tue ?

Autre preuve encore que j’ai recueillie récemment : chacun sait que le département du Nord, véritable carrefour européen dont la circulation est l’une des plus denses d’Europe (liaison obligée entre le Sud, l’Ouest, la péninsule ibérique, Paris avec la Grande Bretagne, le Benelux, le port d’Anvers – premier port d’Europe – les régions Nord de l’Allemagne et les pays scandinaves), ce département du Nord est celui où le maillage autoroutier est l’un des plus denses de France (et de surcroît, il est entièrement gratuit d’accès !). Ce département vient de publier la statistique suivante : on y roule presque partout sur les grands axes routiers à 110 Km/H. Il y avait, il y a 40 ans (en 1978) 316 tués de la route et, aujourd’hui (en 2017), on n’y dénombre que 64 accidents mortels, soit ±80% de baisse. La vitesse tue ?

Trop de constatations, toutes aussi convergentes les unes que les autres, prouvent que la vitesse n’est pas la principale cause du taux d’accidentologie routière. C’est un mensonge éhonté que de prétendre le contraire.

Ceci ne veut pas dire pour autant qu’il faut rester les bras croisés : diminuer un peu plus encore ce taux d’accidentologie est une nécessité, voire devenir une priorité nationale. Mais l’effort ne consiste pas de se trouver les moyens de dresser plus de contraventions mais d’adapter prioritairement notre réseau routier aux nouvelles exigences qu’exige notre siècle en plein développement. L’écologie bien pensée, c’est aussi cela.

Il est parfaitement idiot d’imposer, depuis des bureaux parisiens, une vitesse universelle pour toutes les routes de France, quelle que soit la typologie des terrains qu’elles desservent. On fait aujourd’hui la même erreur que François Mitterrand imposant pour toutes les entreprises de France les 35 heures, même là où cette mesure désorganisait les services nécessaires, hôpitaux compris. On sait la suite dont on paye encore aujourd’hui les graves conséquences.

Revenons à la raison. Oui, il existe en France nombre de routes où la vitesse souhaitable ne doit pas dépasser les 80 Km/H, certaines même encore en dessous dans certaines zones rendues difficiles par leur configuration. Mais il n’appartient pas aux ministères parisiens d’en décider uniformément : seuls les pratiquants du terrain, ceux qui parcourent journellement leur région et la connaissent parfaitement, peuvent déterminer là où les 80 Km/H s’imposent, mais surtout détecter les améliorations à apporter à nos infrastructures routières. Il faut ouvrir les yeux. Oui il faut faire de ce vaste chantier une priorité nationale pour sauver d’autres vies.

Tout le reste n’est que beaux discours (même si empreints de volonté ou de sincérité), poudre aux yeux et véritables arnaques potentielles.

Un peu plus de réalisme courageux, s'il vous plait, dans les décisions à prendre, même si celles-ci vont parfois à contre-courant des opinions populistes : voilà ce dont la France a grand besoin aujourd’hui.

François VAN DE VILLE
    Nîmes