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vendredi, 16 octobre 2020

LE SHÉRIF DONALD TRUMP

Billet de  François VAN DE VILLE

shérif.jpg- Les émeutes et les divisions entre communautés aux États-Unis servent-elles, ou desservent-elles, Donald Trump pour sa réélection ?  

La situation aux USA se complexifie à un degré jamais connu depuis des décennies. Survolons quelques cas parmi tant d'autres.

Pour premier exemple, citons la ville de Kenosha, dans le Wisconsin lointain au bord des grands lacs du nord, laquelle ne cesse plus de tanguer sous les coups et les pillages depuis qu’un policier "blanc" a tiré sept fois dans le dos d’un père de famille "noir", Jacob Blake. Et aussi, par ailleurs, depuis qu’un jeune milicien "blanc" de 17 ans a tué deux manifestants au fusil d’assaut.

Malgré ces faits criminels et sans excuses, Donald Trump les assène pourtant, et sans nullement sourciller sur la pelouse de la Maison-Blanche qu’il compte encore fouler quatre ans de plus, et de déclarer que "personne ne sera en sécurité dans l’Amérique de Biden". Est-ce de l'humour ? On peut se le demander.

Ailleurs à Minneapolis, depuis la mort de George Floyd étouffé sciemment par un policier "blanc" en mai, le mouvement "Black Lives Matter" a pris une ampleur considérable. Les basketteurs des "Milwaukee Bucks" ont même boycotté récemment un match suivi par toute la NBA et les autres ligues professionnelles, pour montrer leur total écœurement.

Ce thème, et celui de la division entre les communautés, seront vraisemblablement majeurs lors des élections américaines du 3 novembre.

Mais, au lendemain de la convention républicaine, on peut se demander si le discours de fermeté de Donald Trump va se retourner contre lui (mobilisation du vote afro-américain) ou transcender sa base électorale. Il se fait le défenseur du "mode de vie" américain, de "la loi et de l’ordre", tout comme un shérif mythologique au colt fumant dont tous se souviennent sur les images d'un passé qu'on croyait révolu.

S’il n’y avait par ailleurs sa gestion erratique de la pandémie (plus de 180.000 morts) et ses effets sur l’économie, on aurait mis un billet de 5 dollars à l’effigie d’Abraham Lincoln sur sa réélection. Mais la façon aussi dont Donald Trump a traité, en les ridiculisant, ses médecins penchés sur sa propre supposée pandémie, et la grotesque mise en scène risible de son retour la Maison Blanche, on peut se demander dans quel monde vit cet individu ?

Le mode de scrutin indirect pour désigner le futur Président laisse pourtant planer tous les doutes sur ce qui nous parait impossible à nous, habitués que nous sommes à des démocraties plus rigoureuses : être largement minoritaire en nombre de voix obtenues mais être cependant élu Président pour quatre ans, comme ce fut le cas dans sa compétition contre Mme Hillary Clinton. C'est le monde à l'envers !

Que décideront "in fine" les"Swinging States", ces États bascules qui font, ou défont les présidents à leur gré ? Le monde entier est suspendu à leur verdict?

L'élection américaine demeure toujours un mystère insondable.

mercredi, 30 septembre 2020

RACISME & INDIGÉNISME

politique,faits de sociétéBillet de François VAN DE VILLE

- Certains "indigénistes", à forte voix, qu'on voit fleurir sur nos écrans ou dans les colonnes de nos journaux tentent actuellement de lutter, eux aussi (du moins le prétendent-ils) contre le "racisme". Et pour cela, ils décrètent une sorte d'antagonisme qu'ils veulent surtout être irréversible entre "Noirs" et "Blancs".

C'est bizarre de contradiction.

Malgré les interdictions, les rassemblements contre le racisme, mais aussi contre quelques possibles violences policières, se multiplient et mobilisent. Et ceci semble servir cette nouvelle idéologie..

L’émotion, partie initialement de Minneapolis, s’est soudainement mondialisée, et ce non sans quelques raisons. Oui, le racisme existe aussi dans notre pays, la France, pays des droits de l'homme qui s'en est fait une sortie de religion inscrite jusque dans notre Constitution. Mais ce racisme joue surtout contre les minorités dont les membres recherchent difficilement, ici, ou un emploi ou, là, un logement. Et il arrive même que des jeunes soient parfois victimes de violences - y compris parfois, hélas, policières - en raison de leur origine, maghrébine ou subsaharienne.

Même s’il est difficile de le démontrer, tout porte cependant à penser que les stéréotypes racistes sont aujourd’hui moins largement partagés qu’ils ne le furent il y a seulement trente ans (les aînés de ma génération peuvent en témoigner) et les propos ouvertement racistes sont devenus beaucoup plus rares : une certaine décence s’est imposée avec le temps du fait d’un progrès moral et, peut-être, d’une exigence de rationalité.

Le racisme d’avant-guerre, très prépondérant dans certains milieux en France, et combattu ensuite odieusement par le régime nazi, a été ensuite réfuté par la pensée scientifique, et récusé par ses abominables conséquences. La société est devenue, légitimement, hypersensible à toute dérive de ce type. Du moins on pourrait le croire.

Mais cela ne suffit pas pour autant : pour vouloir lutter contre le racisme il faut aussi vouloir le surmonter.

Or, il existe aujourd’hui, étrangement, des mouvements qui, pour combattre le racisme, réhabilitent bizarrement les catégories de "Blancs" et de "Noirs" en les considérant comme définitivement antagonistes (jusqu'à vouloir bannir l'usage des mots de notre langue !). Seul, donc, un "Noir" pourrait comprendre, et donc lutter, contre la discrimination qui lui est faite, et quant au "Blanc", qu’il le veuille ou non, il serait complice de la domination qui s’exercerait sur le premier.

Ces "indigénistes" sont donc aujourd'hui à l’œuvre pour conforter cet étrange et tumultueux amalgame. Et ils font tout pour créer une situation comparable à celle dominante aux États-Unis : ils rêvent d’importer chez nous, en France, le communautarisme à la sauce américaine dont le fruit sont ses profondes divisions jusqu'au plus profond de sa société.

Si nous ne prenons pas garde d'urgence à ce piège qui nous est tendu, ce sont ces mêmes divisions qui ruineront demain toutes les bases de notre propre société.

Je me devais de le dénoncer.

lundi, 27 juillet 2020

LES NOUVEAUX TYRANS

Billet de  François VAN DE VILLE

hygienisme.moral.jpg- Hier, dimanche 26 Juillet, était organisé l'hommage au Père Hamel, ce prêtre assassiné lâchement il y a 4 ans alors qu'il célébrait un office religieux dans sa paroisse de la paisible campagne normande.

L'émotion était forte : une marche silencieuse précédait cette cérémonie, en présence de la sœur et de la famille du martyr, et d'autres témoins de cet assassinat qui ont pu échapper à ce massacre qui se voulait collectif. Était présent aussi, auprès des autorités civiles, militaires et religieuses, le Ministre de l'Intérieur (en charge des cultes) qui avait fait le déplacement à l'occasion de ce douloureux anniversaire.

Tout se serait déroulé dans la dignité et le recueillement si des profanateurs ne se seraient pas infiltrés pour perturber cette cérémonie. Une honte !

Oh, quoique ces braillards ne soient pas très nombreux, ils n'hésitent cependant pas à brandir des pancartes aux slogans ineptes propres à nourrir les colonnes ou les écrans des réseaux sociaux filmant à profusion cette profanation.

On peut observer que moins ces braillards sont nombreux, plus ils se croient légitimes et constituer une sorte d'avant-garde. Ils s'acharnent sur leurs victimes désignées comme sur des "monstres" qu'ils ont délibérément choisis pour cibles au nom de "grands principes" qu'ils entendent défendre par tous moyens. Hier, leur "grande cause", choisie au hasard, était le droit des femmes victimes - comme depuis des siècles de partout dans le monde, hélas - de viols de mâles momentanément surexcités. Et d'estimer que ces viols ne sont pas assez poursuivis par la Justice, ou avec trop de lenteur, comme pour bien d'autres méfaits tout autant condamnables et qui tardent souvent - peut-on le nier ? - à être examinés. Mais, aux yeux de ces braillards, c'est la société toute entière qui serait complice de ces lenteurs judiciaires.

Il est vrai que notre société est depuis longtemps chloroformée au spectacle permanent de tous ces actes délictueux de tout genre et d'autre importance qui abreuvent les colonnes de nos gazettes ou de nos écrans. Mais nos braillards entendent, eux, au nom des "grands principes", réveiller notre société, quitte à la bousculer par tous moyens qu'ils imaginent fondés : ils veulent même instituer des tribunaux de la rue plus expéditifs.

Hier, le Ministre de l'Intérieur s'est vu invectiver de "sale violeur" au nom d'une morale qui voudrait condamner, par la seule voix de la rue, tout individu suspecté par n'importe quel quidam (sans même connaître la crédibilité de ses accusations), d'avoir enfreint la morale et avant même que la Justice en soit saisie, enquête, examine, fonde sa propre conviction pour envoyer éventuellement le présumé coupable devant le Tribunal de la République.

Pour ces braillards peu scrupuleux, peu importe l'hommage au Père Hamel. Peu importe non plus le devoir de mémoire à son martyr et le recueillement qu'il impose : il fallait à tout prix faire du "buzz". Il leur fallait vomir leur haine : la défense de leur cause n'avait aucune limite, ni par le droit, ni par la solennité des moments qu'ils profanaient. Ils brandissaient déjà, au nom de leur morale, leurs piques virtuelles au bout desquelles ne manquaient que les têtes de leurs victimes.

On parle beaucoup actuellement "d'ensauvagement" de notre société. Je crains fort qu'il ne s'agisse surtout de la tyrannie naissante de certaines minorités pour qui la seule morale est celle de leur propre loi qui passe par dessus toutes les autres.

Si l'on n'y prend garde, notre société entière est donc en danger face à ces tyrannies émergentes au nom d'une purification morale qui ne sera rien d'autre qu'une purge aveugle et sans loi.

jeudi, 09 juillet 2020

RASSEMBLEMENT, OU AMATEURISME ?

nîmes-métro.pngLe nouveau Président de l'Agglo de Nîmes, en connaisseur pourtant aguerri de la dureté d'une campagne électorale hors normes habituelles, ne se montre pas à mes yeux très "rassembleur" pour donner toutes ses chances à cette agglo qui va devoir traverser une période particulièrement difficile de par la situation économique internationale. C'est regrettable.

D'abord l'élection elle-même du Président montre des failles importantes : seules 79 voix sur 105 ont voté en faveur du nouveau Président. C'est une élection parfaitement légitime et incontestable. Mais quand on sait que dans ces 79 voix se trouvent toutes celles issues du groupe RN (ex-FN), à côté de celles des seuls LR, ceci pose une question d'ordre moral. Se souvient-on, lors de l'élection en 1998, d'un Président (ex-RI) de la région Languedoc-Roussillon, élection obtenue grâce aux voix non sollicitées du FN qui avait fait pousser des cris indignés d'orfraies à ceux qui contestaient même avec force la validité de cette élection ? Quand on sait qu'une large partie des électeurs de l'agglo a refusé de nouveau, en 2020, de s'allier avec le RN, et qu'on constate que cet apport de voix RN n'a soulevé aucune mention étonnée de la part de l'orateur nouvellement élu, on peut se poser des questions quant au "rassemblement" souhaité. Comment sera perçu ce rapprochement bienveillant, voire complice, entre le candidat LR et le groupe RN. Il semble que certaines géométries ont varié avec le temps. Je doute fort que les esprits aient tous suivi le même chemin.

Ensuite, quand on se veut "rassembleur", et même si une campagne électorale a dénoncé avec vigueur certains comportements ou choix au sein de l'exécutif municipal sortant, une maturité politique veut qu'une fois la campagne achevée et les urnes ayant rendu leur verdict, on oublie tout cela et on n'use pas d'une tribune pour régler des comptes, même pour satisfaire des tiers amis protecteurs. Quand je lis : "La méchanceté est la caractéristique des personnes souffrant d'infériorité", de qui parle-t-il ? D'un adversaire qui aurait profité d'une campagne électorale pour dresser des accusations mensongères qui pourraient faire l'objet (éventuel ?) de poursuites judiciaires, ou de l'orateur lui-même qui n'ignore pas les épées de Damoclès sous lesquelles il est lui-même placé dans l'attente des poursuites judiciaires dans lesquelles il est mis en accusation ? Oui, la maturité politique exige qu'on use de tout autre langage quand on se veut "rassembleur". Et surtout quand le contexte national actuel est aussi changeant et laisse paraître qu'avant peu des alliances - autres que celles avec le RN - s'imposeront à beaucoup pour exister ou convaincre les électeurs de demain.

Enfin, faire procéder à l'élection de 15 vice-présidents de l'Agglo qui ne sont, très majoritairement, que des proches amis du nouveau Président élu, n'est pas non plus un bon signe de "rassemblement". Cela fait un peu "amateurisme".

dimanche, 14 juin 2020

LE JOUR D'APRÈS

Billet de François VAN DE VILLE

- jour d'après.jpgInviter les Français à se réinventer, alors qu’ils échappent tout juste au Covid-19 qui, aujourd'hui encore, les menace, les inviter aussi, « en même temps », à surmonter une crise sociale sans précédent connu, cela risque de faire beaucoup.

« Sachons nous réinventer, moi le premier », avait déclaré le Président de la République dans l'une de ses allocutions spéciales de crise.

Dans ce domaine, il n'hésite pas, voire quelques fois avec un peu de grandiloquence. Mais utiliser alors le mot « réinventer », c’est pas mal. Mais, c’est aussi quelque peu décourageant que de proposer aux Français de se réinventer : c’est leur dire que dès après le virus, ils n’auront encore rien vu, ni rien fait.

Emmanuel Macron avait promis un nouveau monde. Il le poursuit aujourd’hui. Il proposait alors aux Français d’accélérer pour qu’ils sautent dans le wagon de tête de la course à la mondialisation. Il évoque aujourd’hui les vertus du temps long, de la sobriété carbone. Comme si le « en même temps » n’avait valu que pour faire opportunément sauter les frontières entre droite et gauche. Comme si on n’avait pas d’autres choix que la lessiveuse de la globalisation, celle qui dope la croissance mais rend fou, ou le retour exclusif à la terre qui, elle, «ne ment jamais».

On a en réalité besoin de mondialisation et de circuits courts. On a besoin et de vitesse et aussi de lenteur. On a besoin de se projeter mais aussi de se concentrer. On a besoin d’équilibre, mais certainement pas de se réinventer tous les trois ans.

À quelques heures où le Président doit à nouveau s'adresser gravement ce dimanche aux français, à un moment charnière situé entre le confinement et le retour tant aspiré à une vie normale, je souhaite effectivement qu'on dessine un vrai projet d'avenir, mais avec une vision à long terme.

mercredi, 27 mai 2020

L'AUTRE DÉFI DU PARI EUROPÉEN

Billet de François VAN DE VILLE

Merkel-macron.jpg- Voici quelques jours, fort nombreux sont ceux qui ont salué avec enthousiasme l'accord conclu entre la chancelière allemande - Mme Merkel - et le Président Macron. Ils ont eu raison car cet accord a peut-être sauvé notre Europe commune, du moins celle imaginée par les textes fondateurs, alors que les réticences précédentes et sans faille de Mme Merkel ne cessaient d'en retarder l'ambition.

En fait, cette initiative, un peu tardive hélas, des 2 principaux dirigeants européens prévoit un transfert de richesses - 500 milliards d'€ - et davantage de compétences pour sauver l'UE d'une mort possible, même si encore fort improbable.

Ces 500 M€ seraient donc destinés aux régions et aux secteurs de l'UE les plus touchés par le Covid-19, et ils seraient supportés par l'ensemble des pays membres : ce serait la naissance ET d'une Europe de la Santé, ET d'une Europe des transitions écologiques et numériques, ET encore d'une Europe ouverte sur le monde, mais moins naïve et plus pragmatique face aux hégémonies naissantes d'un peu partout.

"Un sacré programme" ont écrit des observateurs.

Oui, l'Europe était donc devenue vulnérable : elle subissait des pressions considérables, pressions venues d'états-continents qui ne voulaient surtout pas d'une Union Européenne puissante. Et il n'y avait pas que Mr Trump pour s'y opposer avec la virulence de ses sautes d'humeur.

Les propositions avancées communément par la France et l'Allemagne sont donc des réponses directes aux menaces de ceux-là. Et, issues de l'intérieur même de l'Europe elle-même, elles font aussi face à certains gouvernements européens qui cèdent facilement aux sirènes nationalistes. On les connait tous : ce sont toujours les quelques mêmes. Peu importe !

Il fallait aussi veiller à ce que les pays du Nord ne laissent pas ceux du Sud sombrer sous peine de voir ceux-ci tomber ensuite - et eux aussi - entre les mains d'autres démagogues qui ne cherchent, eux, qu'à fermer les portes.

Notre continent européen ne peut pas non plus davantage dépendre des chinois, ou encore des indiens, pour équiper, par exemple, ses propres populations de masques quand il en a besoin, ou nous fournir constamment en médicaments, même ceux de base les plus courants de nos armoires à pharmacie. Notre continent ne peut non plus demeurer ce "nain" numérique dominé par les États-Unis aux humeurs devenues aussi fantasques de par le fait de ses présidents de passage. Enfin, l'Europe doit aussi se protéger des distorsions de marché créées par des nations récemment émergées et prenant soudainement place dans les relations économiques.

Tout cela est donc fort bien pensé et bien répondu par nos deux dirigeants, enfin réunis dans un même projet ambitieux et homogène.

MAIS…. Oui il y a aussi des "mais"….

Il reste maintenant à persuader les autres états de l'UE de la pertinence des propositions franco-allemandes. Et là, la partie n'est pas la plus facile : même certaines réticences naissent aujourd'hui au sein de l'État Fédéral allemand lui-même, pas seulement pour des raisons constitutionnelles (où les règles du fédéralisme peuvent être ressenties comme bousculées par la prédominance des lois européennes sur celles fédérales), mais aussi face à une certaine éthique économique des populations allemandes pour lesquelles celle-ci prime toujours sur toute autre facilité financière. Et surtout quand cette facilité est accordée au bénéfice d'états régulièrement trop dépensiers. Et là, le regard se tourne aussitôt vers notre hexagone français, perpétuellement déficitaire depuis le septennat du vertueux Giscard d'Estaing ! Voici bientôt 40 ans de cela.

Dure équation à laquelle la France va devoir faire face alors que, d'ici peu, des centaines de milliers d'emplois vont disparaître dans notre hexagone, entraînant de possibles autres désordres ou exigences en surplus de celles déjà accordées.

Un autre pari à gagner : il n'est pas le plus simple. Mais il faudra bien l'affronter si nous voulons continuer à exister face à un monde qui change dans ses profondeurs et comme dans ses exigences.

samedi, 18 avril 2020

ÉTAT D'URGENCE

Billet de  François VAN DE VILLE

état.jpg- Les parlementaires ont autorisé, voici quelques semaines, le gouvernement à légiférer par ordonnances pour adapter l'économie à la crise sanitaire prévisible, mais dont on ne soupçonnait pas encore l'ampleur qu'elle allait prendre..

Ces mesures sont donc "provisoires", comme le précise le texte de loi. Mais cette notion de provisoire est vague dans son libellé, il faut l'admettre.

En effet, un premier amendement proposait la date du 31 Décembre 2020 : le Sénat a proposé de le réduire à "deux mois". Mais il est vraisemblable que ce délai soit devenu trop court vue l'évolution de cette pandémie et la nécessité de ne déconfiner les populations que très progressivement seulement au-delà du 11 Mai 2020. Il est donc fort probable que ce délai sera prolongé à la demande du gouvernement.

Mais, si l'on se réfère à un autre état d'urgence, celui restreignant les libertés individuelles adopté dans un consensus quasi général au lendemain des attentats du 13 Novembre 2015, on se rappelle que certains s'étaient alors inquiétés des conséquences de ces mesures et du danger de leur pérennité. Le gouvernement de Mr Hollande d'alors avait juré tous ses grands dieux que.... Mais force est de constater, qu'ensuite, une autre loi de Novembre 2017 a inscrit dans notre droit des mesures qui vont dans le même sens que celles de l'état d'urgence initial et ont fait assez mal au pacte social qui passe désormais par dessus le pouvoir judiciaire.

Il est donc normal que l'on se soucie de la forme et du délai d'application de cet "état d'urgence".

Celui-ci vise actuellement et essentiellement les aides aux entreprises menacées par la paralysie actuelle, et l'économie en général, mais aussi de faire reculer certains droits de salariés, ce que l'on peut comprendre aussi : les congés payés peuvent être imposés par l'employeur, la durée du travail modifiée, les repos hebdomadaires désanctuarisés, etc….

Mais, qu'on le veuille ou non, c'est bien un recul de certains droits que l'on croyait jusqu'ici "acquits" et donc devenus "intouchables". C'est une nouvelle réalité temporaire à laquelle on se doit de plier.

Mais la question est aujourd'hui de savoir jusque quand.

jeudi, 16 avril 2020

L'EUROPE : PEUT MIEUX FAIRE ?

Billet de  François VAN DE VILLE

politique,mouvement démocrate- L'Europe, confrontée soudain à un choc que nul ne pouvait imaginer il y a encore quelques semaines seulement, a bien failli se montrer sous le jour le plus désespérant, montrant à nouveau son impuissance face aux égoïsmes chroniques venus de tous horizons.

Cette fois-ci, ce sont les Pays-Bas qui se sont montrés particulièrement inflexibles face aux grandes attentes de l'Italie, ce pays étant celui, en Europe, le plus touché par cette pandémie qui n'a pourtant épargné personne. Un vaste débat s'est alors ouvert pendant plusieurs jours, avec ses tergiversations habituelles sur les "grands équilibres" budgétaires que certains défendaient comme un paravent contre tout errement sacrificiel. Face à cette difficulté à s'entendre, l'idée a pourtant germé dans les esprits d'une "mutualisation" de la dette. Une porte s'ouvrait, mais ce n'était pas la dernière à franchir.

Les choses, en effet, n'étaient pas aussi simples qu'il n'y paraissait : en temps de guerre - car chacun admettait que la lutte contre le virus était bien une guerre dont on n'avait pas d'autre choix que de la gagner, ou de périr - les individualismes des uns et des autres - j'allais dire des uns contre les autres - n'ont que faire de l'urgence solidaire. Ce n'est pas nouveau dans l'histoire des nations, même réputées amies.

Mais il faut reconnaître que, dans ce débat qui s'est montré particulièrement âpre, la France et l'Allemagne, enfin sur la même longueur d'onde, ont pesé de tout leur poids dans la balance pour une décision finale : après plusieurs jours d'échanges tendus, un accord a été conclu "au forceps", vendredi dernier, accord qui est une (première ?) réponse au coronavirus…. à 500 milliards d'€.

Je reviens sur ce chiffre qui est important : ces 500 milliards sont donc devenus disponibles immédiatement, dont 240 milliards pour les dépenses de santé, 100 milliards pour les mesures de chômage partiel, et 200 milliards pour un fonds de garantie ouvert pour des prêts aux entreprises en difficulté.

Mais, malgré l'importance de cette somme, on ne peut que la comparer aux 750 milliards accordés séparément au plan de soutien allemand, aux autres 300 milliards de prêts garantis à la France, montant auquel il faut rajouter 100 milliards pour le plan d'urgence français. Mais il faut aussi compter les 2.000 milliards accordés au plan de soutien des USA, partenaire incontournable de l'Europe et actuellement en périlleuse difficulté (quoi qu'en dise Mr Trump dans ses tweets).

Cette valse étourdissante de gigantisme de ces chiffres laisse cependant à penser que, même s'ils étaient justifiables face au chaos semé par le virus, l'Europe aurait pu cependant faire mieux encore.

Je m'explique : l'Union Européenne, première puissance commerciale du monde, a un produit intérieur brut disponible de ±15.000 milliards d'€. Que pèsent donc, en regard, les ±500 milliards accordés ici, les autres ±1.100 milliards à divers plans européens, et enfin les ±2.000 milliards accordés aux USA ? L'Europe est loin de s'être ruinée !

Quand on parle donc de "mutualisation" de la dette (autre nom de la "solidarité" entre nations), quand on s'appelle aussi "Union Européenne" et qu'on occupe cette 1ère place mondiale, peut-être faudrait-il donner un sens plus large au mot "Union" ? Un petit effort s'il vous plait !

Saluons cependant cette première démarche qui a permis de faire sauter de nombreux verrous jusqu'ici très contraignants, le déficit économique de la France, par exemple, explosant soudain de ±3% à ±9%, et sa dette globale augmentant de 15 points de notre PIB. Ce n'est pas réjouissant, mais que de meubles à sauver !

Mais quels autres lendemains cela nous réserve-t-il ? La question reste posée.

jeudi, 09 avril 2020

L'ESSENTIEL ET LE DÉRISOIRE

Billet de  François VAN DE VILLE

combat.jpg- L'absence de confiance est devenue une sorte de sport national, et pas seulement en France.

Absence de confiance non seulement envers nos dirigeants, quels qu'ils soient, mais aussi envers leurs propres oppositions. Et quand cette défiance se généralise comme aujourd'hui, quand elle atteint même une sorte de complotisme obsessionnel, la tendance naturelle porte les populations à ne miser désormais que sur elles-mêmes.

Cette absence de confiance dégénère ensuite spontanément en réflexes surprenants : on peut alors observer la naissance d'une sorte de processus de défiance généralisée, quel que soit le pays concerné.

Dans un premier temps, comme quand parait un danger pressant comme celui brutal du Covit-19, ce sont les dirigeants de ces pays qui enregistrent spontanément un regain de popularité, surtout si celle-ci, pour de multiples raisons, était plutôt en perte sensible quelques jours auparavant. D'où un certain étonnement des populations qui se surprennent d'elles-mêmes.

Dans un second temps, très proche du premier, ces mêmes populations commencent alors à commenter les décisions prises par leurs gouvernants : comme par exemple si l'on prend l'exemple français, dans la lutte entreprise contre ce virus dérangeant toutes habitudes, en deux semaines d'écart seulement, le degré de confiance a chuté de 18 points de l'estrade gravie quelques jours auparavant. Puis, un peu plus tard, en phase trois du même processus, pour couronner cette défiance, les français trouvent finalement à 73% que leurs dirigeants "n'étaient pas à la hauteur de la situation".

Cette versatilité des opinions n'a rien d'exceptionnel en soi. Mais le phénomène virus l'a accéléré à une vitesse inouïe.

La phase quatre du même processus est plus surprenante encore : la population s'est découverrte soudainement experte en matière de savoir médical. Que n'a-t-on pas lu ici ou là au-dessus de signatures plus ou mois connues et qui se hasardaient à déclarer tout et son contraire ? Et voilà que paraissait notamment sur les plateaux des médias un personnage nouveau en blouse blanche, un peu atypique par ses abords non conventionnels, fort respecté cependant de beaucoup - je veux parler du Professeur Raoult, praticien marseillais - qui affirmait, non sans aplomb et arguments divers solidement exposés, qu'il existait un produit depuis longtemps banalisé - la "chloroquine" - qui était susceptible d'arrêter selon lui l'évolution du "coronavirus" que d'autres prétendaient ne pouvoir freiner faute de vaccin ou autres remèdes spécifiques appropriés.

Et cette apparition a fait soudain exploser un autre combat : celui d'une médecine de teinte méditerranéenne, face à celle plus continentale (j'allais dire plus "parisienne") qui prédominait dans les avis dits "autorisés" de ceux qui les écoutaient soigneusement.

Cet autre combat - qui n'était plus seulement celui contre le Covit-19 - succédait à un autre qui rappelait quelque peu celui antique des Horaces et des Curiaces. Et tous de s'y engouffrer : non seulement les médecines de tous bords et de toutes origines, mais leurs soutiens ou scientifiques, ou politiques, ou de circonstance, ou encore des opinions plus diversifiées issues de personnes.... n'ayant aucune compétence en médecine !

Et l'on a alors vu les français, quand on les interrogeait, même ceux n'ayant jamais ouvert le moindre livre de médecine, répondre à 59% que la "chloroquine" du Dr Raoult était un traitement plus efficace pour combattre notre virus envahisseur.

Plus encore, n'a-t-on pas vu ou entendu ensuite des oracles issus de nos politiques entrer dans ce combat et y prendre partie ou pour l'un, ou pour l'autre camp ! Que d'âneries n'a-t-on pas lues ou entendues, même issues de personnalités fort honorables ! Un journal national a même paginé : "La chloroquine, les français y croient !". Le débat devenait doctrine populaire, et voilà que la presse s'en faisait le relais à son tour.

Nous n'étions alors plus dans le domaine de la science ou des chercheurs, mais dans celui de la croyance. Une étoile nouvelle était née du côté de Marseille, comme hier à Bethléem : voilà un nouveau sauveur qu'il fallait célébrer, pour les uns, ou combattre, pour les autres. Nous étions passés du registre de la raison à celui de l'émotion.

Que penser de ces réflexes incontrôlés, et incontrôlables, des opinions qui vont et viennent au gré des courants et autres réseaux sociaux ?

N'attendez pas de moi que je prenne ici position dans ce débat digne d'autres époques, et non de la rationalité scientifique : je n'ai aucune compétence en la matière, comme l'immense majorité des français. Et cependant, chaque soir, ceux-ci applaudissent leurs soignants issus de différentes écoles scientifiques et qui en appliquent les consignes transmises par nos gouvernants.

Mais je suis cependant tenté d'affirmer que, quelque soit le résultat en cours d'élaboration des effets possibles de cette "chloroquinine", je préfère que ce combat se situe exclusivement entre scientifiques eux-mêmes et ne sorte pas de ce cadre-là : l'opinion publique n'a rien à y faire. Et que nuls autres ne s'en mêlent, et encore moins les "politiques" dont ce n'est pas, pour l'immense majorité d'entr'eux, le métier de médecin ou de chercheurs scientifiques : leurs interventions ne seront jamais que source de confusions et de cacophonies dont nos opinions n'ont nul besoin en cette période.

La France a, aujourd'hui, un redoutable combat à gagner : celui contre le Covit-19. Il ne convient pas de s'en distraire et d'en mener d'autres parallèles.

Mais il convient aussi de nous préparer à cet autre combat, économique celui-là, bien plus redoutable encore que notre actuel virus, et dont nul ne connait la profondeur des abîmes où celui-ci risque de nous y entraîner comme jamais dans nos mémoires cela ne fut connu dans notre Histoire : le pire risque d'être devant nous. Et là, ce sera plus sérieux encore.

Ne quittons donc pas l'essentiel pour le dérisoire.

mardi, 31 mars 2020

LE COUP D'ARRÊT ÉCONOMIQUE. FATAL ?

Le Billet de  François VAN DE VILLE

arret.jpg- La crise que nous traversons actuellement, crise aujourd'hui partagée par plus de 150 pays issus de tous les continents de notre planète et au même moment, avec ce sentiment d'impuissance de nos scientifiques et de nos chercheurs de partout dans le monde médical, face à un virus inédit et ravageur au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer….

….mais, malgré leur dévouement exemplaire pour tenter d'enrayer sa vague impitoyable, ce virus ne laissera pas seulement des centaines de milliers de morts que nous pleurerons, mais aura, sitôt qu'il se sera éloigné, des conséquences économiques d'une ampleur quasi égale qui affectera pendant de très nombreuses années nos modes de vie, affectés, eux, par les pertes économiques sans précédent de nos productions immobilisées par nos très longs confinements où toute activité était figée dans l'attente.

C'est un retour en arrière de nos modes de vie auquel nous allons devoir être confronté, et où le mot "augmentation du pouvoir d'achat" va devenir un gros mot à bannir avant d'envisager quelqu'espérance que ce soit de son redémarrage.

J'entends déjà les cris d'orfraies que suscitera ce genre d'exposé qui paraitra fataliste à certains. Mais faut-il taire la vérité pour autant ?

EST-CE POUR AUTANT ÉVITABLE ?

Je veux espérer que oui. Mais quel prix payer pour le contourner ?

Les moyens ne manquent pas. Mails ils exigent une solidarité entre les nations outrepassant les égoïsmes nationaux qui se sont développés pour nombre de raisons qui n'ont plus du tout place dans cette autre guerre qu'il va falloir mener dans ce combat pour reconquérir ce qui a été perdu pendant ces très longues semaines. Mais cela ne peut se retrouver par un simple redémarrage de nos petites habitudes.

Cette solidarité que j'évoquais entend, bien sur, que des pays plus riches, parfois parce que plus vertueux dans leur conduite économique. Ils vont devoir faire des efforts pour aider ceux en difficulté et jouer sur tous les tableaux.

Les pays les plus éprouvés vont devoir emprunter des sommes considérables pour relancer leurs économies. Mais les règles exigent que ceux-ci devront parallèlement fournir des garanties de leur bon usage. Et que vaudraient ces garanties si elles n'engagent pas une solidarité internationale ?

Sans s'éloigner de notre continent, l'Europe sera bien sur au premier plan des solidarités à faire naître. Mais il faut bien concevoir que celle-ci n'est pas là pour combler nos manques habituels qui empêchent la France d'être, ou de redevenir une grande puissance. L'Europe n'est pas une sorte de "grande France", pas plus qu'elle doit redevenir une "grande Allemagne" plus ou moins dominante. L'Europe n'a pas été créée pour servir exclusivement les intérêts économiques allemands. Même s'il faut bien admettre que les créations d'un "marché unique" et d'une "monnaie commune" ont bien ouvert à l'industrie allemande un eldorado européen.

Mais, pour autant, nous n'avons pas le droit de tourner le dos face à la réussite économique de nos voisins, réussite qu'ils doivent surtout à leurs talents, à leur travail qui ont permis à leur pays d'investir pour que son industrie conserve toutes ses capacités exportatrices. Ils la doivent aussi à une discipline budgétaire de fer. Mais aussi et surtout à cette vertu de ne pas dépenser plus qu'on ne gagne. Or la France, peut-être par ses origines latines, n'a pas, et de loin, cette même vertu : l'état français, depuis plusieurs décennies, dépense plus qu'il ne gagne. C'est un luxe dont il est devenu urgent qu'on s'en prive avec plus de rigueur.

Le coup d’arrêt économique inédit que nous connaissons aujourd'hui nous oblige à agir au-delà de nos différences culturelles. La production et la consommation ne repartiront que si chaque état agit dans le même sens, et non plus au gré des demandes et autres exigences qui ne seraient qu'artifices sans réel avenir.

C'est l'intérêt non seulement de la France, de l'Italie, de l'Espagne qui ont été particulièrement touchés, mais c'est aussi l'intérêt de l'Allemagne elle-même qui souffrait, avant la crise, du ralentissement de la croissance mondiale.

Emprunter donc est une nécessité pour les états plus éprouvés. Mais les états les plus riches devront s'engager pour garantir ces emprunts. Il serait donc suicidaire de s'endetter davantage si nous ne changeons pas d'urgence nos habitudes dépensières à tout va.

Si, dans une situation aussi grave que celle que nous traversons, nos états ne font pas les efforts nécessaires pour se redresser et faire renaître l'espoir de jours meilleurs, si les nations européennes les plus riches ne consentent pas à cette solidarité collective et n'y concourent pas en s'entraidant, c’est que décidément l’Union Européenne ne veut plus rien dire. Mais cette solidarité ne pourra se faire en sens unique : recevoir, c'est s'engager.

Que cela soit bien clair.